Livre

«Mon histoire avec les médicaments», une autobiographie de feu Omar Tazi [Chapitre 10]

Son enfance, sa bataille contre le trust des multinationales qui dominaient le marché des médicaments à l’époque, son militantisme pour l’industrie pharmaceutique marocaine, plus épanouie, innovante et compétitive, son engagement pour un entrepreneuriat citoyen et responsable…« Mon histoire avec les médicaments », l’autobiographie de feu Omar Tazi publiée à titre posthume, véhicule des leçons aussi bien dans le champ managérial que sur le registre des valeurs morales et citoyennes ou encore pour les perles sur l’histoire économique et sociale du Royaume, que vous propose CHALLENGE à travers 19 chapitres. Capitaine d’industrie, feu Omar Tazi qui nous a quittés le 20 mars 2020, faisait partie de cette génération de grands industriels qui ont contribué à façonner l’industrie marocaine.


L’inauguration
Suivant les conseils de Bahia et de Haj Abdelaziz, nous organisions une cérémonie en grandes pompes. La naissance du premier laboratoire 100% marocain justifiait un tel niveau de célébration. Notre liste d’invités était truffée de personnalités publiques, de diplomates, ainsi que de professionnels de santé marocains et étrangers. Les reporters des médias locaux et internationaux étaient nombreux à couvrir l’évènement. Le gouverneur de Nouaceur était fier ce jour-là. Il dépêcha un détachement de la garde officielle qui se positionna à l’entrée de Sothema afin d’offrir aux invités un accueil dans l’honneur. Le ministre de la Santé de l’époque, feu professeur Rahal Rahali, représenta son gouvernement lors de cette cérémonie. Il était également fier ce jour-là. Il partagea avec moi la symbolique coupure du cordon annonçant le démarrage de la nouvelle usine. Quand je pris les ciseaux et au moment où j’avançais ma main, plaçant le cordon entre les deux lames, j’entrais dans une soudaine transe dans laquelle je ressentis une joie aussi intense qu’émouvante. Comme un flashback instantané, le film de toute une décennie se projeta devant mes yeux. Je revis mes études, mon service civil, mon travail à l’officine, mes mésaventures à Africphar, mes déplacements en Inde puis en Grèce et ma réunion avec les représentants de Lilly. Je revis aussi mes réunions avec Touhami et les autres ministres. Je me félicitais d’avoir résisté aux suggestions des personnes qui prévoyaient mon échec. Je me disais à moi-même : « Bravo Omar ! A partir d’aujourd’hui, tu peux fièrement dire que tu as accompli quelque chose d’important qui servira à des millions de gens. » Je coupai le cordon. Les visages enchantés des convives et le bruit chaleureux de leurs applaudissements faisaient plaisir à voir. La fête se poursuivit sur les chapeaux de roues.

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De nombreuses anecdotes me reviennent de ce jour-là. Une en particulier était amusante puisqu’elle risquait de tout gâcher. En effet, lors de ma tournée dans l’usine en compagnie du ministre de la Santé, j’eus l’idée de lui glisser une doléance exprimée par la population d’Ouled Saleh pour disposer d’une route de qualité, celle existante étant dans un état lamentable. Je lui fis ma remarque d’une façon qui ne manquait pas d’ironie.
– « Monsieur le ministre, n’avez-vous pas remarqué quelque chose en arrivant à Ouled Saleh ? », lui ai-je demandé.
– « Non ! ».
– « N’avez-vous pas trouvé la route tellement étroite que seules des mobylettes peuvent y circuler ».
– « Oui, elle est impraticable ».
-« Eh bien monsieur le ministre, comment peut-on développer le Maroc avec de telles infrastructures ? ».
– « Vous avez raison. Au prochain Conseil du gouvernement, je parlerai de ce problème avec mon collègue chargé de l’équipement, me promit-il ».
Je tournais la tête et vis le visage blême du gouverneur. Je ne me rendais pas compte que je venais de le griller. Le problème des infrastructures était une sorte de baromètre indiquant les limogeages des hauts commis de l’Etat. Si un problème de ce genre est soulevé en conseil du gouvernement, cela causait systématiquement des sanctions à l’encontre des fonctionnaires désignés comme responsables. Nous poursuivîmes la visite. Profitant d’un moment de courte détente, le malheureux gouverneur me tira dans un coin. Il semblait agacé.
– « C’est comme cela que tu me remercies, en me balançant devant le ministre ? ».
– « Désolé, ce n’était pas du tout mon intention ».
Le ministre nous rejoignit. Le gouverneur changea de sujet. Je m’étais préparé à ses représailles au lendemain de l’inauguration. Il n’en était rien. Au lieu de cela, une semaine après l’incident, il ordonna les travaux d’agrandissement de la voie. En quelques jours, la région d’Ouled Saleh avait une route digne de ce nom.

Accueil des invités dont le ministre de la Santé, le gouverneur de Nouaceur et d’autres officiels.
Visite du laboratoire de contrôle en compagnie du gouverneur et d’autres invités. 
Avec le ministre de la Santé feu Rahal Rahali.
Le laboratoire de contrôle des médicaments.
Poursuite de la tournée au sein de l’usine.
Accueil des invités pour un déjeuner de gala.

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