Finance

Quel risque pour les MRE n’ayant pas déclaré leurs comptes bancaires détenus au Maroc ?

L’étau se resserre autour des Marocains résidents à l’étranger (MRE) n’ayant pas à ce jour déclaré aux pays de résidence les comptes bancaires détenus au Maroc. Sauf report de dernière minute, à partir de septembre 2021, les banques marocaines devront communiquer aux pays de résidence des MRE les informations bancaires qu’elles détiennent.


Le Maroc, fait partie des États signataires de la « Norme d’échange automatique de renseignements (EAR) relatifs aux comptes financiers en matière fiscale » sous l’égide de l’OCDE. C’est dans ce cadre que le Parlement a ratifié en 2018 le décret-loi n°2.18.117 qui oblige les banques marocaines à communiquer à la DGI, qui transmettra aux États partenaires concernés, toutes les informations fiscales concernant leurs ressortissants ayant des revenus, des biens immobiliers, des actions ou des comptes bancaires au Maroc. Désormais à compter de septembre 2021, date de lancement des échanges entre les États signataires, la DGI recevra de l’étranger l’identification, les avoirs et détails des comptes bancaires ou placements détenus par les contribuables résidents au Maroc, directement ou indirectement, dans un pays partenaire. Dans l’autre sens, les revenus, avoirs et soldes des comptes bancaires détenus au Maroc par des non-résidents (dont les MRE) seront communiqués aux autorités fiscales étrangères où ils résident. 

Lire aussi | Allianz Maroc et la famille El Baroudi investissent dans la moto électrique

Conscient de l’ampleur de ceux qui sont en infraction vis-à-vis des règles de change et de résidence fiscale, le Maroc a décidé de faire table rase du passé avant le démarrage de l’EAR. C’est ainsi que le législateur a concédé jusqu’à fin décembre 2020, une seconde amnistie fiscale, après celle de 2014, auxdits contribuables pour leur faciliter la conformité à la législation en vigueur concernant les revenus et patrimoines détenus à l’étranger. Le taux de la contribution libératoire a été très modéré, soit de 2%, 5% et 10% en fonction de la nature des avoirs détenus à l’étranger. Par contre les MRE, qui ont des comptes bancaires au Maroc, et qui ne les ont pas déclarés au fisc de leur pays de résidence, eux risquent de lourdes amendes, voire des sanctions pénales. La France en particulier, où réside plus d’un million de résidents d’origine marocaine, dispose d’une législation très sévère concernant ce genre d’infraction. Si des informations relatives à un compte non officiellement déclaré parviennent à l’administration fiscale de ce pays, le contribuable concerné est invité d’abord à déposer les déclarations rectificatives, les relevés bancaires et les justificatifs sur l’origine des avoirs. A défaut de réponse dans le délai ou en cas de réponse jugée insuffisante, l’Administration fiscale est autorisée à considérer que les avoirs placés sur le compte bancaire non déclaré constituent un patrimoine acquis à titre gratuit et devant être taxé d’office aux droits de mutation de 60%. En plus il faut s’attendre, d’une part, à payer le principal et les majorations de retard au titre de l’IR, et éventuellement de l’ISF, afférents aux revenus dus ou aux comptes régularisés, au titre de la période non prescrite (2011-2020). Les intérêts de retard sont de 0,4 à 2,2% par mois de retard en plus d’une majoration unique et globale de 80% du principal qui ne peut être inférieure à 1500€.

Le plus grave, c’est que le défaut de déclaration des avoirs et revenus afférents à un compte bancaire à l’étranger est, dans la plupart des situations, constitutif du délit de fraude fiscale. Ainsi, indépendamment des sanctions fiscales précitées, le délit de fraude fiscale est sanctionné par une amende de 500.000€ ou le double et une peine d’emprisonnement de cinq ans. En cas de fraude aggravée, l’amende peut atteindre 3.000.000€ ou le double et une peine d’emprisonnement de sept ans. Il est encore possible pour les contribuables concernés de régulariser spontanément leur situation. Cela ne leur évitera pas un rappel d’impôt conséquent, mais ce sera beaucoup moins lourd que si c’est le fisc qui le découvre. Toutefois, si les comptes impliqués n’ont été alimentés que par des revenus déclarés en France, ils ne risquent qu’une amende de 1500 € pour compte en banque à l’étranger non déclaré.

Lire aussi | 50 femmes qui comptent : Nadia Fettah Alaoui, Ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Économie sociale

Il reste à espérer que le nombre de cas délictueux restera limité, d’autant plus que depuis quelques mois la majorité des établissements bancaires au Maroc et à l’étranger conditionnent l’ouverture ou le maintien de l’existence d’un compte au respect des obligations fiscales dans l’Etat de résidence.

 
Article précédent

50 femmes qui comptent : Sofia El Mansouri, The Compliance Lady |Consultante Compliance, Déontologie, et Ethique des Affaires

Article suivant

Énergie : l’autoproduction face aux résistances