Géopolitique

Un regard de l’Afrique sur l’Afrique

L’Afrique est convoitée, courtisée, après avoir été occupée, pillée de ses ressources humaines et naturelles. Aujourd’hui, de plus en plus, les dirigeants africains sont conscients de la nécessité stratégique d’une intégration continentale. Le Royaume du Maroc est devenu un acteur principal dans ce processus. Policy Center For the New South vient de publier un rapport avec pour ambition d’offrir un regard original sur la réalité économique africaine.


Les grandes puissances «montrent pattes blanches » à l’Afrique. Hier, perçue comme une région à la marge de l’économie mondiale, elle est aujourd’hui considérée comme un continent émergent. Mais la première rupture nécessaire est peut-être d’ordre mental, comme l’avait déjà bien pressenti Frantz Fanon. La perception de l’Afrique a été quasi standardisée. La plupart des rapports sur le continent africain sont produits par des institutions internationales ou des organismes de recherche situés en dehors de l’Afrique. Et même lorsqu’il s’agit d’organismes africains, les approches et les concepts utilisés ont souvent leur origine ailleurs, ce qui constitue un obstacle à la compréhension de la réalité africaine.

Il n’est nullement question de rejeter totalement le caractère scientifique et universel de certaines composantes de ces approches. Mais un travail introspectif est nécessaire. 

«L’Afrique est en train de devenir la nouvelle frontière de la croissance mondiale» (Rapport annuel sur l’Economie Africaine. Sous la direction de Larabi Jaidi. PCNS. 2019). L’Afrique a toujours été une région économique à grand potentiel. Elle a beaucoup souffert historiquement. Elle a besoin de vaincre les séquelles de la période coloniale et de panser définitivement ses blessures pour pouvoir aller vers l’avant. C’est dans cette optique que le Policy Center for the New South (PCNS), think tank marocain dont la mission principale est de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, a décidé d’élaborer chaque année un rapport annuel sur l’économie de l’Afrique. Un premier numéro de 284 pages vient d’être publié sous la direction du professeur Larabi Jaidi. L’équipe qui a contribué à ce premier rapport est multidisciplinaire. L’approche se veut nouvelle et originale. Faire parler les chiffres et les faits, sans verser ni dans un pessimisme nihiliste, ni dans un optimisme euphorique. Les précautions semblent être bien prises. Ni culturalisme basé sur les spécificités, ni critiques sans perspectives. 

Le rapport annuel vise notamment à renforcer le portefeuille de documents phares du PCNS, dans la connaissance de l’Afrique. Et, dans cette production du savoir sur l’Afrique, il sera question de «faire connaître les atouts et les défis de l’Afrique par la réflexion des chercheurs et analystes africains, à partir de visions africaines plurielles, toutes animées par le même esprit et portées par la même conviction : servir le développement de l’Afrique» (Karim El Aynaoui et Larabi Jaidi). Pour cela, les initiateurs de cette approche qui se veut novatrice, sont convaincus que, «si les performances économiques de l’Afrique sont le résultat d’une agrégation de performances des pays du continent, l’Afrique se développe, aussi, dans et par les actions communes du collectif de ses membres».

Et, dès ce premier rapport, est mis en avant ce besoin urgent de mettre en lumière les obstacles et les difficultés d’ordre interne et externe, rencontrés dans le processus d’intégration régionale, malgré la prise de conscience et la bonne volonté des élites africaines animées de progrès et de justice sociale. Ainsi, la première partie du rapport a été consacrée à dresser un état des lieux de la croissance. C’est là un regard croisé et démystificateur de la réalité économique africaine. Ensuite, la deuxième partie aborde «la dynamique des communautés économiques régionales», inventaire exhaustif des organisations économiques régionales, invitant les chercheurs à des travaux plus approfondis pour mettre en lumière les obstacles rencontrés. C’est aussi une transition vers la troisième partie où le thème du multilatéralisme est abordé sous divers angles. Enfin, le rapport conclut très symboliquement par une contribution sur la «mémoire» de l’Afrique, une mémoire meurtrie et confisquée, indispensable pour relier le passé et le futur, pour unir solidement universel et spécifique, non pas en versant dans l’éclectisme, mais pour forger une vision nouvelle rompant avec les discours standards s’inscrivant dans les paradigmes dominants. Une «décolonisation culturelle» en perspective.

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