Portrait

Un expert comptable qui aurait aimé être commercial

Il a tout du cadre supérieur classique. Depuis le style au physique, l’habit fait le moine, mais pour cet expert comptable formé en France, la vie a été une succession d’évolutions nécessaires à atteindre la maturité pour se mettre à son compte
 


La vie sourit aux audacieux, diton. Bien que son background le prédestinait à un avenir radieux, Youness Bennani, ne semble pas avoir admis que tout était acquis  d’avance. C’est probablement pour cela qu’il a su relever nombre de challenges, et se frayer sa voie. Il a le physique du  cadre supérieur marocain, avec des yeux quelque peu bridés et la peau mat. Lors de notre rencontre, il arbore un costume sombre et une cravate assortie  sur une chemise claire. En quelque sorte, la marque du financier qu’il est. Il est né en 1971, à Casablanca. L’aîné des trois enfants d’un homme d’affaires et d’une femme au foyer. Son père, diplômé de l’école des Hautes Etudes Commerciales de Lausanne (Suisse),  était administrateur d’une entreprise familiale de textile. C’est dans ce contexte familial, à la fois traditionnel  et moderne qu’il grandit. Son père, quoique constamment en déplacement pour ses affaires, ne veille pas moins sur l’éducation de ses enfants. Mais sa  mère toujours présente, gère la petite famille et veille au grain.

Le petit Youness sera d’abord scolarisé, à l’école Charles Foucault, située non loin de la maison familiale dans le quartier paisible de “France ville”. Pour que le petit Youness et son frère, son  cadet d’une année, aient un bon niveau aussi bien en arabe qu’en français, on se résoudra à les inscrire dans l’école du groupe scolaire Bennis. Le jeune Youness connaît une enfance heureuse. Mais à cette période, les loisirs se limitent au tennis et à la lecture. Comme beaucoup de ses camarades, son intérêt se porte sur le romanesque et les thrillers. Naturellement, les romans policiers de Agatha Christie ont sa préférence. C’est également la grande époque de TV5 au Maroc,  l’une des rares chaînes satellitaires francophones que l’on pouvait capter au Maroc. “Il faisait bon vivre à Casablanca. Les gens étaient plus sereins, et l’on ne souffrait pas du stress permanent  actuel”, se remémore-t-il. Pendant tout son récit, il a une posture figée, les jambes et les mains croisées, tel un sphinx qui converse, qui se dévoile sans  pour autant s’aventurer. C’est peut-être cela la marque des experts comptables : rester en retrait pour mieux analyser le monde qui les entoure. Une scolarité classique Pendant les vacances, la famille se  rendait dans le Sud de l’Espagne, pour les classiques destinations de la Costa del Sol, où se rendaient, nombreux, les Marocains aisés. Parfois, ses parents l’envoyaient en colonie de vacances, en Haute Savoie, dans la région des Alpes françaises, toutes proches de la Suisse.

Le jeune Youness a encore en mémoire, le voyage qu’il fit à l’âge de dix ans, en  compagnie de son père et de sa famille, à Lausanne, où justement M. Bennani père effectua ses études supérieures. Mais le père de Youness est soucieux d’endurcir ses enfants, et de les préparer à affronter les difficultés de la vie au Maroc, comme ailleurs. C’est dans cette même optique d’ailleurs, que le père, prévenant, fait passer ses enfants du système scolaire privé à  l’enseignement public. Après le temps d’adaptation nécessaire, le jeune Youness s’adaptera sans autres difficultés et obtiendra le bac Sciences Expérimentales, série  D en 1990. C’est alors le moment de choisir. Il n’hésitera pas et c’est tout naturellement qu’il marchera sur les traces de son père. Il optera donc pour les études de gestion. Mais au Maroc,  peu d’écoles proposent une formation de qualité. Il s’inscrira à l’Ecole Française des Affaires où il obtiendra un BTS en gestion commerciale. Cette formation qui a porté sur trois années  d’études, ne lui semble pas suffisante pour faire face à l’avenir. Ce qui le décidera à partir en France, préparer le diplôme d’expertise comptable. Il passera trois années à Grenoble, ville  Universitaire cotée, située aux pieds des Alpes et non loin de la Suisse.

 Malgré la rigueur du climat, la ville propose une qualité de vie agréable aux étudiants et le jeune Youness en profite  pour s’initier aux sports d’hivers, le ski alpin notamment. Cela coïncide avec la première guerre du Golfe qui défraye la chronique. Quoi qu’il ne ressente pas de racisme, ce sont déjà les prémices  des tensions entre le monde occidental et arabe qui marqueront toute la fin du XXe siècle et le début du XXIe. Au bout des trois années, il obtient le précieux sésame. Il déménage alors  pour le Sud de la France, au climat plus clément, et se lance dans la vie active. Sur le plan professionnel il passe des stages dans différents cabinets d’expertise comptable, tout en poursuivant son cursus à l’Université de Montpellier. Débuts dans la vie active Mais déjà, il réalise que l’expérience professionnelle est primordiale dans un marché concurrentiel. Il travaille  alors de manière plus permanente dans un cabinet d’expertise comptable. Les études ne passent pas au second plan pour autant, mais il les poursuivra en parallèle, par correspondance  avec l’INTEC dépendant du conservatoire des arts et métiers. Au cours de ce parcours, il sera approché par l’un des clients du cabinet, à la recherche d’un directeur administratif et financier, L’entreprise est spécialisée dans le traitement du bois, et se positionne en France à la deuxième place sur ce créneau.

Il se lance dans l’aventure, avec la bénédiction de son  précédent employeur. Nous sommes en 1996, et pour un maghrébin en France, cette perspective de carrière est déjà exceptionnelle. Bien plus, il sera même encouragé à poursuivre dans cette voie. Il restera dans le groupe sept années. Dans l’intervalle, il se marie en 2002. Il réalise alors, qu’il aura passé onze années en France, et qu’il est temps de  rentrer au bercail. C’est ce qu’il fera sans tarder. Mais dès son retour au Maroc, il est confronté à des difficultés inattendues : gérer le désengagement de son père d’une entreprise de BTP,  Aliagest. La mission ne durera pas moins de deux années. Une fois libéré et la mission accomplie, il rejoint GTR, une filiale du groupe Colas (Bouygues). Il y reste seulement une année,  mais période bénéfique, au cours de laquelle il apprendra les standards des firmes multinationales. Arrive 2007, quand il rejoint le groupe Jet Sakane, à l’époque troisième groupe immobilier  marocain. Là encore, il restera deux années avant d’intégrer un autre groupe immobilier, marocco-espagnol: Impreserial. Mais c’est la grande crise immobilière en Espagne, et naturellement ladite entreprise, traverse elle aussi des difficultés. Mais sur le plan familial, tout n’est pas gris et 2009 verra la naissance de sa fille, Noor-Imane. On peut deviner  dans sa fierté, que la paternité a changé complètement son approche de la vie. Youness a des envies d’entreprendre, de relever des challenges. Il se lance donc à son compte, et avec son frère  fondent Jet Finances en 2010. Depuis, le cabinet travaille aussi bien dans les activités classiques de la finance, comme dans l’externalisation des directions  de pilotage. Après une expérience déjà aussi riche, n’a-t-on pas les compétences requises pour relever pareil défi ? ■

 
Article précédent

"Toutes nos filiales sont rentables"

Article suivant

Des pistes sérieuses