Culture

Tarik Ramadan précise sa vision sur la «citoyenneté»


Le théologien a animé une conférence dont le thème est « La citoyenneté dans les pays majoritairement musulmans : Réalités et défis». par GHIZLAINE BADRI

Tarik Ramadan, philosophe, islamologue et Professeur universitaire, a été l’intervenant d’un colloque organisé à l’Institut Supérieur de Commerce et de Gestion d’Entreprises (ISCAE) sur «Les défis de la citoyenneté dans les pays majoritairement musulmans». Une conférence destinée à mettre en lumière un certain nombre de réflexions portant sur les éléments intrinsèques à la notion de citoyenneté qui caractérisent le monde musulman. Le penseur, au talent oratoire indéniable a retenu l’attention d’une salle comble pendant plus d’une heure, et exposé son analyse sur les fondements nécessaires qui définissent la citoyenneté. Selon le professeur d’études islamiques contemporaines, le concept de citoyenneté n’est pas emprunté à une référence exogène, et n’existe pas par essence dans la référence islamique arabe, mais dont le contenu se trouve bien dans les préceptes musulmans. Pour réussir son parcours de «bon citoyen » explique Ramadan, l’éducation est fondamentale dans l’accomplissement de soi pour atteindre un niveau de conscience, de réflexion et d’esprit critique servant la nation. L’ individu qui appartient à la collectivité, est ainsi lié par un pacte de devoir, d’être et de droits, comme dit l’adage « Nul n’est censé ignorer la loi» où «la liberté de chacun s’arrête là ou commence celle des autres ». La collectivité est sous entendue dans un cadre inter-nation, et se doit de se constituer en peuple, où la notion interpersonnelle fondée sur la dignité humaine interagit avec son environnement. Le théologien, définit les éléments qui composent le terme de «Citoyenneté», où la notion de liberté y est implicitement évoquée. Le citoyen est bien entendu libre de choisir, libre d’être, et libre de penser, tout Etat dictatorial dans les faits qui imposerait «La citoyenneté» en viderait la substance et l’essence même, a-t-il expliqué. Par ailleurs, du point de vue de l’Islam, la liberté est la condition même de l’application de la «Chariaâ » qui sous entend la voie de la fidélité et qui définit clairement la condition de la fidélité à Dieu qui passe par la protection de la liberté des hommes et l’accès à la connaissance universelle. L’Islamologue précise que la deuxième notion fait appel à la « Responsabilité » de chacun face à ses actes. Nombre de penseurs et philosophes, Al Kindi, El Farabi, Ibnou Sina, Ibnou Rochd, Abou Hanifa, ou encore Abou Hanbal ont défini la responsabilité comme principe fondateur de la religion « Devant Dieu, nous sommes uniques responsables de nos actes ».
Cette notion de responsabilité est au cœur d’une citoyenneté saine, qui fait de l’individu un élément de développement de la société à laquelle il appartient. Tarik Ramadan, a expliqué l’importance de la régulation des relations interpersonnelles entre les individus, par la création d’un Etat de droit «Nul n’est censé ignorer la loi et nul n’est censé être au dessus de la loi». L’intégration de plusieurs facteurs, dont l’égalité entre les individus, qui est essentielle, ne peut être soumise à un principe à géométrie variable. La pluralité culturelle fait également partie de cette composante qui implique une réforme de « soi » pour la vie en communauté avec les « autres », cohabitation qui doit se faire également dans un souci de transparence lié à la non acceptation de l’individu de la corruption par exemple. Le philosophe pose la question liée à la réforme des Etats et sur l’enclenchement de ce processus qui tarde à être mis en place « Nous sommes à la recherche d’équilibre des forces, il faut être face à ses responsabilités, nous avons besoin de réformistes et de révolutionnaires qui n’acceptent pas le monde tel qu’il est, et qui affichent leur volonté de changer les choses. L’éducation à la citoyenneté est une démarche transversale , il faut connaître la loi mais surtout avoir l’éthique du comportement, l’éducation doit être cohérente avec la liberté. Le pire de la liberté, c’est le semblant de la liberté comme la pire des ignorances, c’est le semblant du savoir. Nul n’est plus dangereux que l’ignorant qui s’ignore. » a t-il rajouté. Dans les réformes sociales, l’éducation à travers la culture est fondamentale , c’est une éthique de la citoyenneté, au même titre que l’espace et l’urbanité. En fin de compte, dans les sociétés majoritairement musulmanes, le bien vivre est fondamental. Celui-ci se réalise également par la reconnaissance et la dignité humaine, l’individu a le droit d’avoir une valeur sociale, la lutte contre le chômage fait également partie du projet citoyen.
Le professeur définit « La citoyenneté» comme une qualité de courage, et a déploré que les consciences musulmanes contemporaines ne savent pas traiter de la question de la liberté d’expression et du discours critique « On est courageux à géométrie variable et on l’est souvent quand il n’y a pas de risque » a-t-il regretté. Enfin, Ramadan a exhorté le citoyen à se doter de courage, de volonté, d’éthique et surtout de ne pas perdre espoir, citant le prophète «Attache ta chamelle et remets toi à Dieu».
Etayant son propos par l’exemple de ces individus en période coloniale qui n’ont jamais perdu espoir, et cessé de croire en leur victoire.
Le penseur a également soulevé la question sur le pouvoir religieux qui, précise-t-il ne doit pas être une institution décisionnelle mais consultative. Il a d’ailleurs à cet égard, insisté sur l’urgence du rôle actif que les institutions politiques et pouvoirs économiques sont appelés à jouer, outre le rôle des médias comme étant un mécanisme œuvrant au profit de la communauté. Enfin, l’intellectuel a sommé le musulman à respecter l’autre dans le pays de résidence quel que soit son origine, sa religion, et sa culture, en s’inscrivant dans un esprit de solidarité et de coopération loin de l’extrémisme et de l’intolérance. n

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