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Un déficit commercial qui dépasse 4200%


Du 4 au 6 juin, s’est tenu à Casablanca le forum des hommes d’affaires des deux Royaumes. L’occasion pour renforcer les liens commerciaux, faibles à la base, est une opportunité en ces moments difficiles où le Maroc cherche à se doter d’une politique d’exportation plus intégrée et plus agressive. Avons-nous exploité cette occasion ? Pourrions-nous un jour enregistrer des performances exportatrices en Arabie Saoudite et dans les autres pays du golfe ? Nous sommes dans l’obligation de réussir et d’exploiter toutes les occasions et de ne pas les rater.  

Si l’organisation du forum reflète la profondeur des relations entre les deux Royaumes, les préparatifs n’ont pu permettre d’atteindre tous les objectifs. Les hommes d’affaires saoudiens et marocains espéraient mieux. 

Des relations politiques solides et historiques

Nul ne semble ignorer la profondeur des relations marocco-saoudiennes. Les relations politiques appartenant à l’histoire récente remontent à la fondation du Royaume wahhabite et n’ont jamais faibli, ni en intensité ni en manque de coordination. Les rois qui se sont succédé sur le Trône depuis la disparition du père fondateur Abdelaziz Al Saoûd ont toujours gardé des liens très particuliers avec le Royaume du Maroc. La découverte du pétrole et l’impact qu’il a eu sur l’enrichissement de l’Arabie Saoudite et sur son rayonnement sur le plan économique ont certes donné une nouvelle dimension à ce pays, mais il a surtout permis de raffermir son assise en tant que puissance financière. Son rôle dans le monde arabe a pris une importance remarquable et notamment, après la disparition du leader égyptien Jamal Abdennasser. La guerre d’octobre  1973, qui a donné lieu à un nouvel esprit dans la coordination arabe face à l’occupation israélienne des territoires arabes, a marqué un important financement de l’Arabie saoudite de l’effort de guerre sur les fronts syrien et égyptien. Le défunt Roi Fayçal était  au front politique et se faisait lire les cartes illustrant les positions des armées arabes. Le renchérissement du prix du baril du pétrole a jeté toutes les lumières sur le golfe et particulièrement, sur le Royaume d’Arabie Saoudite. Ce n’est plus seulement à travers la Mecque et le cinquième pilier de l’Islam qu’on regarde cette terre sainte, mais, bien et aussi, à travers son importance économique et financière. Les relations bilatérales ont connu, depuis, des développements très importants. Nos situations comptables publiques ont enregistré, durant  certains  moments difficiles, des virements qui ont contribué à soulager les pressions sur les comptes publics.

 Sur le plan économique  et en tant que pays disposant de ressources financières très importantes et ayant des programmes d’équipement en infrastructures très importants, l’Arabie saoudite, à l’image des autres pays pétroliers de la région, s’est tournée vers les puissances économiques qui ont la capacité technique et industrielle de  répondre aux appels d’offres pour combler les besoins dans  divers domaines. Les importations de biens et de services ne pouvaient  se faire qu’auprès de ceux qui ont des pouvoirs et atouts compétitifs et les réseaux de commercialisation et d’influence les plus efficaces. Résultat de ce processus ; un socle relationnel solide sur le plan politique, un appui financier sous forme de financement de projets ou de dons et une relation commerciale faible et n’enregistrant que des flux ayant des structures qu’on peut qualifier de figées. Les raisons de cette constatation que confirme notre balance commerciale et ses déficits structurels sont dans la nature des échanges  et dans celle de notre assise en matière d’offre des biens à l’export. Le marché de l’énergie est fait de producteurs qui se sont regroupés en cartel pour fixer des prix, aidés en cela par le marché et ses évolutions erratiques, mais à tendance haussière depuis presque deux décennies et des demandeurs qui sont soit des pays développés qui absorbent le coût de la  composante par la force de leurs économies ou des pays qui ne peuvent résorber le déficit que l’énergie alourdit . Notre pays est dans cette deuxième catégorie de pays. Nous importons du pétrole saoudien par nécessité de structure et nous ne pouvons équilibrer nos échanges par des agrumes et des acides phosphoriques. 

Le déficit commercial : est-ce une fatalité ?

Le déficit commercial entre les deux Royaumes est ainsi fait et ne peut connaître de réels changements en l’état actuel de nos offres à l’exportation. La lecture des chiffres est très éloquente. En 2013, nous n’avons exporté en Arabie Saoudite qu’un montant de 538 millions de dhs contre des importations ayant atteint  environ 23 milliards de dhs, soit  plus de 42 fois la valeur de nos exportations. Ce rapport devrait s’alourdir davantage si l’Arabie Saoudite arrive à couvrir ses besoins en acide phosphorique par la production de sa société « maa ‘din ». Entre le pétrole ( 17,7 milliards de dhs) et les ouvrages et matières en plastique (3,4 milliards de dhs) et le possible recul de nos exportations de phosphates, la balance commerciale est appelée à s’enfoncer dans un déficit encore plus grand. D’un autre côté, les données qui ne voient qu’à travers la lecture des chiffres de la balance des paiements donnent quelques signes de compensation et notamment, en matière des flux financiers liés à la récente décision des pays du golfe d’affecter un milliard de dollars annuellement pour les programmes de développement du Maroc. Les prêts du Fonds Saoudien et du Fonds koweïtien apportent une contribution additionnelle aux efforts marocains en matière d’infrastructures. 

 Les récentes déclarations de « programmes et d’actions » faites par le grand département dirigé par Moulay Hafid Elalamy et  les deux ministres délégués dans le domaine de l’industrie et des exportations  font rêver. Ils sont certes clairs sur le plan de la méthode, mais ont-ils le poids de s’ériger en politique publique appelée à s’inscrire dans la durée. On ne cesse de parler de convergence, mais il semble que les schémas de restructuration nécessitent une réelle concertation pour évaluer les impacts réciproques des divers politiques et plans sectoriels. Chaque mesure d’un nouveau plan requiert un ajustement  au niveau des mesures d’un autre plan. L’eau, le foncier, la logistique, la formation et le financement sont des composantes communes aux différents plans sectoriels et exigent une coordination constante et un tableau de bord d’ensemble et une gouvernance dynamique et réactive. 

Le forum est une occasion à ne point rater ?

Pour en revenir aux relations Marocco-saoudiennes, il est utile de rappeler que le forum des deux Royaumes,  qui s’est tenu à Casablanca au siège du complexe de l’Office de change du 4 au 6 juin, n’a  pas reçu une couverture médiatique suffisamment dense pour créer les conditions d’un succès réel de cet évènement. Challenge a eu des entretiens avec un grand nombre de représentants de sociétés saoudiennes qui font partie des 60 entités ayant  fait le déplacement à Casablanca pour faire des affaires. La plupart d’entre eux n’ont pas caché leur amertume face à une quasi absence d’une campagne préalable annonçant le forum et le peu d’affluence des hommes d’affaires marocains au forum. L’éloignement du lieu de cet évènement et les conditions de préparation expliquent  le mécontentement des représentants de certaines sociétés participantes. Les doléances de ces derniers ont, semble-t-il été exposées aux organisateurs. La prochaine session de cet important et stratégique rendez-vous entre les deux Royaumes devra bénéficier d’une préparation et d’une organisation plus efficace. 

La cérémonie d’ouverture a été médiatiquement couverte et  deux accords de partenariat  ont été signés entre les Conseils d’affaires marocain et saoudien et entre les entrepreneurs relevant du conseil des Chambres de commerce en Arabie Saoudite et  les représentants de la Fédération de BTP. Une deuxième ligne maritime devrait réduire les temps et les coûts et donner une impulsion nouvelle aux échanges entre les deux pays. Ramener les delais de transport  de la marchandise de trois semaines à 9 jours et permettre de desservir Tanger Med, Djeddah et Agadir ne pourraient que donner un sens concret aux volontés exprimées par les deux parties dans les domaines des échanges commerciaux. Les opportunités peuvent être développées à travers une meilleure organisation et des financements adaptés. Un fonds d’investissement est en train de prendre forme et vie pour accompagner les exportateurs marocains sur le marché saoudien. Le capital devrait atteindre 4 milliards de dhs. Pour l’instant, un montant de 520 millions de dhs est mis sur la table par la CDG. Le montage financier devrait permettre une injonction d’un montant identique par les autorités saoudiennes. La position africaine  du Maroc  et ses récentes actions économiques dans beaucoup de pays du continent pourraient contribuer à faire de notre pays  un hub pour les entreprises saoudiennes. De réelles opportunités se présentent aux deux Royaumes dans ce domaine. n

 
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