Diplomatie

Youssef Amrani, Ambassadeur du Maroc en Afrique du Sud : «la formation est la passerelle prioritaire et la voie privilégiée d’une diplomatie qui souhaite gagner en compétence et en efficience»

L’Ambassadeur du Maroc en Afrique du Sud, Youssef Amrani, était l’un des panélistes de l’émission-débat phare de la chaîne Al Jazeera  « Inside Story », organisée mardi. Placée sous la thématique de « la diplomatie digitale est-elle une alternative d’ avenir ?», cette émission a été l’occasion pour le diplomate marocain d’analyser la conjoncture actuelle marquée par la crise sanitaire et d’évoquer la perspective marocaine d’une diplomatie post-covid reconfigurée.


Aux côtés d’autres éminents panélistes tels que Tom Fletcher, le Directeur du Hertford Collège Oxford, Conseiller de Trois Premier Ministre Britannique, de Theresa Fallon, la Présidente du Centre d’études sur la Russie, l’Europe et l’Asie, Youssef Amrani a notamment expliqué ce qu’il a qualifié « d’un paradigme changeant dans l’exercice d’une action Diplomatie qui ne saurait faire l’économie d’une nécessaire adaptation dans ses démarches comme dans ses outils de travail ». Il a fait remarquer que la pandémie mondiale de la Covid-19 a imposé une nouvelle réalité dans les relations et l’interaction  internationales, et que par conséquent, le diplomate a été confronté à un exercice de remise en question structurel et profond sur la façon même, dont il conçoit la pratique de son métier et plus globalement les schémas de coopération d’une diplomatie qui ne peut se permettre d’avancer à reculons.

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« La principale conséquence du virus est celle d’avoir  mis en évidence la nécessité de garantir et renforcer la résilience d’un ordre international fondé sur des règles, des principes et des cohérences organisées. Le combat contre la pandémie relève éminemment de la responsabilité d’une diplomatie internationale, plus que jamais, appelée à investir l’ensemble des leviers en sa disposition pour assurer la continuité du dialogue, de l’échange et donc d’une décision internationale concertée et en phase avec les enjeux   d’aujourd’hui et de demain », a souligné le diplomate marocain. Dans ce sens,  l’Ambassadeur a loué les mérites d’une diplomatie digitale qui a permis, dans une certaine mesure « de contourner » les restrictions sanitaires d’un virus qui a drastiquement limité les possibilités d’interactions humaines, pourtant tellement fondamentales dans l’exercice d’une diplomatie d’action. Youssef Amrani a été toutefois très nuancé dans ses appréciations en reconnaissaient l’apport indéniable des nouvelles technologies de communication sans omettre d’ajouter « que la diplomatie, c’est d’abord et avant tout le contact, le verbe et la confiance qui ne se retrouvent qu’autour d’une table de négociation où l’humain, le diplomate interagit avec tous ses sens pour convaincre, influencer et débattre.

« Rien ne remplace le contact direct, les salles de réunions de New York, Addis, Vienne ou Genève où l’on peut à travers la négociation trouver le meilleur compromis possible. Le numérique ne peut remplacer l’humain. Il doit être un vecteur de rapprochement pas de remplacement », a-t-il insisté. Se prévalant de l’exemple des négociations inter-libyennes menées à Skhriat par l’envoyé personnel de l’ONU Bernardino Leon, Youssef Amrani a mis en exergue les limites du numérique arguant que ces réunions n’auraient pas pu aboutir ou même se tenir virtuellement au vu de la complexité de la négociation, de la sensibilité des thématiques traitées et de la fragilité de la confiance existante entre les parties au conflit.

« Aujourd’hui l’accélération du monde fait qu’il faut aller vite, penser vite et communiquer dans l’instant. Le risque est de perdre le fil trop rapidement. La diplomatie c’est le temps long. Le numérique ne doit pas être un instrument de superficialité qui privilégie l’instantané sur le futur. Il faut utiliser le numérique mais avec maitrise et précaution, sinon on risque de perdre en profondeur en cherchant à gagner en efficacité », a fait remarquer le diplomate. « La gestion de ce risque va de pair avec la maitrise de ce nouvel espace digital qui, s’il ne peut remplacer les formes plus classiques de diplomatie, constitue toutefois un terrain privilégié qui permet au diplomate de sortir des carcans et des sentiers battus pour s’ouvrir au monde extérieur. Face à un spectre élargi d’acteurs de la société internationale, le diplomate doit s’imposer comme, un pivot et un interlocuteur qui transmet l’information, négocie et influe la décision », a-t-il ajouté.

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Youssef Amrani a poursuivi dans ce sens soulignant que le Ministère des affaires étrangères marocain est d’ores et déjà dans une démarche d’anticipation formant ses jeunes diplomates à la maitrise et à la compréhension de ce nouvel espace de l’action diplomatique. « La formation est  la passerelle prioritaire et la voie privilégiée  d’une diplomatie qui souhaite gagner en compétence et en efficience. Le fonctionnement de la diplomatie reflète le fonctionnent du monde. Nos sociétés sont de plus en plus connectées, elles sont de plus en plus informées et de plus en plus rapides dans leurs démarches et leurs actions. La diplomatie et le diplomate doivent s’adapter à cette nouvelle configuration. L’exigence est de ne pas enregistrer de retard dans cette transformation digitale de l’action diplomatique que tout le monde sait inéluctable », a précisé Youssef Amrani, ajoutant que les pays qui sont aujourd’hui dans l’anticipation seront vraisemblablement ceux qui donneront demain les tempos de l’action diplomatique.

L’Ambassadeur a aussi poursuivi en faisant observer qu’ à la lumière d’une perspective africaine, le Continent africain a été à l’avant-garde de cette diplomatie, qui s’organise autour des valeurs cardinales que sont le partage et la solidarité. « Toutefois, la diplomatie virtuelle à l’échelle continentale ne doit pas être prétexte à l’instrumentalisation politique comme, il a malheureusement parfois été observé lors de récentes réunions de l’UA, ou l’outil informatique n’a pas été maitrisé et a été utilisé pour contourner les procédures et les réglementations. Il faut de la cohérence de l’engagement et de la régularité », a conclu Youssef Amrani.

 
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