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UE : les flux migratoires entre morale et calculs politiciens


L’Europe fait face à un afflux sans précédent de migrants. Au total, plus de 430.000 migrants ont traversé la Méditerranée depuis janvier, et près de 2.748 y ont disparu, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Une fois encore, cette crise a dominé l’actualité cette semaine mais elle a aussi divisé la communauté européenne. DNES à Bruxelles Abdelfettah Alami

Depuis plusieurs mois, les scènes de migrants morts noyés en tentant de joindre l’Europe ou retrouvés morts dans des camions abandonnés au bord des autoroutes, offrent un spectacle de désolation. L’image du petit Aylan, Syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage turque avait fait la une de la presse internationale et suscité une onde de choc et l’indignation dans l’opinion publique Européenne. Si le phénomène n’a pas démarré avec ces images tragiques et poignantes, puisqu’il y a plusieurs années que des milliers de migrants traversent ce cimetière de la mort, la Méditerranée, le dessin d’Aylan, posté devant le bâtiment de la Commission Européenne est devenu le symbole des drames quotidiens que vivent les réfugiés. Mais le flot ininterrompu de migrants a créé dans les esprits, gouvernements et populations  l’émotion, mais aussi la peur et l’angoisse. Car, face à une guerre contre Daesh, principal déclencheur de ce déferlement, il était urgent pour l’Europe de s’organiser pour faire face à ce dossier explosif et «maîtriser» les flux de réfugiés.

L’élan de solidarité et l’incroyable Merkel

Face au discours chauvin qui a régné chez plusieurs mouvements de l’opinion Européenne, celui d’affirmer qu’«on ne peut pas accueillir toute la misère du monde», s’est substitué par «l’Europe ne doit pas avoir peur». Le ton fut donné par le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Junker, dans un message fort : «l’Europe n’est pas en bon état. Nous manquons d’Europe dans cette Union Européenne. Imaginez une minute si c’était vous dont il s’agissait avec votre enfant dans les bras et si le monde que vous connaissez était en train de s’écrouler, vous seriez prêts à tout, à traverser les mers, à traverser les frontières pour fuir la guerre, pour fuir la barbarie de ce qu’on appelle «Etat islamique». Nous luttons tous contre cette organisation. Pourquoi nous ne sommes pas prêts à aider ceux qui les fuient ? Nous devons accepter ces personnes sur le territoire Européen».
Le dispositif proposé par la Commission consistant à répartir équitablement entre les pays membres de l’UE, quelque 160.000 réfugiés venus principalement de Syrie et d’Irak, est fermement soutenu par l’Allemagne, la France et l’Italie.
Le flambeau est d’abord repris par l’Allemagne qui a commencé à accueillir cet exode humain à bras ouverts. Angela Merkel a, après plusieurs tergiversations, fait son choix, celui de l’accueil dans la dignité, du respect du droit d’asile pour des gens qui fuient la guerre et les persécutions. Cette situation a suscité une grande bousculade au portillon de la France pour des réfugiés qui veulent rejoindre l’Allemagne. Des dizaines de milliers de réfugiés ont pu y accéder. Cette euphorie pour ce pays démontre que les migrants sont très au courant de ce qui se passe dans les différents pays européens, des opinions publiques, des structures d’accueil qui n’existent pas en France et même des relais car, la plupart des migrants qui arrivent en Allemagne ont des proches ou d’assez proches; il y a par exemple une très forte communauté Kurde en Allemagne.
Emboitant le pas, François Hollande, a réagi, mais timidement. Pour soulager Berlin, il a pris l’engagement d’accueillir en urgence un millier de réfugiés. Même si une partie civile, ainsi que les élus et les maires ont manifesté un grand élan de solidarité en abritant ou hébergeant des personnes au sein de certaines familles ou dans des logements communaux, le gouvernement a pris du retard pour agir face à une crise dont on ne peut mesurer ni l’ampleur ni l’impact. L’intransigeance qui a toujours été affichée par la France explique sa position de n’accorder le droit d’asile qu’à 20% seulement des 60.000 demandes présentées chaque année. Cette position relevée aussi bien chez la droite que chez la gauche, est exacerbée par le fait que 200.000 émigrés rentrent chaque année dans le pays, tandis que deux français sur trois, de façon constante, considèrent qu’ « il y a trop d’étrangers en France ».

A l’Est, le mur de la honte

La rigidité de certains pays de l’Est, membres de l’UE, contraste avec les positions prises par les instances de la Commission et par l’Allemagne et la France. A leur tête, la Hongrie, qui a opposé un refus catégorique au plan envisagé par celle-ci qui prévoyait, pour ce pays, de trouver une solution d’asile pour 130.000 réfugiés rentrés en Hongrie. La République tchèque, la Pologne, la Slovaquie et la Roumanie, considérées comme des pays de première ligne à cette vague migratoire, ont manifesté la même hostilité. Enfermés dans un refus total, certains partis politiques, sont allés jusqu’à rejeter l’accueil de tout étranger d’une autre culture ou d’une autre religion. Pire, la Hongrie, poursuit la construction d’un mur de 175 km à la frontière avec la Serbie en mobilisant des prisonniers de droit commun. Elle a même décrété un dispositif législatif qualifiant de délit pénal toute entrée illégale dans ce pays, à compter du 15 septembre, et passible, par conséquent de peine de prison pouvant atteindre les trois ans. Ces divergences, au niveau des membres de l’UE, au sujet de la politique migratoire augurent mal d’un optimisme que tout le monde attendait de la réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union qui allait se tenir, à Brussels, lundi dernier pour entrevoir une solution à ce dossier explosif. En fait, l’issue de cette rencontre va montrer au monde le vrai visage d’une Europe divisée et impuissante. Le temps de l’émotion était très court.
C’est dans une ambiance tendue que les ministres de l’Intérieur de l’UE se sont retrouvés à Brussels. La politique de «chacun pour soi» a dominé les débats. Quels pays doivent accueillir les migrants? Combien et comment ? Autant de questions sur la table des négociateurs européens. La France et l’Allemagne plaident à la fois en faveur du renforcement des frontières extérieures à l’espace Schengen et d’une politique d’accueil des réfugiés, 120.000 en deux ans sous formes de quotas obligatoires assurés par l’ensemble des pays européens. Cette solidarité est mise à mal par certains pays de l’Est opposés farouchement à l’accueil obligatoire de réfugiés et refusant également la création de centres d’enregistrement et de tri des demandeurs d’asiles sur leur territoire.
Dans une Europe divisée et devant cet afflux ininterrompu de migrants, le rendez-vous des ministres de l’Intérieur était un fiasco total. Une semaine après avoir ouvert ses frontières, l’Allemagne a provisoirement rétabli ses frontières, «une décision nécessaire», selon le gouvernement de Merkel pour tenter de ralentir les migrants affluant sur son territoire. Très vite, la décision prise par l’Allemagne fait boule de neige. La Slovaquie, la République Tchèque et l’Autriche, un à un, les pays établissent les contrôles à leurs frontières. Ces décisions n’ont pas manqué de provoquer de nombreuses réactions en Europe. A commencer par la Commission Européenne qui a affirmé que ces positions sont incompatibles avec l’accord de Schengen qui a instauré la libre circulation des personnes et a souligné «l’urgence» de parvenir à un plan européen de répartition des nouveaux arrivants. Tous les analystes s’accordent à dire que le risque est réel pour que l’on vive la fin des accords de Schengen. Des frontières hermétiquement fermées, une Europe entourée de barbelé et des quotas avec un tri des populations des réfugiés ne sont pas la solution. La coopération internationale doit être mise à l’épreuve pour agir en amont, en aidant les pays les plus touchés par ces énormes flux des migrants. La prochaine réunion du conseil ministériel de l’UE qui aura lieu vers le 8 octobre pour aplanir ces profondes divisions et harmoniser les politiques d’accueil des réfugiés, parviendrait-elle à trouver un accord sur cette épineuse question ? Rien n’est sûr ! 

 
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