Interview

Tariq Daouda : «Notre but est d’accélérer au maximum la découverte d’un vaccin à base d’épitopes viraux»

Le chercheur marocain Tariq Daouda, docteur en bio-informatique à la Harvard Medical School de Boston au Etats Unis, s’active avec son équipe pour la mise au point d’un vaccin anti coronavirus à l’aide de l’intelligence artificielle. Le 5 mai, il publiera un article où il explique sa méthodologie. Il présente dans cette interview avec Challenge son parcours, sa méthodologie et son point de vue de l’évolution du coronavirus.


Challenge : Tariq Daouda, Research Fellow à Harvard Medical School. Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Tariq Daouda : Je suis né à Rabat où j’ai étudié jusqu’à mon Baccalauréat. Je suis ensuite partie en France pour compléter une Licence en Mathématiques informatique à l’Université Henri-Pointcarré à Nancy. Diplôme en poche, j’ai immigré au Canada ou j’ai d’abord complété une Maîtrise en intelligence artificielle à l’université de Montréal, puis un doctorat en bio-informatique à l’Institut de Recherche en Immunologie et Cancérologie. Durant mon doctorat j’ai notamment travaillé sur l’application de techniques d’intelligence artificielle à l’étude du système immunitaire. L’idée était d’utiliser ces techniques pour étudier le système immunitaire en vue de développer un vaccin contre le cancer. J’ai par la suite déménagé à Boston ou je suis maintenant chercheur post-doctoral affilié à Harvard Medical School. 

Vous publierez le 5 mai un article présentant votre méthodologie pour concevoir un vaccin anti covid-19 en vous basant sur l’intelligence artificielle. Présentez-nous les grandes lignes de votre méthodologie ?

Tout à fait. Cette recherche découle directement de mon travail de doctorat. Ici, notre but est d’accélérer au maximum la découverte d’un vaccin à base d’épitopes viraux. Ces épitopes sont de petits fragments de protéines virales que les cellules infectées présentent à leur surface. Le système immunitaire utilise ces fragments pour identifier les cellules infectées par SARS-CoV-2 et les éliminer. Par conséquent, il est en théorie possible de faire un vaccin à partir de ces épitopes de SARS-CoV-2, qui entraînerait le système immunitaire à reconnaître et éliminer rapidement les cellules infectées. Le problème c’est justement d’identifier ces épitopes. Ceci est généralement un processus complexe qui nécessite beaucoup de cellules et de temps. Ce que nous proposons est un algorithme d’intelligence artificielle qui est capable de les identifier à partir du génome de SARS-CoV-2 en quelques minutes. Le 5 mai, nous publierons un article détaillant la méthode et nous mettrons également nos résultats publiques sur le site http://www.epitopes.world, pour que l’ensemble de la communauté scientifique puisse en profiter, et ainsi accélérer la découverte d’un vaccin.

Chloroquine, Remedesivir… des médicaments qui ont été prescrits pour lutter contre le coronavirus, qu’en pensez-vous ?

L’acceptation d’un nouveau médicament pour un quelconque traitement se fait à la suite d’études cliniques rigoureuses, précisément contrôlées et repliables, y compris si ce médicament est déjà sur le marché. Ces études ne révèlent pas seulement l’efficacité du traitement mais listent également les effets secondaires. Nous en saurons plus à la suite des études cliniques.

Les Etats-Unis ont dépassé mercredi la barre de 60.000 décès dus au nouveau coronavirus, selon un décompte en temps établi par l’Université Johns Hopkins. Comment expliquez-vous cette situation unique dans le monde ?

Il est encore trop tôt pour répondre clairement à ces questions. Nous avons besoin de plus de données. Comment expliquer, par exemple, que des pays voisins aient des taux de mortalité aussi différents? A supposer que le virus soit le même partout, beaucoup d’autres facteurs entrent en jeux dans le taux de mortalité comme l’âge moyen de la population, la prévalence de co-morbidité (comme l’hypertension ou le diabète), la densité de population, les habitudes culturelles de vie, la vitesse de réponse du gouvernement et le type de mesures entreprises. La liste est longue. Une fois la pandémie passée, il sera possible de comparer les diffèrent pays et d’y voir plus clair. D’ici là, tout ne peut être que spéculations.

Au Maroc, le déconfinement est prévu pour le 20 mai prochain. Quel niveau de risque pensez-vous que le pays encours-t-il, sachant que le nombre de cas de contamination au coronavirus dépasse aujourd’hui la barre des 4000 ?

Le Maroc semble très bien gérer la situation. Comparé à l’Espagne qui doit composer avec plus de 200.000 cas ou la France qui en a autour de 130.000, le Maroc s’en sort très bien. Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir commencé à parler de déconfinement. Si le confinement est une phase importante, il est important de ne pas la faire durer plus longtemps que nécessaire. Au risque d’encourir des dommages économiques évitable. La pandémie Covid-19 n’est pas seulement une affaire sanitaire, c’est un problème multi-dimensionnel qui englobe des considérations humaines, économiques et sociétales importantes.

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