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Un homme, un destin


Il a passé de nombreuses années à écrire sur les autres, à mettre en valeur des idées et des personnalités, à chercher, dans la mesure de la portée de sa plume, à redresser des torts, à trouver la lumière du vrai dans la jungle obscure des informations en circulation, à servir son pays par sa plume… On rendit hommage tout récemment à Abdallah El Amrani, et cette fois ce fut à lui de poser pour la plume. par Bouchra Lahbabi

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endre hommage à des personnalités de la presse qui appartiennent aux premières générations post-Indépendance, qui ont participé à enraciner les valeurs nobles de ce métier au sein du pays, dans un paysage d’activisme politique, de dynamisme créateur, innovateur et accompagnateur de développement, c’est le mérite qui revient à ceux qui ont honoré le 23 avril dernier trois éminents journalistes, dont le parcours s’inscrit notamment dans le bouillonnement de cette phase de transition à la recherche de la démocratie, de la liberté d’expression et d’une presse indépendante. La cérémonie qui se déroula au siège de la Présidence de l’Université Abdelmalek Al-Saadi, organisatrice de l’événement en partenariat avec le Centre Marocain des études et de recherches dans le domaine des TIC dirigé par le Pr. Abdesslam El Andaloussi, a en fait été dédiée à plusieurs personnalités internationales, dont les trois journalistes nationaux: Abdelkrim Ghellab, Mohammed El Brini et Abdallah El Amrani, qui furent respectivement présentés par Mohammed Larbi Messari, ex-Ministre de la Communication, Houdaifa Ameziane, président de l’Université Abdelmalek Al-Saadi, et Noureddine Miftah, président de la Fédération Marocaine des Editeurs de Journaux (FMEJ). Ce dernier brossa un portrait  de Abdallah El Amrani, fondateur et directeur de publication de La Vérité, le qualifiant «d’homme brillant et discret pour lequel la valeur fondamentale du métier, la vérité, a donné son nom à son journal.’’

Avant de décliner le parcours de l’intéressé, le président de la FMEJ souligna que ‘’le récipiendaire est un homme qui a œuvré pour la qualité de l’information, qui a su diversifier ses activités dans le domaine de la communication avec un attachement infaillible à la déontologie, il a su se relever rapidement de déceptions professionnelles pour poursuivre son œuvre avec la même sincérité, qui a le courage de continuer à éditer un journal indépendant malgré des moyens matériels limités, et enfin qui puise ses valeurs et ses forces dans ses origines baignées dans la source soufie de la zaouia ouazzania.’’ 

Et N. Miftah de rappeler que Abdallah El Amrani, fut l’un des premiers cadres à intégrer la presse en justifiant d’un diplôme de journaliste, en l’occurrence celui de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI) de Tunis où il eut comme professeur du mouvement national maghrébin l’ex-président Habib Bourguiba. Il était en effet coutumier à cette époque de voir arriver dans le secteur plutôt d’anciens avocats, professeurs universitaires ou militants politiques. Intégré à l’Université de Tunis, l’IPSI fut créé dans les années 70 avec le concours de la République Fédérale d’Allemagne. A. El Amrani effectua ainsi ses études supérieures en Tunisie avec le soutien d’une bourse allemande. De retour au Maroc, El Amrani s’installe à Casablanca et travaille quelques temps à Maghreb Information, journal proche de l’UMT (Union Marocaine du Travail) et de l’UNFP (Union Nationale des Forces Populaires). Après un bref séjour au sein de ce quotidien, il y devient auteur d’une chronique célèbre «L’autre visage», qui faisait souvent office d’édito. Il entretenait par ailleurs d’étroites relations avec les dirigeants du parti politique, notamment Abdallah Ibrahim, ancien président du conseil des ministres sous le Roi Mohammed V, ainsi qu’avec ceux de la Centrale syndicale, dont le secrétaire général Mahjoub Bensaddek. El Amrani deviendra aussi par la suite le traducteur attitré des éditos d’Abdallah Ibrahim que celui-ci publiait en arabe dans l’hebdomadaire  du parti. Après l’interdiction du quotidien Maghreb Information en mars 1975, El Amrani est sollicité pour renforcer l’équipe de la MAP nouvellement nationalisée (fin 1974). Ses remarquables missions et reportages pour l’Agence de Presse lui valurent au bout de six mois de recrutement sa nomination en tant que directeur régional du bureau de la MAP de Casablanca. L’orateur exposant le parcours du journaliste ne manqua pas de rappeler les judicieuses actions entreprises par ce dernier avec la prise de sa nouvelle fonction : la structuration du bureau, notamment par l’augmentation des effectifs, la création de la revue spécialisée ECONOMAP publiée encore à ce jour. Il devint quelques temps après, un des journalistes les plus en vue de la fameuse revue mensuelle Lamalif créée par Zakia Daoud. Durant la Marche Verte, El Amrani sera l’un des principaux rédacteurs de Lamalif Hebdo avec Abdallah Laroui et Zakia Daoud. Et par amour de la presse indépendante, il créa en parallèle un hebdomadaire arabophone sous le titre Al-Massîr qui connut un grand succès à la fin des années 1970, avec plus de 2O.000 exemplaires vendus par semaine, et des signatures de collaborateurs renommés tels l’écrivain Ahmed Al-Madini, le journaliste écrivain Hassan Alaoui et le poète disparu Hassan Mufti. Pour l’anecdote, le célèbre poème de celui-ci «Al-Tûlt al-Khâlî», fut publié dans les colonnes d’Al-Massîr avant d’être chanté par Abdelwahab Doukkali. El Amrani fut également précurseur dans le domaine de la communication et de la presse indépendante en créant l’entreprise privée Nejma dans les années 80, qui publia l’hebdomadaire arabophone Al-Dar Al Baïda et le mensuel francophone L’Economiste du Maghreb, comportant d’autres signatures distinguées, telles Habib Al-Malki et Driss Guerraoui. Et au cours de cette décennie (1975-1985) Abdallah El Amrani était également en charge de la communication de la Foire internationale de Casablanca (FIC). Il éditait un quotidien bilingue à chaque édition de la manifestation. Il créa au sein de l’exposition ’’le Club de la presse’’ qui reçut parmi les invités illustres de la FIC, l’ancien Premier ministre française Edith Cresson. El Amrani fut, avec Kamal Lahlou et Mouhcine Terrab, derrière la création en 1983 de la première radio privée au Maroc. Il s’agit de la fameuse radio FM de la foire de Casablanca. 

Neuf ans d’«éclipse»

En 1983, le président du Club Raja, Abdallah Firdaous, vint voir El Amrani de la part de l’ancien Premier ministre Maâti Bouabid pour lui annoncer qu’Ahmed Guedira, Conseiller du Roi de Hassan II, lui avait recommandé de monter un journal avec le journaliste chevronné. Ce qui donna lieu au Titre Rissalat al-Oumma et qui augurait la création d’un nouveau parti politique, l’Union Constitutionnelle. El Amrani ne s’éternisa pas dans le staff de ce journal, s’occupant de son entreprise Nejma. 

A partir de novembre 1985, El Amrani s’éclipse durant neuf ans à Tétouan, ce Nord qu’il chérit et dans lequel il se ressource. Loin d’y être oisif, il y organisera le premier Festival International de Tétouan, manifestation pluridisciplinaire mettant à l’honneur le cinéma, la littérature, la musique, etc., et dans le cadre de laquelle il montera en 1986 la première exposition de peinture féminine « Tétouan au féminin » réunissant une vingtaine de femmes artistes-peintres formées à l’Ecole des Beaux-arts de Tétouan (devenue aujourd’hui Ecole Nationale des Beaux-arts de Tétouan). Après cette « retraite tétouanaise » de neuf années, il revint à Casablanca vers ses premières amours, s’engageant quelques quatre années auprès de son ami de toujours Kamal Lahlou, le journaliste et le patron de presse bien connu,  dans la Gazette du Maroc, avant de fonder son actuel journal qui fête aujourd’hui ses quatorze années d’existence, La Vérité.

 
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