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Yemen: l’autre cas spécifique

L’existence d’une vie politique, même fort viciée, a permis d’éviter la guerre civile dans un pays où tous les hommes sont armés.


Deux ans après, l’on ne sait si  la révolution yéménite, dans le cadre du printemps arabe a réussi ou si elle a échoué. Ali Saleh est parti, mais l’ossature de son régime reste, dans le cadre d’une transition  encadrée par l’ONU et dix pays, les voisins en plus des grandes puissances. Ce qui est incontestable, c’est que les manifestations reflètent un véritable changement dans cette société très traditionaliste.  Ce sont les jeunes qui ont enclenché le mouvement et ils l’ont fait en rupture totale avec tous les canaux habituels, toutes les structures traditionnelles. Dans les camps des protestataires, il n’y avait aucune séparation sur des bases tribales. Une véritable aspiration à la citoyenne, face à un tribalisme ancestral qui a sclérosé la société. Les jeunes ont choisi la voie pacifique et s’y  sont tenus, rompant là aussi avec les traditions.

Le Yemen a connu plusieurs mouvements de protestation, plusieurs révoltes et quelques coups d’Etat dont le  dernier est celui qui a porté Ali Saleh au pouvoir. Il s’agissait toujours d’alliances tribales, l’armée étant elle-même gangrenée par ce virus. En créant une fraternité autour de l’idée citoyenne,  les jeunes ont mis en danger toutes les structures traditionnelles, ce qui va avoir deux effets, contradictoires, qui ont pesé sur l’issue, temporaire. Le premier effet est que chefs de tribus  et militaires les ont rejoints en déclarant leur soutien à la révolution. Mais c’était un acquis empoisonné parce que les structures traditionalistes étaient mieux organisées et qu’elles n’attendaient  qu’une brèche pour contrôler le mouvement. Les pays du golfe leur en donnent l’occasion par leur initiative, qui vire Ali Salah et sauvegarde l’essentiel. L’Arabie  Saoudite a joué un rôle essentiel dans cette démarche, en vue d’étouffer une révolution qui mettait en équation ses propres structures, au vu des relations entre les deux sociétés.  

La société civile prend la relève 

Malgré une résistance plus forte qu’ailleurs, les jeunes se sont vus dépossédés et éliminés du jeu politique de la transition. Cela n’a été possible que parce  que des partis politiques existaient et que liés par une culture commune, ils ont pu composer autour, enfin, de l’idée de la construction d’un Etat moderne. L’influence, voire la pression du mouvement  des jeunes demeure, puisque le clan Salah est prié de se faire moins voyant dans les structures de l’Etat, et que le projet de Constitution intègre des éléments de démocratie avancée. Cette transition ne répond pas aux objectifs initiaux des révolutionnaires. Cependant, le mouvement a initié ou reflété une transformation profonde dans la société. La première victime est  le système tribal. Dans la continuité de leur mouvement qui a duré 18 mois, les anciens collectifs ont maintenu des structures qui renient le tribalisme et s’autonomisent  par rapport à la caste des cheikhs. Les femmes en sont partie prenante, dans un pays à la fois des plus arriérés sur la question mais qui a permis une scolarisation significative des petites filles. Les partis politiques sont débordés par une multitude d’ONG qui appellent à des transformations dans tous les domaines. Les forums de discussion se  sont multipliés dans chaque ville. C’est une énorme pression sur les acteurs de la transition. C’est surtout un bel espoir pour l’avenir d’un pays pétri d’histoireet englué dans un sous-développement innommable. ■

 
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