Transport aérien

Comment Royal Air Maroc se prépare à l’austérité

La compagnie aérienne nationale, Royal Air Maroc (RAM), qui perd 50 millions de DH par jour, doit mettre en branle une cure d’austérité pour pouvoir bénéficier d’un plan d’aide du gouvernement qui sera dévoilé lors de la Loi de Finances rectificative 2020.


Royal Air Maroc serre les cordons de la bourse. Une semaine après la reprise de ses vols domestiques et dans l’attente d’un retour à l’international, la compagnie aérienne nationale devrait dévoiler au courant de la semaine prochaine son projet de plan social. Prévu initialement jeudi dernier pour être présenté en comité d’entreprise, celui-ci a été finalement reporté à la demande des représentants du bureau syndical de la Fédération nationale du transport aérien (FNTA), affilié à l’UMT et des délégués du personnel. Transformée finalement en rencontre plus conviviale en attendant la tenue du comité d’entreprise, la réunion a permis, malgré tout, au Top management de la compagnie aérienne nationale à faire partager une vision maussade des mois à venir, qui va se traduire par un renforcement des mesures d’économies probablement officialisées donc la semaine prochaine à l’issue du comité d’entreprise de RAM. 

Pourtant, dès mai dernier, le PDG de la compagnie, Abdelhamid Addou, avait, dans une lettre adressée à l’ensemble du personnel, averti que Royal Air Maroc traverse « la pire crise » de son histoire. Pour Abdelhamid Addou, l’impact de cette crise sera « long et douloureux ».

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Pour retrouver un rythme normal, il estime que la compagnie aérienne nationale aura besoin d’une reprise étalée sur une période minimale de 36 mois. « Cette reprise nécessitera un plan clair, basé sur les prévisions publiées par l’IATA ainsi que les cabinets de conseils mondiaux. ». Il faut dire sur ce plan, le « pire est encore à venir » pour le transport aérien mondial, selon l’IATA (Association internationale du Transport aérien). Cette dernière prévoit une perte de près de 5 millions de passagers pour le Maroc durant cette année (voir tableau).

« Nous travaillons étroitement avec plusieurs membres du gouvernement, afin de préparer une ébauche de plan de reprise à même de garantir la pérennité de notre entreprise à long terme », avait-il déclaré. « Nous chercherons à préserver au maximum l’emploi tout en garantissant la pérennité financière de la compagnie. »

Licenciements massifs, suppressions de lignes internationales et d’escales, cession d’avions… Royal Air Maroc n’a pas le choix. Elle doit mettre en branle une cure d’austérité pour pouvoir bénéficier d’un plan d’aide du gouvernement qui sera dévoilé lors de la Loi de Finances rectificative 2020. Selon une source proche de la tutelle de la compagnie aérienne nationale, cette feuille de route sera « conditionnée à des réductions de dépenses ».

Pour ce faire, RAM va geler son plan d’embauches pour l’année prochaine comme le lui a exigé le ministère du Tourisme, de l’artisanat, du transport aérien et de l’économie sociale auprès des administrateurs, afin « de préserver les liquidités et de protéger l’économie des retombées de la pandémie ». En attendant, elle envisage plusieurs scénarios. Ainsi, le plan d’austérité de la compagnie assortie de plusieurs mesures, prévoit la suppression de 858 emplois. Ce licenciement massif vise tous les segments, notamment le Personnel Navigant Technique (PNC, près 180 pilotes concernés), un peu moins du tiers du Personnel Navigant Commercial (hôtesses et stewards), et 13 % du personnel au sol. A cela s’ajoutent les suppressions de postes auprès des filiales de la compagnie comme par exemple RAM Handling.

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Autre piste envisagée par RAM, un plan de départ volontaire en faveur du personnel âgé de plus de 57 ans, avec 15 ans d’ancienneté. Celle-ci reste toutefois soumise à l’approbation de la tutelle de la compagnie. Parallèlement, RAM prévoit de fermer certaines représentations et de diminuer sa flotte composée actuellement de 59 appareils dont 37 B737, 9 B787, deux B737 Max, 1 B767 Cargo, 4 Embraer 190 et 6 ATR 72-212A.  Ainsi, la compagnie entend céder ou louer une vingtaine de ces appareils : 12 B737, 4 B787 et les 4 Embraer. Objectif : entamer le redressement de ses finances qui, ayant subi de plein fouet la crise du nouveau coronavirus, pourraient avoir besoin d’une garantie souveraine de prêt.

Mais au-delà de ces mesures d’austérité, la compagnie aérienne devra aussi modifier sa stratégie. Et celle-ci verra RAM tailler également sur ses lignes dont la rentabilité n’est pas assurée. C’est le cas, entre autres, des dessertes concernant Athènes, Vienne, Boston, Miami, São Paulo, Rio de Janeiro, Stockholm, Copenhague, Beyrouth, Amman, N’Djaména ou encore Luanda.  

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