Pandémie

Situation économique au Maroc : ce qui préoccupe la Banque mondiale [Rapport]

Choc soudain, grave récession depuis 1995… Ce sont les mots utilisés par la Banque mondiale pour démontrer l’impact produit par la pandémie du coronavirus (Covid-19) et par les mesures d’arrêt de l’activité prises pour l’enrayer au Maroc. Malgré la volatilité probable de la phase de reprise économique, le Royaume a l’opportunité de construire une économie plus durable et résiliente, selon l’institution de Bretton Woods, qui vient de publier son rapport de suivi de la situation économique au Maroc.


Au cours des vingt dernières années, le Maroc a réalisé de considérables progrès économiques et sociaux par le biais d’importants investissements publics, de réformes structurelles ainsi que de mesures garantissant la stabilité macro-économique. Toutefois, le choc soudain de la COVID-19 a entraîné l’économie dans une abrupte récession, la première depuis 1995. Le marché du travail fait face à un choc aux proportions historiques, les travailleurs vulnérables, notamment ceux du secteur informel, sont particulièrement touchés. Les déficits jumeaux (déficit budgétaire et commercial) du Maroc devraient se creuser, mais rester gérables. À ce jour, la réponse du gouvernement a été rapide et décisive. Mais, face au risque d’épidémie prolongée, il est essentiel de passer d’une phase d’atténuation à une phase d’adaptation pour garantir la résilience, le caractère inclusif et la croissance de l’économie marocaine. Ce sont là les principales conclusions de la Banque mondiale qui vient de publier son rapport de suivi de la situation économique au Maroc (juillet 2020), qui est produit par l’unité Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) de la Pratique mondiale pour la Macroéconomie, le Commerce et l’Investissement (MTI) de l’institution de Bretton Woods.

En effet, selon cette dernière, l’économie marocaine devrait être doublement affectée par les chocs économiques intérieurs et extérieurs. « Le PIB réel devrait contracter de 4 % en 2020 dans le scénario de référence, ce qui contraste fortement avec l’expansion de 3,6 % prévue avant l’épidémie. Peu de secteurs ont été épargnés, mais la contraction est principalement due à une baisse de la production de biens et services, une réduction des exportations, une perturbation des chaînes de valeur mondiales, ainsi qu’à une baisse du tourisme due aux restrictions de voyage et aux fermetures de frontières. Une extension des mesures de confinements aura un impact négatif à court terme sur la croissance du PIB réel », relève la Banque mondiale.

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Les entreprises, pour leur part, ont été confrontées à des perturbations des chaînes de valeur, à la mobilité des travailleurs, à des fermetures temporaires ainsi qu’à un ralentissement de la demande mondiale. « Les effets négatifs combinés ont conduit à des pertes d’emplois et de revenus généralisées. L’aide gouvernementale a en partie atténué la perte pour 19% des ménages », souligne l’institution de Bretton Woods. Selon ses projections, malgré la baisse des importations, le déficit du compte courant devrait se creuser et atteindre 8,4 % en 2020, reflétant une forte baisse des recettes d’exportation et touristiques ainsi que des transferts.

Sur le plan budgétaire, note-t-elle, les recettes seront inférieures aux prévisions antérieures en 2020 et 2021, tandis que les dépenses devraient augmenter en 2020 grâce à des dépenses supplémentaires en matière de santé, de protection sociale et d’autres réponses politiques COVID-19. En conséquence, le déficit budgétaire global devrait s’élargir à 7,5 % du PIB en 2020, près de 4 points de pourcentage de plus que prévu avant COVID-19. La dette publique y compris extérieure devrait aussi augmenter mais rester soutenable.

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Toujours est-il que la réponse du Maroc à l’épidémie de coronavirus et la crise qui en a résulté a été « rapide et décisive », estime l’institution basée à Washington.  « La réponse proactive du Gouvernement a permis au pays d’éviter une épidémie massive, sauvant ainsi des vies », souligne-t-elle. En plus de fermer rapidement les frontières et de renforcer le système de santé, le Maroc a créé un fonds spécial pour atténuer les impacts économiques. Les réponses politiques comprennent l’indemnisation des ménages touchés par la pandémie, y compris (de manière innovante) ceux qui travaillent dans le secteur informel, et la préparation d’une loi de finances révisée, la première en 30 ans. « La poursuite de bonnes mesures politiques, notamment l’élaboration d’une feuille de route claire pour la levée des mesures de confinement, est essentielle pour raccourcir et réduire le creux économique, social et sanitaire, et pour accélérer la reprise », recommande la Banque mondiale qui estime que la reprise économique post-pandémique est prévue (avec une grande incertitude autour de ces projections) d’être prolongée ; la croissance ne revenant à la tendance d’avant la pandémie qu’en 2022. En effet, les économistes de la Banque mondiale estiment que le degré élevé d’incertitude entourant le rythme de reprise est intrinsèquement lié à des facteurs tels que la découverte de traitements efficaces contre COVID-19, ainsi que les actions futures des décideurs et l’évolution de l’économie mondiale. Le rythme dépendra également, d’après ces experts, du comportement des ménages et des entreprises, qui, compte tenu du niveau d’incertitude extrême, devraient prendre d’énormes précautions ; ce qui pourrait être un frein important à la consommation et à l’investissement privés. « Face au risque d’une pandémie prolongée, passer d’une phase d’atténuation à une phase d’adaptation est la clé pour assurer une économie marocaine résiliente, inclusive et en croissance. Malgré la volatilité probable de la phase de reprise économique, le Maroc a l’opportunité de construire une économie plus durable et résiliente en développant une stratégie d’adaptation, similaire à son approche sur le front de l’environnement », conclue la Banque mondiale.

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