Tourisme de chasse

Tourisme de chasse : qui profite réellement du business ?


L’ouverture de la saison de la chasse est prévue pour le 4 octobre prochain. L’activité permet de générer des recettes en devises. Qui bénéficie de ce business rentable de 60 millions de DH mais difficile à cerner ?   par Adama Sylla

Il n’y a pas que la plage, le soleil et le sable fin ou encore les monuments historiques pour faire des touristes heureux, ni constituer encore un argument valable pour vendre la destination Maroc. L’arrière-pays est devenu aujourd’hui une force de proposition encore plus séduisante et dont de nombreux professionnels se sont emparés pour en faire un terrain de chasse pour les touristes cynègètes. Hôteliers, sociétés de chasse touristique, armuriers, restaurateurs, guides et autres, s’apprêtent à accueillir les chasseurs étrangers à partir du 4 octobre prochain et ce, jusqu’à la clôture de la saison en fin février 2016.
En détails, le nombre de chasseurs touristiques reçus chaque année par les 34 organisateurs de chasse touristique agréés par le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) s’élève à 3.000. Pourtant, les flux des touristes chasseurs ont significativement baissé. « Force est de constater que durant les cinq dernières années, les arrivées ont chuté, en raison de la crise économique qu’ont connue les principaux pays émetteurs d’Europe. A cela s’ajoute un autre facteur regrettable et non des moindres, en rapport avec la conjoncture sécuritaire générale. Il en résulte un quasi tarissement de la clientèle. A titre d’exemple, de nombreuses réservations enregistrées pour la saison prochaine ont été annulées suite aux attentats survenus en Tunisie », déplore Abdelmalek Laraïchi, président de l’Association des organisateurs de chasse et de pêche touristiques du Maroc.

Le Maroc ne manque pas d’attraits

Les chasseurs, qui proviennent essentiellement de France, d’Italie et d’Espagne, sont principalement attirés par la diversité de la faune locale. «En dépit de la conjoncture internationale, tous les ingrédients sont réunis au niveau local pour que la saison qui s’ouvre, porte ses fruits. En effet, comme la pluie a été au rendez-vous, il en sera de même pour le gibier», relativise Driss Chwiwi, directeur général d’Argana Loisirs, une entreprise de chasse touristique basée à Agadir.
Il faut dire que la destination Maroc ne manque pas d’attraits, dont sa proximité avec les pays émetteurs de la clientèle. Elle est en effet située à deux heures de vol de l’Europe, un réservoir regorgeant de plus de 10 millions de chasseurs. «Certes, d’excellentes potentialités naturelles existent sur l’ensemble du territoire national, mais elles nécessitent un grand effort de mise en valeur cynégétique. Les pouvoirs publics en sont parfaitement conscients. A cet égard, le Haut commissariat aux eaux et forêts et de la lutte contre la désertification qui est notre autorité de tutelle s’attelle à élaborer une véritable stratégie avec pour objectif, la promotion de ce secteur avec le concours d’experts en matière de mise en valeur cynégétique que les nationaux ne maitrisent pas», souligne Abdelmalek Laraïchi. En effet, du côté du Haut commissariat, on reste persuadé que ce tourisme de niche peut, à l’horizon 2024, attirer plus de 10.000 touristes chasseurs par année, non compris leurs accompagnateurs.
En attendant, la chasse permet de générer des recettes et des rentrées non négligeables en devises convertibles, soit l’équivalent de 60 millions de DH incluant les redevances d’amodiation (location des terrains), les aménagements et les investissements réalisés, ainsi que les autres rentrées au profit des hôteliers, restaurateurs, guides et autres. Globalement, elle crée 400.000 journées de travail.
Les 34 sociétés de chasse touristique proposent un large choix de formules. Les tarifs ainsi que les prestations sont variables.

Entre 1.500 et 3.000 DH la journée

En moyenne, une journée de chasse est commercialisée entre 1.500 et 3.000 DH, selon les espèces. Ce tarif ne concerne pas la battue de perdreaux dont le prix à payer dépend du nombre de perdreaux lâchés et/ou tirés. Ainsi, pendant un séjour de quatre journées successives, un touriste cynègète débourse entre 6.000 et 12.000 DH, hors frais de transport aérien, d’hébergement et de restauration.
Par ailleurs, certains opérateurs pratiquent des tarifs forfaitaires, comme cette société de chasse touristique basée à Marrakech. Cette dernière, facture à près de 9.000 DH les 3 jours en demi-pension. Ces tarifs peuvent dépasser 15.000 DH chez d’autres professionnels. A noter, que ces montants couvrent aussi les prestations administratives telles que l’établissement d’un permis de chasse touristique marocain, valable toute l’année cynégétique du 1er octobre à fin août.  Il faut également établir un permis de port d’armes, une licence et une assurance de chasse. Une autorisation d’importation d’armes est valable un mois.
En termes de fusils et de munitions, généralement importés d’Italie, d’Espagne et de France, ce sont trois importateurs et une quarantaine d’armuriers, qui se partagent ce marché. «Il est évident que s’il y a assez de gibier, nous vendons plus», souligne Jean-Marc Gouvenaux, directeur général de Falcoz, le plus ancien établissement du secteur, créé à Casablanca en 1920 et qui détient plus de 80% de parts de marché.
Il faut dire que ces opérateurs dépendent de la clientèle locale estimée à un peu plus de 65.000 chasseurs. En effet, au Maroc, la réglementation n’autorise pas les sociétés de chasse touristique à mettre des armes à la disposition des touristes. En plus, un chasseur ne peut chasser qu’avec le fusil dont le numéro figure sur son permis de chasse. Dans ce sens, les organisateurs de chasse ont demandé aux pouvoirs publics des mesures d’assouplissement. A noter qu’au niveau local, ce sont les fusils de calibre 12 qui sont les  plus demandés auprès des armuriers. Leurs prix oscillent entre 9.000 et 14.000 DH. Quant aux munitions, les armuriers commercialisent les cartouches entre 3 et 3,5 DH. 

 

 
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