Enseignement supérieur

Les facultés privées de médecine arrivent en force !

Le Maroc est encore loin de son objectif de mettre chaque année sur le marché de la santé 3300 nouveaux médecins. Appuyées par le gouvernement pour atténuer le déficit en médecins, les facultés privées de médecine montent en puissance. Aujourd’hui, l’Université internationale Aboulcasis des Sciences de la Santé (UIASS) de Rabat, l’Université Internationale de Rabat (UIR), l’Université Mohammed VI des Sciences de la santé (UM6SS) de Casablanca, et l’université privée de Marrakech (UPM), forment à elles quatre près d’un millier de médecins à travers leurs facultés privées de médecine. Tout sur ces établissements privés !


La population marocaine ne cesse d’augmenter. Avec plus de 35 millions d’habitants, le Maroc n’a jamais autant eu besoin de professionnels de santé surtout avec la future généralisation de la protection sociale destinée à terme, à couvrir 22 millions de personnes actuellement dépourvues d’assurance maladie, nécessitera des ressources humaines médicales pour sa réalisation. Ce n’est pas un hasard si le Royaume qui fait face à un déficit de praticiens, a décidé d’ouvrir son secteur de la santé aux compétences étrangères. Il faut dire, que le Maroc est encore loin de son objectif de mettre chaque année sur le marché de la santé 3300 nouveaux médecins. En 2018, les facultés de médecine et de pharmacie du pays ont formé 2 282 médecins seulement, contre 1715 en 2007, soit une progression de 25%. En dépit de cette hausse significative, le retard à rattraper est de l’ordre de 1018 médecins. Ce déficit se creuse à cause de l’émigration, principalement en France, du départ à la retraite et de la retraite anticipée. Plus de 8 000 médecins marocains nés dans le Royaume exercent actuellement dans l’Hexagone.

Selon une étude du Conseil national de l’Ordre des médecins en France, les praticiens nés au Maroc représentent la deuxième communauté de médecins nés à l’étranger. Si ce manque de médecins au Maroc se fait sentir avec la crise du nouveau coronavirus, il risque de peser lourd dans la réussite de la généralisation du système de la couverture sociale qui vient d’être lancé. En effet, le Maroc ne compte que 27 266 médecins, dont 53% opèrent dans le secteur privé, avec un ratio de 7,1 médecins pour 10 000 habitants, loin du standard de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fixé à 15,3 médecins pour 10 000 habitants. Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra concentrent, à elles seules, plus de 56% de l’effectif des médecins privés et 39% de l’effectif des médecins publics, ajouté au début du vieillissement de la population médicale. En fait, selon le ministère de la Santé, 36% des médecins du public ont plus de 51 ans. A noter, qu’avec à peine 1,65 personnel médical pour 1000 habitants (contre un minimum requis de 4,45), le Maroc a un déficit de 97.161 personnes dans le secteur de la santé, dont 32.387 médecins et 64.774 infirmiers et techniciens.

Résultat : dans l’objectif d’augmenter le nombre de médecins dans le Royaume, le ministère de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a commencé à autoriser depuis 2014 la création de faculté privée de médecine, cela avec des critères très contraignants. En effet, les études en sciences de la santé au Maroc étaient limitées au secteur public à travers les facultés de médecine dans différentes villes du royaume. Ainsi, l’Université internationale Aboulcasis des Sciences de la Santé (UIASS) de Rabat voit le jour en 2014. Créée par la Fondation Cheikh Zaïd Ibn Sultan, l’UIASS est dotée d’un outil hospitalier de qualité incluant l’Hôpital Universitaire International Cheikh Zaid Rabat (380 lits), ainsi que trois centres hospitaliers pluridisciplinaires en partenariat avec l’OCP (Khouribga 133 lits, Youssoufia 54 lits et Benguerir 39 lits). Elle compte la «Faculté de Médecine Abulcasis» (FMA), la «Faculté de Médecine Dentaire Abulcasis» (FMDA), la « Faculté des Sciences de la Santé Rabat» (FSSR) et l’«Institut Supérieur d’Ingénierie et Technologies de la Santé» (ISITS).

Lire aussi | Le Conseil de gouvernement adopte le projet de loi modifiant et complétant la loi relative à l’exercice de la médecine

L’Université Internationale de Rabat (UIR), quant à elle, emboîtera le pas à l’UIASS en créant un an plus tard, une Faculté Internationale de Médecine Dentaire (FIMD) qui s’étend sur une superficie de 1200m². Ainsi, elle a mis en place une clinique dentaire aux standards internationaux pour répondre aux besoins spécifiques de la formation et doter ses futurs dentistes des compétences pratiques à même de leur permettre d’être opérationnels à l’issue de leur diplomation. En 2018, l’Université Mohammed VI des Sciences de la santé (UM6SS) de Casablanca emboita le pas à l’UIASS. L’institution qui appartient également à une fondation à but non lucratif, notamment la Fondation Cheikh Khalifa Ibn Zaid, réunit, elle, six facultés et grandes écoles formant aux différents métiers de la santé : faculté de médecine, faculté de médecine dentaire, faculté de Pharmacie, faculté des sciences et techniques de santé (sciences infirmières, Techniciens de laboratoire, Techniciens de radiologie, Diététique-nutrition, rééducation & réhabilitation, Sage-femme, Sciences cognitives…), l’Ecole supérieure de génie biomédical (ESGB), et l’Ecole internationale de santé publique (EISP). Elle est adossée à l’hôpital Cheikh Khalifa Ibn Zaid.

La même année également, la Faculté Privée de Médecine de Marrakech (FPMM), relevant de l’Université privée de Marrakech (UPM) ouvre ses portes. Fondée par Mohamed Kabbaj, PDG de KMR Holding Pédagogique (KMR), maison-mère de l’UPM, la FPMM est adossée, elle, à l’Hôpital privé de Marrakech (HPM) qui dispose de 170 lits.  Il faut dire qu’à l’instar des facultés publiques de médecine qui sont toutes adossées à des Centres hospitaliers universitaires (CHU), il est exigé à ces facultés privées de médecine de s’appuyer également sur au moins un hôpital pluridisciplinaire, lequel doit constituer le fondement de l’enseignement pratique dispensé aux étudiants. Au titre de la rentrée 2019-2020, ces facultés privées de médecine offraient 856 places réparties : 380 places à l’UM6SS, 286 à l’UIASS, 120 à l’UIR et 70 à l’UPM. 

Lire aussi | La fluidité de la décision est le problème [Par Jamal Berraoui]

Que ces quatre universités soient à gestion privée, elles se plient totalement aux exigences du ministère de l’Enseignement. Quid des frais de scolarité ? Pour la médecine, la pharmacie ou la médecine dentaire, les frais de scolarité varient entre 115.000 DH par an et 130.000 DH par an. Ce sont parmi les études supérieures les plus longues et les plus prisées par les bacheliers qui souhaitent poursuivre des études conduisant à l’exercice des métiers de la santé. Elles constituent une formation théorique en faculté et pratique au sein de l’hôpital adossé à l’institution. À la fin du cursus en médecine (7 ans), le futur médecin est habilité à faire de plus en plus de missions dans l’hôpital. Il reçoit finalement son doctorat de Médecine, automatiquement équivalent au diplôme d’Etat, à l’issue de la soutenance. Idem pour les pharmaciens (6 ans) et dentistes (6 ans), à la fin de leurs études et ayant soutenu avec succès une thèse de Doctorat en Pharmacie ou en dentaire.

En comparaison avec l’international, ces tarifs sont accessibles même si à l’échelle nationale ce n’est pas à la portée de tout le monde. C’est pourquoi, l’Université internationale Aboulcasis des Sciences de la Santé de Rabat et l’Université Mohammed VI des Sciences de la santé de Casablanca, gérées par des Fondations, ont mis parallèlement en place un système de bourses pour permettre aux plus méritants et ceux qui ont des conditions financières difficiles de ne pas être pénalisés. Ces deux universités privées octroient des bourses en fonction de l’excellence du dossier et de la situation sociale des étudiants. Concernant l’UIASS, par exemple, la prise en charge financière des frais d’inscription est assurée pour tous les bacheliers admis, dont la moyenne est supérieure ou égale à 19/20 pour la médecine générale, médecine dentaire ou encore la pharmacie. Quant aux tarifs des autres spécialités, ils sont moins importants. Par exemple, pour les sciences infirmières, techniciens de laboratoire, techniciens de radiologie, diététique-nutrition, rééducation & réhabilitation, Sage-femme, Sciences cognitives…, par exemple, il faut débourser entre 33.000 et 60.000 DH par an. Qu’en est-il des critères d’admission ? L’accès en première année des études en vue de préparer le diplôme de docteur en médecine générale, médecine dentaire ou encore en pharmacie, a lieu par voie de concours national ouvert aux candidats titulaires du baccalauréat obtenu dans l’une des séries ou filières prévues (Sciences de la Vie et de la Terre; Sciences Physiques, Sciences Mathématiques,…).

A noter que depuis août 2020, le ministère de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a adopté une nouvelle approche dans la gestion de l’accès aux facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire (publiques et privées), afin d’assurer l’égalité des chances entre tous les candidats. Ainsi, le seuil de l’accès à ces études est fixé, ou plutôt rabaissé, à une moyenne de 12 sur 20. Auparavant, il fallait avoir obtenu une moyenne minimale de 14 sur 20 pour espérer embrasser une carrière dans la médecine, le dentaire ou la pharmacie. Généralement, la date limite de pré-inscription en ligne est fixée autour du 30 juillet, pendant que les concours ont lieu durant la première semaine d’août.

 
Article précédent

Nouveau modèle de développement : vers la consécration d’un nouveau Pacte social

Article suivant

Déploiement de Pathé au Maroc : le premier multiplex retardé pour 2022