Interview

Mehdi Hijaouy : «Il serait fort opportun pour le Maroc d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie nationale d’E-Réputation»

Les pratiques de communication connaissent dans ce XXIème siècle un réel chamboulement dans le temps et l’espace. Devenue numérique et digitale, la communication pose ainsi des questions inédites aux pays des quatre continents, particulièrement africains. Evaluer l’importance de l’E-Réputation, à travers, notamment, la fulmination des médias et réseaux sociaux, devient un enjeu vital pour les Etats, les incitant à bâtir une stratégie nationale en la matière. Mehdi Hijaouy, Expert en sécurité, défense, stratégie et intelligence économique apporte des éclaircissements par rapport aux notions d’opinion et d’influence et souligne l’importance de la E-Réputation, dans la guerre mondiale de l’information.


Challenge : On entend, de plus en plus souvent, parler de l’« E-réputation » d’un pays. De quoi s’agit-il au juste ?

Mehdi Hijaouy : A vrai dire, l’influence pour un Etat, un dirigeant ou encore pour un patrimoine ou une culture, a toujours existé, voire même depuis l’aube des temps à la seule et grande différence que le monde de ce XXIème siècle s’est vu numérisé. Aujourd’hui, chaque pays possède une identité numérique qu’il devrait gérer, de la manière la plus intelligente. Cette tâche est tout simplement la E-Réputation et que d’autres appelleront la web-réputation, la cyber-réputation ou encore, dans un jargon plus commun, la réputation internet.

Et j’insiste pour souligner que, dans le passé, l’E-Réputation ne se pratiquait que dans le monde des affaires où toutes entreprises – de taille – disposaient, instinctivement, d’une stratégie, finement structurée, de management des réseaux sociaux, pour soigner son image de marque. Aujourd’hui, même les plus petites structures y recourent, machinalement. L’on observe alors que ça ne s’arrête plus au monde de l’entreprise, mais bien au-delà. Tout Etat fait soit appel aux services d’agences spécialisées dans l’E-Réputation, soit il met en place une Structure nationale dédiée à l’E-Réputation ou encore fait un mixage des deux.

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Challenge : Est-ce si important que ça ?

M.H : La réputation et l’E-Réputation d’un pays sont devenues un enjeu vital. Ce n’est pas – certes – juste important, mais une obligation pour les Etats de veiller à entretenir leur image sur les plans national, régional et international, au niveau du cyberespace, à travers les réseaux sociaux en ligne (LinkedIn, Facebook, Twitter, etc.), notamment. Des millions de vidéos, d’articles, d’images et de tweets font et défont les réputations des Etats. D’ailleurs, dans l’une de mes récentes publications, j’ai évoqué la quatrième guerre mondiale, en soulignant que le monde vit une réelle guerre de l’information.

L’objectif, entre autres, de cette bataille numérique est parfois pour un pays de ternir l’image d’un autre Etat pour une raison ou une autre et très souvent à travers des actions de désinformation, de propagande et de fake news, réduisant ainsi la confiance dans les processus démocratiques. D’où l’intérêt, pour toute Nation, de disposer d’une réelle armée numérique, parfaitement bien triée et minutieusement formée, pour défendre ses intérêts suprêmes, au niveau du cyberespace et particulièrement, sa E-Réputation.

Challenge : Comment un Etat peut-il bâtir une stratégie d’E-Réputation ?

M.H : C’est tout un dispositif à mettre en place. Avant tout, il faut créer une Structure à même de se consacrer à cette question. Et le plus important, ce n’est pas d’avoir un dispositif national d’E-Réputation, mais d’être en mesure de l’adapter, régulièrement, à différents enjeux stratégiques et aux situations de crises aiguës, via, une veille continue, touchant des actions de lobbying, d’influence et de contre-influence. Toujours est-il, qu’il faut également être en mesure d’anticiper et de se prémunir contre toutes opérations de cyberattaques, dont le principal intérêt serait de porter nuisance à la réputation du pays et de ses symboles sacrés.

Challenge : A votre avis, quel est le prérequis prioritaire pour construire un dispositif efficient d’E-Réputation dans un Etat qui se respecte ?

M.H : Bien évidemment, le bon choix de l’équipe s’avère crucial et incontournable. Pour ce métier, il faut, avant tout, des soldats numériques patriotes, nationalistes et capables d’anticiper l’influence pouvant être produite par les informations disponibles sur Internet sur la perception de l’image du Royaume et surtout de travailler en équipe. Ce sont pour moi, des conditions sine qua non pour avoir un dispositif solide et efficace d’E-Réputation.

A titre d’exemple, un bon militaire, ce n’est pas uniquement celui qui est bien formé et outillé mais, en plus et impérativement, celui qui incarne un réel esprit patriote et nationaliste. On peut être un excellent soldat et au moment de la bataille, fuir les rangs.

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Challenge : Au-delà de l’humain, que faudrait-il d’autre, pour maximiser la réussite d’un tel dispositif ?

M.H : Pour mieux appréhender l’E-Réputation et mettre en place des stratégies efficaces, il serait fort intéressant de s’appuyer sur une démarche d’intelligence économique et stratégique. Ce serait, à mon avis, un énorme atout et sans faille. Pour gérer une E-Réputation d’un pays, en sus du choix pertinent des ressources humaines, de la connaissance du Web et de la définition ingénieuse de politiques, cela requiert des outils d’Intelligence artificielle.

Challenge : En vous parlant d’E-Réputation, à quels grands et ambitieux projets stratégiques pensez-vous ?

M.H : Bien entendu, je pense à mon cher pays et notre auguste Roi Sa Majesté Mohammed VI, que Dieu L’assiste. Il serait fort opportun et nécessaire pour le Royaume chérifien d’élaborer et de mettre en œuvre une Stratégie nationale d’E-Réputation, à plus d’un échelon. Et, également, je pense à mon continent, en tant que citoyen africain. A cet égard, il faudrait à mon sens, unir les forces de toutes les Nations africaines, pour un objectif commun, à savoir défendre la réputation et la E-Réputation de l’Afrique et des africains et créer à cet effet, une Structure africaine pour s’occuper uniquement de cette névralgique question. Feu Sa Majesté Hassan II, disait que « Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe. »

Challenge : En cas de crise d’E-Réputation pour un pays, quel premier réflexe devrait-il avoir ?

M.H : La première des choses à faire par un Etat, en cas de crise d’E-Réputation, c’est de se dire que l’organisation mise en place n’est pas assez solide, n’a pas, non plus, été capable de réagir en temps opportun ou encore qu’elle devrait être réaffinée. Et bien entendu, ne pas rester les bras croisés en train d’observer les dégâts. Il faut agir en urgence, voire même recourir à des alliances citoyennes ou étrangères, pour réussir à gagner cette guerre de l’information.

Challenge : Dites-nous en quelques mots, en tant qu’Expert en stratégie et en intelligence économique, votre recette magique pour faire réussir un dispositif d’E-Réputation d’un pays.

M.H : Si l’on réussit à « Comprendre, surveiller et défendre sa E-réputation », tout est gagné.

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