Interview

Tom Cools : « Les 12 sociétés marocaines citées dans notre rapport sont des exemples de réussite »

Pour la seconde année consécutive, PwC en partenariat avec la Bourse de Londres, le CDC et la BAD, vient de publier son rapport intitulé « Des entreprises pour inspirer l’Afrique ». 12 marocaines (Bricoma, Kitea, 10 Rajeb, Ama Détergent, CMGP, Damandis Maroc, Energy Transfo, GPC, Medafrica Systems, Société Radio Electronique Maritime Group, Disty Technologies, Iwaco) sont parmi ces « entreprises pour inspirer l’Afrique ». Associé Consulting PwC au Maroc & Afrique francophone, Tom Cools, revient sur la présence du contingent marocain dans ce rapport.


Challenge : Pour la seconde année consécutive, PwC en partenariat avec la Bourse de Londres, le CDC et la BAD, vient de publier son rapport intitulé « Des entreprises pour inspirer l’Afrique ». Cette cuvée 2019 recense près de 360 sociétés dont 12 marocaines. En quoi ces entreprises marocaines inspirent-elles l’Afrique ?

Tom Cools : Le rapport «Companies to Inspire Africa» met en avant des entreprises privées africaines qui présentent toutes un point commun: un dynamisme et un potentiel de développement très prometteur contribuant à la transformation de l’économie du continent.

Au même titre que les 348 entreprises situées dans 31 autres pays d’Afrique, les 12 sociétés marocaines mentionnées dans le rapport affichent des taux de croissance exceptionnels de leur chiffre d’affaires à moyen terme (46% en moyenne) et du nombre de leurs salariés (25% en moyenne), ce qui en fait des exemples de réussite dont il faut s’inspirer. Le Maroc s’inscrit donc pleinement dans la dynamique régionale.

Leur présence dans ce rapport leur offre par ailleurs une visibilité régionale et internationale, notamment auprès des fonds d’investissement et des investisseurs stratégiques, leur permettant d’accéder aux nouvelles sources de financement afin de développer davantage leurs stratégies d’expansion.

Challenge : Avec 12 entreprises sur les 26 recensées en Afrique du Nord, le contingent marocain représente à lui seul presque la moitié des entreprises du nord du continent dans la liste. Quelle lecture faites-vous de ce constat ?

Après des décennies de réformes, le Maroc se positionne aujourd’hui comme la locomotive du développement en Afrique, en diversifiant son économie, en modernisant ses infrastructures, en renforçant ses transports, en favorisant le développement technologique, en créant un environnement propice au développement d’une classe moyenne, source de nombreuses opportunités en termes de consommation et de pouvoir d’achat.

Le pays est devenu par ailleurs, un centre régional avec une influence qui dépasse ses frontières, une plaque tournante de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, qui attire des entreprises étrangères et qui favorise de plus en plus le développement de ses entrepreneurs.

Dernier exemple en date, Casablanca Finance City (CFC) devance Johannesburg dans le classement des places financières internationales pour se hisser au rang de première place financière d’Afrique.

Challenge : Les 12 entreprises marocaines identifiées par le rapport sont toutes des PME. Est-ce à dire que cette catégorie d’entreprises a plus de potentiel sur le continent que les grands groupes ?

La majorité des entreprises présentes dans ce rapport sont des PME employant en moyenne plus de 360 personnes.

Elles représentent 90% du tissu économique africain et concentrent 80% des emplois sur le continent. Les PME sont à ce titre un catalyseur essentiel de la croissance économique, de la création d’emplois et de l’innovation en Afrique. Beaucoup d’entre elles contribuent par ailleurs à relever des défis prioritaires sur le continent (comme l’accès à l’énergie, à l’éducation, aux services de santé, …).

En tant qu’acteur engagé dans le développement de l’Afrique, PwC est fier de s’associer à de telles initiatives aidant à mettre un coup de projecteur sur ces entreprises, pour accélérer leur croissance en les faisant accéder aux nouveaux marchés étrangers, en améliorant la collaboration avec des investisseurs et des partenaires stratégiques.

L’accès au financement demeure néanmoins une difficulté majeure pour les entreprises africaines, très souvent en raison d’un manque de transparence concernant leur modèle de gouvernance. Les institutions financières ont besoin d’accéder à des données fiables permettant de mieux appréhender les  éléments économique et stratégique des entreprises. PwC est engagé à les accompagner à remédier à ces difficultés.

Challenge : D’autres pays africains comme le Nigéria, l’Afrique du Sud ou encore le Kenya sont plus représentés que le Maroc dans ce rapport. Comment expliquez-vous cela ?

L’Afrique anglophone est économiquement plus dynamique, portée en effet par certaines économies fortes, comme celle du Nigéria, de l’Afrique du Sud et du Kenya, en raison de plusieurs facteurs, notamment des ressources énergétiques et naturelles, un secteur industriel en forte croissance, une inscription précoce dans la mondialisation, une langue facilitant la compétitivité…

Avec 97 entreprises identifiées au Nigéria et 66 au Kenya, arrivant en tête des pays les plus représentés, le rapport semble confirmer cette donnée.

Néanmoins, malgré une confiance dans les enjeux macro-économiques, certaines menaces incontrôlables peuvent peser sur l’activité des entreprises de la zone anglophone, telle que l’incertitude politique. A l’inverse, en Afrique francophone, une dynamique est enclenchée, portée par certains pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, et le Maroc dont la stabilité politique est un des points forts.

Challenge : Issus de 32 pays du continent, les acteurs retenus dans cette étude évoluent dans les 7 secteurs. Partant, quels sont les secteurs qui se développent le plus rapidement en Afrique ?

Les entreprises présentées dans notre publication évoluent dans les secteurs d’activité répondant aux problématiques majeures du continent. Les solutions digitales et innovantes qu’elles proposent représentent très souvent un saut technologique, d’où l’évocation d’un phénomène de « Leapfrogging africain ». 

Les deux secteurs affichant les taux de croissances les plus importants, sont les services financiers (avec un taux de croissance du chiffre d’affaires moyen de 70%) et les énergies renouvelables (avec une hausse du chiffre d’affaires moyen de 66%), avec,  dans les deux cas, des entreprises proposant des solutions innovantes.

A noter, que le secteur des services aux consommateurs est le plus représenté dans le rapport (avec 79 entreprises dans 20 pays), boosté par une classe moyenne émergente, une population jeune et de plus en plus urbaine.  La croissance très importante dans ce secteur, se matérialise notamment par la création de nombreux centres commerciaux et le développement de solutions de shopping en ligne adaptées au contexte africain.

Nous retrouvons également des entreprises du secteur de la santé, des Technologies et Télécoms, de l’industrie, et de l’agriculture qui demeurent très importantes sur le continent (représentant 15% des entreprises sélectionnées dans le rapport).  

Challengenews
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