L'édito

Trésorerie, attention danger ?

Le débat sur la crise, son existence, est scolastique. Des pans entiers de l’économie enregistrent une contraction de leurs volumes d’affaires du fait de la baisse de la demande étrangère, en particulier européenne. Ce débat a permis de masquer un autre, plus prégnant, celui du financement de l’économie. L’illiquidité des banques est désormais structurelle. La Banque centrale a fait tout ce qui est techniquement possible pour limiter l’impact de ce phénomène sur l’économie. Grâce à cette action, les taux débiteurs n’ont connu qu’une hausse modérée, sauf pour les PME qui sont en dépassement. Seulement, les finances publiques sont au plus mal. La dette intérieure évolue négativement et ce, malgré la croissance des recettes de l’Etat. L’effet d’éviction devient, non pas une menace, mais une évidence. A cela, on peut ajouter les difficultés de remboursement du secteur immobilier, empêtré dans la mévente du produit dit de luxe. Les banques auront encore moins d’argent à mettre au service de l’économie. On le sait depuis toujours, c’est le tissu des PME qui souffre le plus de cette situation. Sous-capitalisées en général, ces entreprises vivent des tensions de trésorerie pour plusieurs raisons. Elles souffrent de relations commerciales déséquilibrées qui se traduisent par des délais de paiement hors normes. La nouvelle loi encadrant ces délais, n’est pas encore en place et tardera à changer les mœurs, parce que les considérations commerciales entrent en ligne.
Déjà les patrons de PME, à la profitabilité certaine, dénoncent les difficultés d’accès au crédit et au renchérissement moyen de celui-ci. Les lignes accordées, quand elles le sont, sont insuffisantes et les dépassements difficiles à obtenir, sont trop chères et rognent sérieusement les marges.
Il faut à tout prix éviter l’aggravation de ce phénomène. Des études sérieuses démontrent que si le taux de mortalité des petites entreprises au Maroc est dans les normes internationales, les tensions de trésorerie, alors que le business tient la route, en est la première cause. C’est ce qui différencie le Maroc d’un pays comme la Turquie. La marge de manœuvre est limitée. L’Etat doit diversifier ses financements. Le recours aux liquidités bancaires, les adjudications du Trésor doivent être limitées, ce qui signifie de facto, l’endettement à l’étranger. C’est un choix difficile, mais qui s’impose, pour éviter d’étouffer l’économie. Le scénario catastrophe serait une hausse des taux, entraînant une aggravation de la sinistralité, entraînant elle-même une nouvelle hausse. Ce cercle vicieux, le Maroc l’a connu dans les années 80. Heureusement, l’environnement n’est plus le même. Le pays a retrouvé sa crédibilité à l’étranger, l’économie est plus performante et le système bancaire est encore plus solide, bien qu’un renforcement de ses fonds propres soit une nécessité. Les pouvoirs publics, la Banque Centrale et le GPBM, doivent se pencher sur cette question pour éviter une spirale qui risque de nuire à la croissance. 

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