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Vers une alliance stratégique entre la Chine et l’Afrique

Nous assistons, de plus en plus, à une offensive diplomatique de la Chine, pour un ordre international plus équitable. Le Covid constitue une menace pour l’ensemble de l’humanité. Ce virus soulève aussi, simultanément, des défis pour la paix et le développement en Afrique (1).


Wang Yi, Conseiller d’État chinois et Ministre des Affaires étrangères Wang Yi, présidant le débat public du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la paix et la sécurité en Afrique.

En effet, face à un danger commun, émerge une prise de conscience collective quant à la nécessité de fédérer les esprits, créer des synergies, travailler ensemble, pour vaincre cette pandémie, éliminer les causes profondes des conflits, tout en favorisant le relèvement post-Covid, et donner ainsi une nouvelle impulsion à la paix et au développement durable en Afrique. Face au Conseil de Sécurité de l’ONU, M. Wang Yi, Conseiller d’Etat et Ministre des Affaires Etrangères de la République Populaire de Chine, a formulé ses propositions en quatre points. Tout d’abord, face à l’urgence, il est question d’aider l’Afrique à combler le fossé sanitaire de la lutte contre le Covid. A cet égard, l’Afrique devrait être perçue comme un «maillon important de la riposte sanitaire mondiale». Il ne s’agit pas seulement de déclarations de bonnes intentions. La proposition contient des mesures pratiques. Il est question de construire un «rempart sanitaire» contre le virus, par la communauté internationale, en accroissant les aides en matériel sanitaire, médicaments, techniques et financement, et, en particulier, en rendant accessibles et abordables les vaccins par l’Afrique, à travers les dons, les achats à prix préférentiel, le transfert de technologies et la production conjointe. A long terme, il est question d’augmenter les capacités de l’Afrique en matière de santé publique, de renforcer les systèmes de contrôle et de prévention, de contribuer collectivement à la construction d’une «communauté de santé publique pour tous ». A cet égard, l’ONU doit jouer pleinement son «rôle de leader et de coordination».

Le deuxième point consiste à aider l’Afrique pour remédier au déficit de paix. Il est question dans l’«Appel à un cessez-le-feu mondial», de mener l’initiative «Faire taire les armes en Afrique», en soutenant la paix, en appuyant les règlements de conflits et en renforçant les capacités continentales de la paix. Plus exactement, il s’agit de promouvoir les solutions africaines aux problèmes africains.

L’appui de la Chine à l’Afrique face à la pandémie

Dans l’urgence, la République Populaire de Chine a envoyé 46 équipes médicales et 15 groupes d’experts médicaux, en plus d’un jumelage des hôpitaux chinois avec 43 hôpitaux africains. Ce qui a permis un transfert de savoir-faire, la conception de solutions adaptées et la dotation de matériels sanitaires sophistiqués. Les vaccins anti-Covid ont été fournis à plus de 30 pays africains.
De manière plus profonde, la Chine contribue au développement des infrastructures clés en Afrique. C’est notamment le cas du chemin de fer Tanzanie-Zambie, dans l’initiative «La ceinture et la route». 10 programmes de coopération ont été mis en œuvre dont 8 initiatives majeures. A travers le G20, la Chine a soutenu la suspension du service de la dette, au profit de 16 pays africains. En matière de paix, 37 flottes chinoises d’escorte ont été envoyées dans le golfe d’Aden. 2043 casques bleus chinois sont en mission pour la paix en Afrique.

Pour la Chine, le développement est le fondement et la clé pour régler radicalement les problèmes du continent. Le soutien au développement en Afrique est une «responsabilité commune de la Communauté Internationale». Cela passe aussi par la promotion d’un «véritable multilatéralisme». La paix, la stabilité et le développement de l’Afrique sont aussi une contribution au progrès de l’humanité.

Le troisième point est fondamental pour rendre irréversible le processus de paix. Il s’agit d’aider l’Afrique à combler l’écart de développement. De par son potentiel réel, dans presque tous les domaines, l’Afrique est un continent prometteur. Il n’est nullement question de «plagier » les modèles de développement. Les pays africains doivent être soutenus dans leurs propres efforts d’exploration d’une voie de développement adaptée à leurs conditions nationales. Les pays développés sont invités à alléger les dettes par des mesures concrètes, à travers la responsabilité internationale, l’aide au développement et le transfert de technologies. L’industrialisation et la modernisation de l’Afrique nécessitent une créativité et un pragmatisme des partenaires pour le développement, en vue de renforcer les capacités d’auto-développement et d’innovation. Au niveau de l’ONU et de l’Union Africaine, la coordination du Programme de développement durable à horizon 2030 et de l’Agenda 2063, devra favoriser un effet multiplicateur.

Le quatrième point est afférent à la réforme de la gouvernance mondiale. L’ordre international actuel est obsolescent, voire injuste. L’Afrique doit être capable de faire entendre sa voix, avoir plus de présence et être plus active au sein de l’ONU. Autrement dit, promouvoir un vrai multilatéralisme. Et donc mettre fin à la logique de domination néocoloniale.n

(1) «Promouvons le véritable multilatéralisme et apportons un soutien énergique au développement de l’Afrique». Intervention de M. Wang Yi, Conseiller d’Etat et Ministre des Affaires Etrangères de la République Populaire de Chine au débat public par visioconférence du Conseil de Sécurité de l’ONU. Cette visioconférence a été tenue sous le titre « Paix et sécurité en Afrique : éliminer les causes profondes des conflits dans le relèvement après la pandémie en Afrique ». (Beijing, 19 mai 2021).

La Chine prône un partenariat pour le développement de l’Afrique

La République Populaire de Chine fonde sa politique étrangère sur des principes fondamentaux constituant une sorte de «boussole», avec pour objectif stratégique la promotion effective d’un véritable multilatéralisme. Cela signifie, mettre fin à des relations qui s’inspirent d’une logique de domination, de «paternalisme» ou d’hégémonie, et cultiver des rapports nouveaux d’égalité et de respect réciproque. En effet, le monde a connu des mutations profondes. Il est de plus en plus urgent d’innover et de répondre à des défis planétaires. L’Afrique est reconnue comme étant un continent à forte potentialité de développement. Pendant longtemps, ses richesses n’ont pas profité à sa population. La contribution au développement de l’Afrique fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus, en tant que responsabilité collective de la communauté internationale.

L’un des principes internationaux fondamentaux est le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui. Chaque pays trace son propre chemin, en matière de développement durable, inclusif et équitable. Pour cela, un « véritable multilatéralisme », respectueux des souverainetés, est incontournable. C’est ce que soutient la Chine. L’Afrique peut devenir un espace d’innovation des principes de la coopération internationale. Elle ne doit pas être une «arène de compétition entre grandes puissances». Car la paix est une condition préalable au développement.

Dans l’immédiat, la Chine soutient l’augmentation de la fourniture des vaccins pour l’Afrique, à travers l’OMS, par le biais de la facilité Covax, le renforcement des capacités de l’Agence africaine des médicaments pour la fabrication des vaccins contre le Covid, la distribution équitable des vaccins, voire la levée des brevets sur lesdits vaccins. De même, la Chine soutient la coopération continentale, en matière de santé publique et l’intégration économique africaine, notamment la ZLECAf. Par ailleurs, face aux défis planétaires, la Chine s’engage auprès de l’Afrique, en matière de protection de l’environnement, en contribuant au développement de l’économie verte, des énergies propres, à la mise en œuvre de l’Accord de Paris… La Chine lance aussi un appel à la communauté internationale pour soutenir le renforcement des infrastructures et l’interconnexion en Afrique. C’est aussi le cas du commerce équitable des produits africains dans le monde, de l’allègement du fardeau de la dette, de l’accroissement des aides au développement des capacités et pour faire face aux catastrophes naturelles, de la sécurité alimentaire, de l’éducation, de l’économie numérique, de l’économie bleue, de la renaissance culturelle africaine, de la lutte contre la criminalité transnationale et de la protection de la faune et de la flore naturelle.

Enfin, l’Afrique est aussi appelée à devenir un véritable acteur dans le devenir de la communauté internationale.

 
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