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World Travel Market : Opération de séduction au Royaume-Uni

Méconnue du grand public, la Grande Bretagne est le quatrième marché touristique du Maroc. Si pas moins de 500 000 anglais ont visité le Royaume, le Maroc cherche à doubler ce chiffre, au plus tard, d’ici 2020.


Le World Travel Market (WTM) a tenu sa 33e édition. Du 5 au 8 novembre, les professionnels du tourisme se sont réunis pour nouer des contacts, raffermir leurs affaires et promouvoir leurs pays. Cette année, toutes les destinations touristiques du Monde se sont retrouvées pour démarcher les Tours Opérators (TO) (intermédiaires qui programment les destinations), et professionnels de tous crins. Comme de coutume, le Maroc se devait d’être présent à cette grande messe du tourisme. Première innovation, si l’Office National Marocain de Tourisme (ONMT) a supervisé les opérations, les régions étaient présentes pour faire elles-mêmes leur promotion. Fès, Marrakech, Agadir,Tanger, mais aussi de nouvelles destinations telles que Ouarzazate, Zagora, Smara, Essaouira et certaines, moins classiques comme l’Oriental et Doukkala. Les choses sont claires, le Maroc a décidé de lancer une opération de charme à grande échelle à destination de la Grande Bretagne. Mais les enjeux sont de taille, l’Angleterre est le deuxième pays émetteur de touristes à l’échelle du Monde après l’Allemagne. “57 millions d’Anglais voyagent! C’est une clientèle à haute valeur ajoutée, le Maroc attire une population généralement aisée et éduquée, mais aussi en raison de la valeur de leur devise, la livre,” explique le Ministre du Tourisme Lacen Haddad. Sur ces voyageurs, le Maroc capte 500 000 touristes britanniques par an, chiffre qui a doublé les trois dernières années. Mais d’ores et déjà, Abdelhamid Addou, DG de l’ONMT table sur un million de touristes à l’horizon 20

Un marché particulier
C’est que les touristes britanniques ont des particularités qui leurs sont propres. “Le touriste anglais ne se plaint jamais. Si quelque chose ne lui convient pas pendant le voyage, il ne fera aucune réclamation. Mais une fois rentré chez lui, il ne reviendra plus,” analyse Fayçal Alaoui de la délégation de l’ONMT à Londres. C’est que pour Haddad, le touriste Anglais est plus porté sur le tourisme culturel que sur le balnéaire: “le marché a évolué. Le Maroc attire plus par son aspect culturel que par son offre balnéaire.” D’après les études des responsables du tourisme, il y aurait quatre type de touristes anglais: les explorateurs, dans la tradition de David Levingstone, qui recherchent la découverte d’une culture différente. Une autre se fixe elle-même des challenges et recherche le dépassement de soi. A titre de rappel, le trekking (activités de “sport extrême” dans la nature) est très prisé en Angleterre. A quoi s’ajoutent les classiques personnes âgées, les seniors, et les familles pour lesquelles tout doit-être organisé. Mais pour autant, tous les touristes anglais n’entrent pas dans ces catégories. Dans l’avion qui nous mènera à Londres, nous rencontrons la famille McIntosh de retour de vacances: “c’est la deuxième fois que je me rends au Maroc, et c’est toujours un plaisir”, explique Mme McIntosh. Le mari, lui, développe plus ses impressions: “nous avons été à Marrakech, à Agadir, à Taroudant. Ce qui m’a plu c’est l’authenticité, la gentillesse des gens.” Pour les enfants, ce qui leur a plus c’est le marchandage dans les souks de la ville. Au final, la famille est enchantée par le voyage, mais elle a recherché à explorer des régions reculées de l’arrière pays d’Agadir, en plus des classiques visites de la place Jamaâ El Fna à Marrakech, et autres souks de nos villes.

Une communication active tout le long de l’année
Un petit tour à Londres et l’on se rend compte que la machine promotionnelle tourne à plein régime. Partout, l’on observe des panneaux d’affichages vantant aussi bien Marrakech que le tourisme balnéaire: “nous avons disposé 1600 panneaux d’affichage dans toute la Grande Bretagne. Autrement, 110 articles sur le Maroc paraissent, chaque mois, au Royaume Uni,” explique Amine Boughaleb, délégué de l’ONMT à Londres. Et “working the presse” s’avère payant. à fin septembre 2012, le Maroc enregistre une hausse d’un pour cent des touristes anglais, lorsque l’Egypte a perdu 35% de ses rentrées.
C’est que dans les faits, en Allemagne et en Grande Bretagne, le printemps arabe n’a pas entamé l’image du Maroc: “les anglo-saxons ont compris que le Maroc a fait sa révolution de manière pacifique”, affirme le Ministre du Tourisme. Pour ce qui est de la Tunisie et de l’Egypte, certains professionnels affirment même que les TO se reportent sur le Royaume.
D’autre part, l’ONMT s’est mis à former, en ligne, les agents de voyage à la destination Maroc. Au niveau culturel, l’Ambassade du Maroc en Grande Bretagne popularise la culture marocaine. Après tout, c’est là aussi une stratégie de communication. Reste qu’au final, les Anglais auront dépensé quelques 31 milliards de livres sterling dans le monde. Un marché prioritaire, somme toute.

 

 

Trois questions à Lahcen Haddad, Ministre du Tourisme

Il est important de diversifier notre offre sur la classe moyenne

Challenge : La Maroc cherche à séduire les britanniques. Pourquoi?
Lahcen Haddad : Il faut savoir que le Royaume-Uni est le quatrième marché émetteur pour le Maroc. Les Anglais visitent le pays depuis longtemps, et nous avons bonne presse. Aujourd’hui, nous jouons sur la proximité géographique avec l’Europe, et la stabilité politique. Il ne faut pas oublier que la vision 2020 reste d’actualité. Nous ne changerons pas de cap, mais à présent nous avons des obligations de résultats, et si nous parvenons à réaliser 5% de croissance annuelle, nous parviendrons à capter 1 million de touristes anglais d’ici cette date.

C : Le produit touristique marocain est-il adapté aux attentes des britanniques?
L.H : Les Anglais cherchent avant tout le dépaysement. Par le passé, en raison du manque d’infrastructures touristiques dans le Royaume, nous ne programmions que Marrakech, Fès et Agadir. Ces dernières destinations restent prisées, mais nous sommes en train d’élargir notre offre avec Essaouira et Ouarzazate. Prochainement, pour le balnéaire, nous comptons promouvoir Saïdia. Pour ce qui est du programme en cours, nous sommes en train de doter Tanger et Tétouan de 10 000 lits supplémentaires. Il est important de diversifier notre offre sur la classe moyenne, dans la région de Liverpool par exemple, tout en gardant la clientèle londonienne plus aisée.

C : Quel est le positionnement du Maroc sur le marché touristique Anglais, et quels sont les défis à relever?
L.H : Pour ce qui est des défis, il s’agit de l’aérien. Mais le Maroc représente une destination de plus en plus intéressante pour British Airways, Easy Jet, Jet2com. Plus la desserte sera importante, mieux le Maroc sera positionné sur le marché, et cela jouera même en faveur de la compagnie nationale Royal Air Maroc. Pour ce qui est du positionnement, le Maroc reste une destination prisée par une clientèle aisée. Nous comptons passer à une répartition de 30% pour le premium, 40% pour les TO et garder 30% de low-cost. Pour ce qui est du tourisme de niche, nous comptons travailler sur Ouarzazarte.
Cette dernière propose un tourisme “nature” et culturel avec ses déserts et la culture amazighe. Mais pour ce qui est de la destination Dakhla, il faudra, au préalable, développer sa capacité d’accueil et atteindre une taille critique pour que cela soit rentable.

 

7,6 Mrds DH
Ce sont les revenus moyens générés par les touristes britanniques au Maroc

 

 

WTM 2012, le Maroc vient en force

Bizarrerie de l’histoire, le Maroc a repris sa position géographique. Si par le passé, il était placé à proximité des pays du Golfe tels que Dubaï, pour cette édition, le Royaume est bel et bien situé dans le pavillon africain. Le stand marocain s’étend sur 299m2, et abrite aussi bien la RAM, que 12 Centres Régionaux de Tourisme, 16 établissements privés constitués d’hôtels et agents de voyage.

 
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