Interview

« Tout est parti de la ville de Midelt »

A tout juste 19 ans, Walid Ijassi a remporté le Prix britannique « Adam Start Entrepreneurship Challenge », une compétition annuelle d’affaires dirigée par un entrepreneur autiste de 24 ans et lauréat du prix « Queen’s Young Leaders 2016 », Adam Bradford. Walid s’est distingué parmi les 300 candidats représentant près de 30 pays grâce à son entreprise de transformation des pommes semi-détériorées en produits agroalimentaires et cosmétiques.


Challenge.ma : Comment avez-vous été informé du prix?

Walid Ijassi : J’ai été informé du Prix en faisant une simple recherche sur Facebook concernant les différents défis entrepreneuriaux (Entrepreneurship Challenges) pour les jeunes entrepreneurs en général. C’est là en fait que j’ai découvert la compétition#AdamStartEntrepreneurship Challenge qui m’a attiré par la notoriété et la réputation des organisateurs dans le monde entrepreneurial.

POMM’it, c’est quoi ?

POMM’it est une start-up sociale de production et de commercialisation des produits agro-alimentaires et cosmétiques à base de pommes de la région de Midelt.

Comment êtes-vous devenu entrepreneur? Avez-vous suivi une formation ?

Mon aventure dans le monde entrepreneurial avait commencé au sein du réseau Enactus et plus précisément au sein de mon équipe « Enactus ENSAM Casablanca » où j’ai bénéficié de formations et du titre d’Enactor. Cela m’a permis de rencontrer des experts de l’entrepreneuriat que ce soit via les programmes qu’organise « Enactus Morocco » pour ses membres à savoir des compétitions, des programmes d’incubation et d’accélération ou encore à travers les différents coordinateurs et membre du staff qui nous font un suivi personnalisé et bien adapté au type de nos projets. Ma vision avait complètement changé vis à vis POMM’it lors de ma participation au Prix Unilever des Jeunes Entrepreneurs Sociaux 2016 en partenariat avec Enactus Morocco et qui m’a permis, en tant qu’individu, de structurer et renforcer mes capacités en entrepreneuriat social. J’ai participé également à plusieurs événements externes où j’apprends et m’inspire des différentes personnes ayant poursuivi un parcours plein de défis et d’obstacles. Globalement, c’est à travers l’équipe « Enactus ENSAM Casablanca » avec notre conseillère pédagogique Mme Souad Tayane, que j’ai pu renforcer mes capacités et mon état d’esprit dans un environnement positif avec des personnes très actives qui partagent la même passion.

Comment fonctionne votre entreprise ?

POMM’it fonctionne suivant une chaîne qui commence par l’approvisionnement en pommes semi-détériorées (délaissées dans la terre des fermes) auprès des petits pomiculteurs de Midelt. J’insiste sur le terme « petits » car l’une de nos missions est de les soutenir car ils souffrent de la compétition rude du marché de l’import.
Ainsi, vient ensuite la phase du tri qui est réalisée par des femmes locales qui sont marginalisées par le marché rural. Après, on passe à l’étape de la transformation qui se fait traditionnellement suivant une recette ancestrale propre à POMM’it et héritée depuis 1964 pour ensuite aboutir à la phase du packaging qui consiste en l’embouteillage, le bouchonnage et l’étiquetage. Enfin, on arrive à la phase du stockage et de la livraison aux points de ventes et aux ambassadeurs de POMM’it. Notre principale source de financement est la vente de nos produits puisque c’est une période cruciale qu’Enactus Morocco entame avec les projets de son réseau afin de garantir leur viabilité financière.

D’où vous est venue l’idée de cette entreprise ?

Etant originaire de la ville de Midelt, j’ai constaté l’excès de pommes détériorées délaissées dans la terre des fermes de pommes, ainsi que la mentalité de la région qui marginalise la femme dans le marché de travail. Du coup, en intégrant « Enactus ENSAM Casablanca », j’ai pu apprendre comment on peut faire d’un problème une opportunité et ainsi le résoudre en innovant un projet qui vise à exploiter les ressources de la population ciblée pour en faire une source de revenu stable ainsi qu’une solution sociale et environnementale pour cette population. Du coup, le lendemain de l’Aïd al-Adha en 2015, j’ai visité un pomiculteur qui m’a effectivement raconté les différentes problématiques dont les gens de la région souffrent dans la région et du coup POMM’it est né.

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Les difficultés résident dans les procédures juridiques surtout dans le secteur agroalimentaire. Heureusement que notre conseillère pédagogique Madame Souad Tayane nous donne des directives instructives à poursuivre ainsi que des suivis approfondis dans ce domaine.

Les pommes en quoi sont – elles transformées?

Les pommes sont transformées initialement en un vinaigre de cidre de pomme « Culinaire » 100% naturel et pur. Ce processus suit les normes nationales d’un vinaigre de cidre. Le produit est ensuite emballé dans une bouteille en verre pour en préserver les effets et vertus « santé ». Durant les mois à venir, nous prévoyons de lancer un deuxième produit dérivé du premier afin de cibler une autre tranche de clientèle. POMM’it emploie pour l’instant 2 femmes à plein temps, 3 ambassadeurs à temps partiel et renforce le revenu de 2 pomiculteurs. D’ici 6 mois, POMM’it emploiera 2 autres femmes au plein temps et élargira son réseau d’ambassadeurs à travers 5 autres villes Marocaines.
POMM’it ne s’est concrétisée qu’en mars 2016 où a débuté la prévente juste après la première analyse en fin février 2016. Depuis fin novembre 2016, nous avons entamé les procédures juridiques de création de l’entreprise à travers Enactus et le programme d’incubation DARE inc. de MCISE (The Moroccan Center for Innovation and Social Entrepreneurship). Notre activité officielle débutera en 2017 avec l’aide d’Adam Bradford et l’assistance octroyée aux lauréats de son prix.

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