Dossier

ZLECAf : Plus d’opportunités que de risques pour les entreprises marocaines

Le Maroc qui s’apprête à s’ouvrir à la zone panafricaine de libre-échange. Repoussée en raison de la pandémie de la Covid-19, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) sera effective à partir du 1er janvier prochain. Faut-il nourrir des craintes ou plutôt voir des opportunités dans cette nouvelle initiative ? Pour l’heure, le Royaume est déficitaire avec tous les continents, excepté l’Afrique. Le Maroc doit-il craindre d’être perdant dans la ZLECAf ? Qu’est-ce que ce marché commun va changer pour les opérateurs marocains ?


Chez les exportateurs marocains, l’on est impatient de profiter des retombées potentielles de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAf), notamment de la future baisse des droits de douane sur le continent et d’un marché consolidé. C’est le cas du groupe marocain Ouakkaha Mohamed, spécialisé dans la production de poussins, qui jusque-là , fournit chaque année plus de 10 millions d’œufs à couver (OAC) au Sénégal. L’entreprise basée à Zaouit Issen (entre Agadir et Taroudant) achemine depuis plusieurs années ses produits par voie terrestre, avec au moins un camion frigorifique par semaine en direction de ce pays de l’Afrique de l’Ouest. Avec la future mise en œuvre de la zone panafricaine de libre-échange, Ouakkaha Mohamed commence déjà à se frotter les mains: ses produits deviendront encore plus compétitifs que ses concurrents venus du Brésil et de certains pays européens, qui eux devraient continuer à s’acquitter des droits de douane pour entrer sur le marché sénégalais.

Il faut dire que face à la quasi-saturation du marché local, qui n’arrive plus à absorber toute la production, les aviculteurs marocains voient en la ZLECAf une grande bouf fée d’oxygène, eux qui sont en pleine offensive sur les marchés africains. «Certains opérateurs, grâce à leurs expertises et savoir-faire, s’implantent même en Afrique à travers des co-investissements avec des opérateurs locaux africains. Ce nouveau marché commun va non seulement encourager cette tendance, mais favoriser nos exportations. L’Afrique de l’Ouest, à elle seule, constitue un vivier de croissance, vu la faible consommation du poulet de chair dans cette région (plus de 300 millions d’habitants). Il y a une forte demande pour les produits finis (poulet de chair, charcuterie) et intrants (œufs à couver, poussins d’un jour, aliments concentrés), ainsi que des possibilités d’investir dans des projets avicoles au niveau de ces pays en mettant en place des unités d’accouvage et des unités de production d’aliments », souligne Youssef Alaoui, Président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), qui estime que la ZLECAf est une très bonne nouvelle pour le secteur avicole marocain. Pourtant , c e s dernières années et jusqu’à récemment, les critiques à l’égard de la cinquantaine d’accords de libre-échange (ALE) signés par le Maroc se font plus audibles : ces traités entraîneraient la perte de recettes douanières et fiscales et restreindraient les exportations marocaines.

Hassan Sentissi 
Président de l’Asmex
«Des pays comme le Maroc qui disposent des écosystèmes industriels arriveront à tirer leur épingle du jeu» 

L’Association marocaine des exportateurs (Asmex) est le premier groupement d’exportateurs au Maroc. Cette association professionnelle regroupe plus de 9 000 entreprises et concentre plus de 80 % du chiffre d’affaires global des exportations marocaines, tous secteurs confondus. 

Avec notre déficit commercial qui dépasse les 200 milliards de DH, la ZLECAF s’avère une opportunité unique pour notre pays. Car, elle permettra aux exportateurs marocains d’explorer d’autres régions. Si jusque-là, nos échanges avec l’Afrique subsaharienne se font en grande partie dans le cadre du droit commun avec plusieurs difficultés, notamment des droits de douane élevés, des barrières non tarifaires ou encore la concurrence chinoise et turque, la ZLECAF ouvrira ce vaste marché sans droits de douane. La ZLECAF nous permettra d’envisager des partenariats gagnant-gagnant avec les autres pays : eux aussi pourront mieux saisir les opportunités au Maroc. C’est dire que la connaissance du marché ciblé, de sa culture, de ses spécificités, de ses normes… est très importante. Déjà, plusieurs grands groupes marocains sont installés en Afrique de l’Ouest, nous sommes même le premier investisseur dans cette région. Par contre, nous sommes faiblement présents en Afrique de l’Est et en Afrique australe, où des pays comme l’Égypte ou l’Afrique du Sud font la course en tête. La ZLECAF facilitera beaucoup notre présence sur ces régions du continent. Actuellement, même si globalement les exportations marocaines vers les autres pays africains s’améliorent, nous restons en-deçà de notre potentiel. Des pays comme le Maroc qui disposent des écosystèmes industriels arriveront à tirer leur épingle du jeu. Or, pour l’heure, nos industries ne tournent pas à plein régime. Avec la ZLECAF, c’est l’occasion.

Il faut dire que le Royaume est déficitaire avec tous les continents, excepté l’Afrique. En 2019, les importations depuis l’Europe excédent les exportations de 107,8 milliards de DH. Le déficit avec l’Asie continue son aggravation, il se creuse de 10,3 milliards de DH passant de 66 milliards de DH en 2018 à 76,2 milliards de DH. Le déficit avec l’Amérique se creuse également, soit -32,4 milliards de DH en 2019 contre -28,8 milliards de DH en 2018. En revanche, l’excédent commercial avec l’Afrique s’intensifie de 1 milliard de DH, passant de +2,7 milliards de DH en 2018 à +3,7 milliards de DH en 2019. Il faut dire que les entreprises marocaines ont bénéficié d’un soutien volontariste du Roi Mohammed VI, qui, depuis 1999, a fait de l’Afrique subsaharienne un objectif stratégique clé. En suivant cette orientation, les grands groupes marocains ont entraîné à leur suite une kyrielle de PME, soucieuses de conquérir de nouveaux marchés. Résultat : les échanges commerciaux entre le Maroc et le continent africain, ont ainsi connu une croissance annuelle moyenne de 6,1% sur la période 2009-2019. Les exportations ont presque triplé durant les dix dernières années : 21,6 milliards en 2019 contre 8,3 milliards de DH en 2009.

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Les importations sont passées à 17,9 milliards de DH contre 13,7 milliards en 2009. Si les échanges sont en hausse , un potentiel important reste encore à développer, surtout que l’Afrique ne représente que 5,1% du volume global des échanges commerciaux du Royaume en 2019. C’est à se demander si à la lumière des accords de libre-échange signés jusque-là par le Maroc et le niveau de ses échanges actuels avec le continent, le Maroc doit-il craindre d’être perdant dans la ZLECAf ? «Certains ne manqueront pas de se demander si l’Afrique du Nord peut vraiment participer, plus ou moins collectivement, à l’effort d’intégration continental. À date d’aujourd’hui, sa faible intégration régionale lui a coûté cher, avec un manque à gagner en croissance de 1,5 à 2% par an sur les trente dernières années pour les seuls pays de l’UMA. Si l’Afrique du Nord échoue à rejoindre la ZLECAf, ces pertes en seront multipliées. Aujourd’hui la ZLECAf offre aux pays d’Afrique du Nord l’opportunité, longuement recherchée, de s’intégrer à l’économie continentale et, à travers cet espace, réaliser l’intégration de leur région», analyse Lilia Hachem Naas, Directrice du bureau de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) en Afrique du Nord. Un des projets phares de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine (UA), la ZLECAf se veut une zone géographique continentale dans laquelle les biens et services circulent sans restriction entre les Etats membres de l’UA. Elle vise à stimuler le commerce intra-africain en offrant un cadre commercial global et mutuellement bénéfique entre les Etats membres, couvrant le commerce des biens et des services, les investissements, les droits de propriété intellectuelle et la politique en matière de concurrence. Ainsi, la ZLECAf promet, entre autres, d’augmenter le commerce intra-africain de 52 % d’ici 2022, de créer un meilleur environnement macro-économique pour les PME qui représentent plus de 80 % des entreprises du continent et de contribuer à un gain en bien-être estimé à 16,1 milliards de dollars.

Mountasser Fassi Fihri  
Directeur général d’Involys


« Nous avons une identité continentale et que la ZLECAf est une occasion de consolider celle-ci »

Spécialisé dans l’édition des logiciels de gestion, Involys crée de la technologie depuis 35 ans. Sur le continent, son portefeuille client englobe des comptes au Cameroun, au Sénégal, en Tunisie et en Côte d’Ivoire. Mais c’est au Gabon qu’il a installé sa filiale.

Nous avons développé un savoir-faire au Maroc que nous avons partagé avec des gouvernements qui sont nos premiers clients. Si à l’époque, il était question d’informatisation de l’Administration, aujourd’hui, on parle surtout de transformation digitale qui touche presque tous les domaines du quotidien. Depuis, nous avons également une nouvelle vision. Et même si nous sommes présents sur certains marchés africains, notre expérience la plus longue se passe au Gabon où nous opérons depuis 2012. A travers notre filiale, nous accompagnons le gouvernement gabonais dans la réalisation de ses objectifs en termes de transformation digitale. Notre valeur ajoutée est notre capacité à anticiper l’évolution de ces besoins dans un contexte de fortes mutations induites par la transformation numérique. Le FMI a d’ailleurs salué les efforts du Gabon dans ce domaine grâce aux outils développés par Involys. C’est ce modèle que nous proposons aux gouvernements. C’est pour vous dire que nous avons une identité continentale et que la ZLECAf est une occasion de consolider cette coopération sud-sud. Nous n’avons pas encore tous les détails sur ce marché commun qui sera mis en place, même si on sait que cela va concerner les marchandises et les services. Comme je vous l’ai dit, nous vendons au gouvernement et par conséquent, nous ne sommes pas confrontés aux problèmes de droits de douane à ce niveau. Maintenant pour les entreprises privées avec qui nous travaillons parallèlement, notamment les banques, cela va entrer en compte.

Toujours est-il que la ZLECAf va contribuer à l’homogénéisation des réglementations, à l’amélioration de la compétitivité, au développement du flux des capitaux, à l’instauration de la préférence continentale, ainsi qu’à la promotion de la relance technologique.

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En attendant, les mécanismes techniques de mise en œuvre de la ZLECAf sont en cours de parachèvement. Il s’agit principalement de finaliser les questions en suspens concernant l’annexe sur les règles d’origine et de déterminer les listes des marchandises qui seront libéralisées, à court et à moyen terme, selon des calendriers de démantèlement précis et celles qui seront exclues de ce schéma de démantèlement. Ainsi, la ZLECAf n’entrera pleinement en vigueur qu’avec le lancement du démantèlement tarifaire prévu le 1er janvier 2021 et ce, après finalisation des aspects en suspens relatifs spécialement à l’annexe 2 sur les règles d’origine (les produits qui peuvent bénéficier du bloc de libre-échange doivent être fabriqués en Afrique) et aux offres tarifaires des Etats membres. L’accord oblige également les États membres à supprimer les droits de douane de 90 % des marchandises échangées, ce qui permet le libre accès aux produits de base, aux marchandises et aux services à travers le continent. Le texte actuel propose aux pays un délai de cinq ans pour abaisser à zéro les droits de douane sur 90 % de leurs marchandises.

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Mohamed Boubouh  
Président de l’AMITH


«Nos segments prêt-à-porter et le textile professionnel, sont très bien positionnés»

Le secteur marocain du textile-habillement emploie près de 160.000 personnes au Maroc. Il est ainsi le premier employeur industriel du pays avec 27% des emplois industriels nationaux. Le secteur qui réalise un chiffre d’affaires de plus de 36 milliards de DH, contribue également à hauteur de 24 % des exportations marocaines de biens.

La ZLECAF est une bonne initiative qui va booster le commerce entre le Maroc et les autres pays du continent par la suppression progressive des droits de douane. Elle favorisera le textile-habillement marocain, qui est un secteur industriel historique dans notre pays et aussi compétitif. Nos segments prêt-à-porter et le textile professionnel, sont très bien positionnés pour tirer leur épingle du jeu. Cet espace commun africain nous donnera la possibilité d’importer des intrants comme le coton. Cependant, notre seule crainte concerne les règles d’origine. Tant que la marchandise est d’origine africaine, il n’y aura pas de problème. C’est pour dire qu’il ne faut pas que des plateformes soient installées dans certains pays du continent pour exporter des produits qui ne sont pas du « made in africa ». C’est pourquoi, il convient d’être attentif aux règles d’origine. 

Selon Lilia Hachem Naas, plusieurs études de la Commission économique pour l’Afrique, démontrent que le contexte est largement favorable au développement de chaînes de valeurs régionales dans des secteurs tels que l’industrie automobile, les industries extractives (pétrole et gaz), l’industrie textile (production de coton, tissus, vêtements et accessoires), les industries légères (électrique, électronique et plastique) ou encore l’industrie alimentaire. «Les opportunités de synergies sont également nombreuses dans les secteurs de services, du transport, de la distribution et de l’aéronautique», ajoute la Directrice du bureau de la CEA en Afrique du Nord. Pour sa part, Abdou Diop, Managing Partner de Mazars au Maroc, estime que la construction de cette ZLECAf prendra du temps et favorisera dans un premier temps les pays qui ont déployé des stratégies industrielles pertinentes, comme le cas du Maroc avec les écosystèmes automobile, aéronautique, textile et industrie pharmaceutique (voir interview).

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Du côté des patrons marocains e t présidents d’associations professionnelles interrogés dans le cadre de ce dossier, l’entrée en vigueur de la ZLECAf constitue une bonne nouvelle (voir témoignages). Pour l’industrie pharmaceutique qui exporte 10 % de sa production, le marché commun panafricain est une aubaine. « Cela va considérablement renforcer notre compétitivité sur le continent, surtout en termes de prix où nous étions 10 à 15 % moins chers que la concurrence », explique Ali Sedrati, Président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) qui précise que l’Agence africaine des médicaments est en train d’être mise en place dans le cadre de la ZLECAf et qui va harmoniser les différentes réglementations. En effet, jusque-là, le développement des exportations est tributaire de l’aide gouvernementale, capable de faciliter la pénétration des marchés cibles. Cela commence par le franchissement des barrières à l’entrée qui prennent parfois la forme de procédures légales comme l’enregistrement des médicaments, réputé très cher dans les pays concernés. Au niveau de l’Afrique subsaharienne francophone, principal marché extérieur des laboratoires pharmaceutiques marocains, par exemple, la concurrence des multinationales et des laboratoires indiens bat son plein. Compte tenu de la force de frappe de ces derniers, due à l’économie d’échelle pratiquée, la concurrence des opérateurs indiens est très rude.

Ali Sedrati 
Président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP)

«Nous réalisons 10 % à l’export, principalement en Afrique subsaharienne francophone»

Après les phosphates, l’industrie pharmaceutique marocaine constitue la deuxième activité chimique du Maroc et occupe la deuxième place à l’échelle du continent africain.  Cette industrie possède un grand potentiel de développement grâce à de forts atouts : 60 ans d’expérience et des entreprises certifiées produisant aux normes de qualité européennes et/ou américaines.

La ZLECAf ne peut qu’être bénéfique pour l’industrie pharmaceutique marocaine, qui a 60 ans et constitue aujourd’hui une fierté pour notre pays. L’industrie pharmaceutique marocaine est classée Zone Europe par l’OMS du fait de la qualité de production. Aujourd’hui, 98 % du personnel du secteur sont des Marocains. Les pouvoirs publics ont réussi dès les années 60, à encourager les multinationales à s’installer dans le Royaume. Celles-ci ont bien joué le jeu en procédant à un transfert de technologie. En tant qu’Africains, nous devons coopérer pour que nous puissions transférer à notre tour cette technologie. S.M le Roi a montré la voie avec sa ferme volonté de développer la coopération sud-sud.

Nous avons une grande opportunité avec cette pandémie qui a mis à nu notre dépendance vis-à-vis de la Chine et de l’Inde. Nous devons développer notre souveraineté dans un cadre tripartite Europe-Maroc-Afrique. Nous avons des atouts pour ça et ce futur marché panafricain est une excellente opportunité. Sur le continent, nos médicaments sont déjà 10 à 15 % moins chers que ceux de la concurrence. C’est vous dire, que la ZLECAf renforcera cette compétitivité avec le démantèlement douanier. Je vous rappelle que notre secteur réalise 10 % à l’export, principalement en Afrique subsaharienne francophone.

 L’autre avantage de ce nouveau marché commun, est qu’il permettra la mise en place d’une Agence africaine des médicaments qui va harmoniser les différentes réglementations.

ZLECAF : Les règles d’origine, un point clé

Les règles d’origine définissent les critères qui doivent être remplis pour qu’un produit soit considéré comme étant originaire d’un pays exportateur de la ZLE et puisse bénéficier d’un traitement préférentiel au sein de cette zone. C’est l’origine des marchandises qui constitue donc le visa pour que les marchandises échangées entre les pays signataires bénéficient des concessions tarifaires (droits à l’importation nuls). Le rapport 2019 de la CNUCED sur le développement de l’Afrique souligne que pour déterminer si les produits sont made in Africa, nous avons besoin des règles d’origine car elles sont la pierre angulaire des politiques commerciales efficaces, et créer des opportunités pour les petites entreprises du continent. Le rapport explique le rôle des règles d’origine et leur importance pour effectivement rendre cette zone de libre-échange continentale opérationnelle et bénéfique pour le continent de façon à promouvoir l’industrialisation de l’Afrique, le développement de produits de grande valeur ajoutée et la création d’emploi. Si la libéralisation préférentielle du commerce n’était pas confortée par des règles d’origine bien conçues et appliquées, bon nombre de ces gains pourraient être minorés. Le rapport recommande, à cet effet, la mise en place d’une «plateforme en ligne pour le commerce intra-africain», qui servirait de répertoire des règles d’origine simples facilitant la détection des fraudes. Le document suggère également, que la création de «plateformes permettant un dialogue public-privé peut » contribuer à recenser les obstacles à la mise en œuvre des règles d’origine au sein de la ZLECAf ». 

En vertu de l’accord portant création de la ZLECAF, un comité sur les règles d’origine devra être créé avec cette mission «d’examiner chaque année le respect des règles et les dispositions relatives à leur transparence et soumettre des rapports et des recommandations à un comité de hauts fonctionnaires chargés des questions commerciales». Dernièrement, une phase de négociation sur les règles d’origine a débuté suite à la ratification de la ZLECAf par 22 pays, pour s’accorder sur les textes d’application de cet accord de libre-échange au niveau continental. 

Outre les droits de douane qui vont profiter à beaucoup de secteurs au Maroc, les opérateurs économiques marocains pourront s’approvisionner à moindre coût en matière première, comme par exemple le cacao dont la Côte d’Ivoire est premier producteur mondial. Aujourd’hui, l’absence des échanges entre les pays africains profite à d’autres pays européens, car le cacao ivoirien est exporté vers l’Europe puis revendu à des pays africains comme le Maroc, alors que ça pouvait être exporté directement vers ces pays. Idem pour le Mali, premier producteur de coton en Afrique, ce qui pourrait donner des idées aux textiliens marocains. Les exemples du genre sont nombreux. Pour rappel, jusqu’à présent, les opérateurs marocains voient leur développement en Afrique, suivant trois possibilités. La première étape du développement pour de nombreuses entreprises marocaines consiste à exporter des biens ou des services, sans implantation locale. Parallèlement, la mise en place de partenariats opérationnels ou commerciaux avec des sociétés locales et internationales permet aux entreprises marocaines d’accélérer leur développement. Enfin, l’étape la plus aboutie du développement est l’investissement direct, par acquisition ou création de structure ex-nihilo. Et pour ce dernier volet, la ZLECAf devrait ainsi favoriser les investissements directs marocains (IDM) dont l’Afrique est la première destination. Les IDM en Afrique sont passé de 3 milliards en 2009 à 6,8 milliards de DH en 2019, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 8,3%. Ils ont atteint leur plus haut niveau en 2017 atteignant ainsi une valeur de 8,8 milliards de DH. La part des IDM  en Afrique dans le total des investissements directs  marocains à l’étranger s’établit à 58,7% en 2019 avec une part moyenne de 59,5% durant la période 2009 -2019. Les IDM en Afrique sont aujourd’hui présents dans 29 pays en 2019, contre seulement 9 pays en 2009. 

Ahmed Derrab 
Secrétaire général de l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (ASPAM)
« Nous avons anticipé la ZLECAf »

Le secteur marocain des fruits et légumes produit en moyenne 9 millions de tonnes, dont près de 3 millions de tonnes de fruits et plus de 6 millions de tonnes de légumes. L’Union Européenne est le principal marché des fruits et légumes marocains.

Chaque jour, ce sont plus de 100 à 120 camions qui prennent la route au départ d’Agadir au niveau d’Inezgane, pour acheminer des fruits et légumes vers les pays d’Afrique de l’Ouest. Il y a une forte demande pour ces produits marocains qui sont très abordables pour ces populations locales dont le pouvoir d’achat est encore faible. Par ailleurs, les Marocains sont également friands de fruits et légumes exotiques. Ce qui est une bonne chose pour réduire les coûts de transport, car cela permet aux camions de revenir au Maroc avec ces produits. Aujourd’hui, le challenge, c’est exporter des fruits et légumes adaptés aux besoins, assurer un approvisionnement régulier et aussi maitriser ma distribution sur ces marchés.

Aujourd’hui, le projet de plateforme logistique d’exportation et d’importation de produits agro-alimentaires à partir d’Abidjan en Côte d’Ivoire sera incessamment opérationnel. Il permettra d’exporter à partir du port de Tanger Med les fruits et légumes marocains dans ce pays et d’autres destinations de cette région. Cela consistera également à exporter certains produits ivoiriens vers le Maroc, notamment la banane, la papaye, l’ananas, la mangue …En effet, le transport terrestre coûte beaucoup plus cher que le maritime. C’est pourquoi d’ailleurs, nous sommes en train de travailler sur la mise en place de lignes maritimes régulières entre le Port d’Agadir et les différents ports de l’Afrique de l’Ouest. Le futur port  Dakhla Atlantique va certainement aider dans ce sens. La ZLECAf va beaucoup aider dans la mise en œuvre de toutes ces initiatives. Autrement, nous avons anticipé la ZLECAf.

Traditionnellement concentrés sur les services (banques, assurances et télécoms en particulier), les investissements marocains se diversifient vers de nouveaux secteurs tels que la construction, la distribution et l’industrie. En effet, il y’a lieu de préciser que la part du secteur de l’industrie a atteint sur la seule année 2016, près de 53% des flux sortants du Maroc dans le continent, avec près de 2,5 milliards de DH qui ont été investis, essentiellement, en Côte-d’Ivoire, au Bénin et au Cameroun. Cette dynamique est appelée à se poursuivre, si on tient compte des accords importants signés et qui devraient générer des flux financiers importants dans les années à venir, mais aussi et surtout à la ZLECAf. Ces projets portent notamment sur la production d’engrais (Gabon, Rwanda, Éthiopie et Nigéria), le Ciment (Côte-d’Ivoire, Ghana et Mali), l’industrie pharmaceutique (Côte-d’Ivoire, Rwanda), le montage de camions (Sénégal) et l’industrie agroalimentaire (Guinée, Bénin, Cameroun, Côte-d’Ivoire, Mauritanie ou Tanzanie).

Jamal Tazi 
Administrateur groupe Sefita

«C’est une très bonne nouvelle pour les produits ‘made in Morocco’» 

Opérant sur les marchés d’uniformes européen et étasunien, l’entreprise appartenant à la famille Tazi et spécialisée dans le vêtement militaire et le vêtement administratif, s’est tournée également ces dernières années vers le Sud, notamment les marchés africains.

C’est une très bonne nouvelle pour les produits « made in Morocco », car la ZLECAF va renforcer leur compétitivité avec la suppression des droits de douane entre les pays membres. Aujourd’hui, seules certaines Administrations publiques jouissent de ce privilège. Autrement dit, c’est une aubaine pour les entreprises privées comme nous qui sont déjà présentes sur le continent. Globalement, cela augmentera les échanges intra-africains et donc des flux, qui par ricochet, engendreraient une meilleure offre pour les transports fret maritimes et aériens. A cela, il faut également ajouter une meilleure maîtrise des cours de changes au niveau des différentes monnaies, voire de la future monnaie unique face aux trois autres grandes devises (yuan, euro et dollar).

Aujourd’hui, les entreprises marocaines qui se développent en Afrique, sont avant tout à la recherche de relais de croissance. Dans certains secteurs, le marché marocain a atteint un niveau de maturité qui pousse les champions nationaux à explorer de nouveaux sentiers de croissance à l’international. Au-delà de ceux qui ont su saisir des opportunités, un certain nombre d’acteurs ont construit une stratégie de développement proactive en Afrique, particulièrement depuis que le continent est devenu une priorité dans la stratégie économique extérieure marocaine. Les patrons interrogés dressent un bilan globalement positif de leur développement en Afrique. Dans l’ensemble, elles considèrent cependant le climat des affaires en Afrique comme favorable aux acteurs marocains. Pour beaucoup, la plus grande part de la croissance à venir est attendue de l’Afrique. 

A l’inverse des IDM en Afrique, le Royaume devrait, avec la ZLECAf, aussi attirer davantage des investissements directs étrangers (IDE) en provenance du continent. Ceux-ci sont à  846,6 millions de DH en 2019 contre seulement 151 millions en 2009, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 18,8%. Leur niveau le plus élevé a été enregistré en 2006 atteignant ainsi 1,4 milliard de DH. Par pays, les IDE en provenance de  l’île Maurice occupent pour la quatrième année consécutive, la première position avec 619,3 millions de DH en 2019. Leur part dans les IDE Africains au Maroc se situe ainsi à 73,2%. Par secteur d’activité, les IDE en provenance de l’Afrique prédominent dans l’énergie et mine en 2019, suivi de l’immobilier (150,1 millions de DH).

 
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