Culture

Un Musée de la Photo au Fort Rottembourg : Une inauguration sous le signe de la jeunesse

Le Musée National de la Photographie ouvre ses portes. Un beau monument, une belle exposition à ne pas rater ! Visite. 


Ce 14 janvier 2020 restera dans les mémoires. Au cours d’une matinée ensoleillée, une pléiade de journalistes, tous supports confondus, avaient rendez-vous pour le baptême du tout et frais nouveau Musée National de la Photographie. Fruit de la politique ambitieuse de la Fondation Nationale des Musées, que préside Mehdi Qotbi, dont l’objectif est la réhabilitation, la restauration et l’animation des anciens et nouveaux musées, le MNP vient enrichir, et de quelle manière, l’offre muséale nationale. On connaît l’effervescence de la scène photographique nationale depuis quelques années, ses noms dont les œuvres traversent les frontières, des cotes qui s’établissent, des associations qui montent des événements dont, entre autres, les Rencontres Photographiques de Rabat…Il était temps de consacrer un espace à cet art. C’est fait… pour notre grand plaisir. Nous ne pouvons que lui espérer bon vent ainsi qu’à son jeune Conservateur, Soufiane ER-Rahoui. 

D’«images de Nous» à Notre image

Pour ouvrir le bal, carte blanche fut donnée à Yassine Alaoui Ismaili, alias Yoriyas. Lauréat du prix des Amis de l’Institut du Monde Arabe pour la création contemporaine en 2019,  et révélé par son travail sur la cité de Sidi Belyout, “Casablanca: not the movie”. L’élu de la Fondation Nationale des Musées, le breakdancer, nous convie à l’appréciation des travaux de 14 artistes-photographes émergents qui questionnent le Maroc en mouvement  autour de la thématique «Sourtna». Sont conviés à ce baptême:  Ait Wakrim Zakaria, Amazzal Abderrahim, Ben Rachad Hamza, Bendra Walid, Benzaquen Déborah, Boubelrhiti Lhoucine, El Madari Abdel Ali, Fedouache Mourad, Kilito M’Hammed, Meriouch Mehdy, Oulmakki Amine, Serri Fatima Zohra, Toumi Yassine et Yassine Alaoui Ismaili. Sans oublier la projection de plus d’une dizaine de jeunes «inconnus». Bref une brochette, bien sélectionnée, où se croisent figurent établies, des jeunes émergents et d’autres qui attendent leur heure !

Durant le parcours, on est saisi par la nouveauté et la modernité des thématiques abordées. Les scènes urbaines, les questions sociétales et la famille. Depuis le début du XXème siècle, en passant par l’indépendance, on a vécu sur « le Maroc dans le regard de l’autre». Cinéma colonial, peinture orientaliste, affiches Paquet et compagnie, bande dessinée, photographie et cartes postales touristiques et typiques, clips… Pendant des années, notre image relève de l’Orientalisme, d’un Orient inventé, mythique et éternel ! Il fallut des années pour qu’on se réconcilie avec Sourtna, ainsi grâce à des photographes dont les noms exposés à cette occasion.

Ait Wakrim Zakaria qui photographie son père qui défie la maladie et s’accroche à la vie, Amine Oulmkki qui part des images familiales pour finir dans d’autres inconnues justement du quartier où est installé le nouveau musée, l’Océan, Zaidi Ismail qui travaille en famille faisant intervenir mère, frère et sœur, Mariouch Mehdy photogrphie son papa au Hammam, lieu par excellence de convivialité et lien social, Fatim Zohra Serri qui borde la famille conservatrice et traditionnelle et démontre, à sa ludique et originale manière, la condition de la femme, Toumi Yassine parcourt le Maroc, ses visages et ses villes, Kilito M’hamed sur l’identité personnelle chez les jeunes marocains, des personnes qui essayent de s’affranchir des convenances et autres tabous, Déborah Benzaquen et sa bande de potes, des adolescents asexués et libres, El Madani Abdel Ali et ses balades casablancaises, Boubelrhit Lhoucine et ses murs qui regardent et écoutent, Ben Rachid et ses plastiques, une condamnation de la catastrophe écologique, les scènes quotidiennes de rues de Amazzal Abderrahman et Feddouache Mourad…Bendra Walid lui, utilise d’anciens appareils photo et nous concocte des clichés entre rêve et réalité. Enfin finissons par Yoriyas, le commissaire de l’expo, dont les photos ont fait le tour du monde et s’étalent sur le papier glacé des grandes revues. Offertes à l’extérieur du fort, ouvertes sur l’océan atlantique, au regard et au vent ! 

Un espace sauvé

Avec la création du MNP, c’est un monument historique, repère incontournable de la ville de Rabat qui vient d’être sauvé. Le fort Rottembourg fut construit au temps du Sultan Moulay Hassan par les Allemands. L’architecte Rottembourg avait conçu un fort destiné à assurer la défense de la cité le dotant de canons Krupp de 30 tonnes. Après 12 ans de travaux, le Sultan Moulay Abdelaziz visite le chantier en 1901. On voulut le saluer par une salve d’honneur. Aucun coup ne partit ! Quelques temps après, quand trois coups furent tirés, ils fissurèrent ses tourterelles ! La carrière du fort est terminée ! Délabré, à l’abandon depuis des années, le site est squatté par les SDF ! Restauré par Rabat Aménagement, dans le cadre du projet « Rabat ville lumière et capitale marocaine de la culture», et réhabilité par la FNM puis ouvert au public pour la première fois dans le cadre de la 1ère Biennale de Rabat 2019, ses canons, qu’on dirait de gros focus d’appareil photo inoffensifs, installés à l’entrée, sont braqués sur le quartier à la place du rivage. Ils invitent les riverains et autres visiteurs à la découverte des lieux. Bonne balade !

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