Justice

Un procès déstabilisant

L’image du Maroc est écornée par le verdict concernant Hajar Raïssouni, les jeunes sont perturbés, pourquoi cet acharnement ?


La sentence est tombée : la prison ferme pour la journaliste Hajar et ses co-accusés. Elle est désormais célèbre, sa photo a traversé l’Atlantique et le New York Times l’a mis à la une. Cette célébrité, notre jeune consœur s’en serait bien passée.

Sa défense maintient qu’il n’y a jamais eu d’avortement. La théorie du complot prend de la substance, on aurait tenté à travers elle d’atteindre son oncle Ahmed Raïssouni, président du Conseil des Oulémas de l’Islam, très lié au Qatar et théoricien du MUR. D’autres penchent pour une punition d’articles soutenant le Hirak du Rif. Quoi qu’il en soit, les dommages collatéraux sont multiples.

Lire aussi : La condamnation de Hajar Raissouni dans la presse anglophone

A l’international, l’image du Maroc a pris un sacré coup, surtout auprès des féministes. Notre pays était présenté comme une exception dans le monde musulman, après les avancées sur la question du statut personnel et la ratification de la convention de Pékin. Cette image est sérieusement écornée par ce procès inique. 

Le débat sur les libertés individuelles fait rage chez les jeunes qui ne peuvent plus se contenter de la tolérance, puisque les lois obsolètes restent une épée de Damoclès. Or ce débat aussi légitime soit-il, est porteur d’un risque de division de la société.

Les médias de la Corée du Nord

Alors que l’ensemble des chaînes étrangères commentaient le jugement, l’audiovisuel public a préféré se concentrer sur ce qui se passe en Algérie. Autre image désastreuse pour le Maroc et le fonctionnement de ses institutions.

Il n’y a pas un seul point positif dans cette affaire. S’il y avait volonté d’atteindre les islamistes alors c’est raté, puisqu’ils bénéficient d’une forme de soutien par la population ulcérée de voir une jeune femme traîner devant les juges, juste parce qu’elle a disposé de son corps.

Comme sur beaucoup de sujets, ils ont eu tout faux. Maintenant, il y a une issue juridique leur permettant de sauver la face. Permettre à cette jeune femme, qui a interjeté appel, de bénéficier de la liberté provisoire en attendant son procès. Cela est possible juridiquement, intelligent politiquement, apaisant socialement.

Pour notre part, nous nous associons à toutes les voix qui se sont élevées contre ce procès inique, avec des accusations d’un autre temps. Rappelons juste que le Maroc est signataire d’une convention internationale qui défend le droit des femmes à disposer de leur corps. Les juges ont préféré des lois obsolètes. C’est triste.

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