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Un taxi à Casablanca

Ils sont grands ou petits, rouges ou blancs, et parfois même de couleurs exotiques dans certaines villes.  Ils prennent des gens  sur la route et en déposent d’autres tout en se comportant curieusement,  prenant des trajectoires invraisemblables et inquiétantes et participant activement au chaos quotidien de la circulation. Aux dernières nouvelles, et contrairement à ce que laisserait penser le caractère arbitraire de leurs mouvements, ils seraient habités par des chauffeurs marocains ayant le même permis de conduire que monsieur tout le monde. Une information à prendre avec des pincettes. Bienvenu au pays des mille et un taxis.


Selon Wikipédia, notre ami à tous, « Le taxi est un véhicule automobile terrestre privé, conduit par un chauffeur et destiné au transport payant de passagers et de leurs bagages, de porte à porte, contrairement aux transports en commun qui transportent les passagers entre des points prédéterminés ». Il est clair que cette description ne respecte pas la spécificité marocaine. En effet la fonction porte à porte de nos taxis est définie par plusieurs paramètres dont les heures de pointes, l’humeur du chauffeur et les négociations du trajet avec le client. Pour les étrangers qui lisent ces lignes, sachez mesdames et messieurs qu’il n’est pas surprenant de voir des gens négocier avec un chauffeur qui ne transporte aucun passager. Cela peut durer plusieurs secondes pendant lesquelles le client reste penché à la fenêtre du taxi dans une posture peu glorieuse. Une fois l’accord trouvé, on se retrouve à l’intérieur de l’espace étroit du véhicule où le contact avec le conducteur est plus qu’imminent.

Je voudrais m’arrêter ici  pour faire parvenir un message qui m’a été confié par les clientes de quelques taxis casablancais. «  Chers chauffeurs de taxis, sachez que c’est un plaisir formidable de partager quotidiennement le trajet avec vous, en revanche il est important de préciser que ce n’est en aucun cas une invitation implicite à vos services extraprofessionnels. En dépit de vos moustaches et de votre attitude de mâle alpha, des mots comme « zine ! » ne déchaînent pas les passions et ne font pas de vous forcément des hommes désirables ». Le message passé, je m’abstiendrai de faire tout commentaire.

En ce qui me concerne, le contact que j’ai eu avec ces messieurs est tout à fait passionnant. Que ce soit l’astronomie, la politique ou ce qu’a préparé Choumicha la veille, un chauffeur de taxi a toujours son mot à dire. Il est aussi capable de débiter un nombre impressionnant de théories spectaculaires à la seconde. C’est ainsi que j’ai appris que l’Espagne a vendu son match en 2010 aux suisses puisqu’ils sont les plus riches de la planète, que les États-Unis ont privé le Maroc de l’organisation de la coupe du monde 2010 grâce à Internet et que la graisse du chameau est un remède miraculeux contre les courbatures. On finit souvent par avoir le vertige de ce flux important d’informations que  des simples esprits ne peuvent assimiler. Ce malaise est d’autant plus important quand il s’agit d’un voyage en compagnie d’un grand taxi qui, outre les caractéristiques qu’il partage avec son frère cadet, est connu principalement par deux particularités. Premièrement ses cassettes rarissimes de Châabi qui datent d’une époque ou des noms de scène comme « Chikha Rouida » ou « Chikha Reno » n’avaient rien d’extraordinaire (Vous pouvez vérifier, ces artistes existaient vraiment). Deuxièmement ses qualités de conducteur hors pair lui permettant d’enchaîner les virages les plus dangereux avec une facilité déconcertante, et ce dans le mépris le plus absolu du code de la route.
Ainsi l’invention de ce qu’on appelle clignotants est sans intérêt puisqu’ils sont remplacés par une main qui sort pour indiquer la direction, les rétroviseurs ne servent à rien dans un véhicule qui roule à vive allure et ne prends jamais le risque de se faire dépasser. La ceinture de sécurité, obligatoire pour le commun des mortels, n’est qu’optionnelle pour ces braves hommes et l’exception qui leur est accordée dans le code de la route en témoigne.

Il ne me reste que quelques lignes pour m’indigner et poser deux questions importantes. Comment a-t-on pu laisser régner des noms comme Schumacher ou Alonso dans des courses insipides et des circuits beaucoup moins périlleux que ceux qu’empruntent nos taxis quotidiennement ? Et comment est-il concevable que le Maroc n’ait pas encore obtenu un prix Nobel de médecine avec la découverte des vertus de la graisse du chameau ?

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