Politique

Maroc. Esquisses électorales

Les élections s’approchent. La température du climat politique monte. Le Parti de l’Istiqlal (PI), le Parti du Progrès et du socialisme (PPS) et le Parti Authenticité et Modernité (PAM) ont organisé une rencontre, le 7 juin, à Rabat. L’occasion de révéler aux médias leurs premières intentions.


Deux anciens partis politiques (Parti de l’Istiqlal et Parti du Progrès et du Socialisme) forgés dans le mouvement de libération nationale et moulés dans la réalité politique post indépendance, et un « nouveau venu » (Parti Authenticité et Modernité), tout frais, cherchant sa propre voie. La rencontre a été organisée au siège du PPS à Rabat, dans une belle salle ressemblant à un amphithéâtre, reflétant la réalité sociologique d’un parti politique autrefois se présentant comme défenseur des « classes laborieuses », mais, en fait, représentant une élite intellectuelle.

La place prise au « podium » par chacun des trois dirigeants des partis politiques réunis à cette occasion n’est certainement pas le fruit du hasard : Nizar Baraka (PI) à droite, Abdellatif Wahbi (PAM) au centre, et Nabil Benabdallah (PPS) à gauche. Tous les trois représentent actuellement l’opposition parlementaire. L’évènement a lieu presque 15 jours après la présentation du rapport du nouveau modèle de développement (NMD) par Chakib Benmoussa au Souverain. D’où les principales questions sur ce sujet, formulées par des journalistes bien connus pour leur professionnalisme et leur franc-parler. La première question est directe : que peut-on attendre de « partis politiques anciens » (anciens de par leurs idées, leurs méthodes de travail…) face au NMD, comme vision stratégique exigeant plutôt du « sang neuf » et  de nouvelles idées ? Les prochaines élections ne devraient-elles pas être précédées par une amnistie politique pour plus de crédibilité au « jeu politique » et pour éviter une aggravation du taux d’abstention ?

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Droit dans ses idées, sans être forcément politiquement à droite, Nizar Baraka répond avec calme et sérénité. Rien à voir avec le tempétueux Chabat qui l’a précédé à la tête du Parti de l’Istiqlal et y a laissé ses plumes. Pour Nizar Baraka, qui mesure ses mots, le NMD est un tout, une vision globale. Le rapport invite à entreprendre une « rupture calme » avec des politiques publiques actuellement dépassées, ayant mené vers une aggravation de la paupérisation de la majorité de la population, y compris les classes moyennes. L’État devrait être démocratiquement fort, avec une société libre, responsable et donc forte. Le NMD devrait être perçu comme un « nouveau souffle », une ouverture à la fois politique, économique et sociale. Pour Abdellatif Wahbi, il ne peut y avoir de démocratie sans liberté d’expression et sans partis politiques. Pour le nouveau chef du PAM, le rapport du NMD n’est qu’un « début ». Les réalisations du passé méritent d’être reconnues et capitalisées pour mieux entamer la reconstruction sur des bases plus solides.

Nabil Benabdallah est bien connu pour sa verve. Pour lui, les partis politiques sont le produit de leur environnement socio-politique. Les progrès ont été toujours réalisés grâce à l’institution monarchique qui s’est appuyée sur les « partis militants ». Le rapport du NMD établit un diagnostic sincère. Plusieurs constats contenus dans le rapport sont identiques à ceux déjà faits par le PPS et d’autres « partis politiques militants ». Le rapport du NMD renforce ainsi la position de ces partis et les conforte dans leurs positions. Pour Nabil Benabdallah, le développement est inséparable de la démocratie, intégrant toutes les institutions dont les partis politiques. Et la libération des détenus politiques ne peut que contribuer positivement à cette dynamique tant espérée du changement démocratique.

Nizar Baraka voit dans le gouvernement actuel, un « gouvernement des échecs ». Ce dernier ne dispose d’aucune vision stratégique. Les écarts sociaux se sont aggravés au cours des dix dernières années. Le moment est venu de faire le bilan des déclinaisons effectives de la Constitution adoptée en 2011. En fait, le PI ne se déresponsabilise pas. Il a procédé à son autocritique lors de son dernier congrès. Son programme, issu de ce congrès, est clair. Il est notamment question de restaurer le pouvoir d’achat et la confiance des citoyens, en réhabilitant qualitativement les services publics fondamentaux que sont l’école et la santé, en stoppant la paupérisation des classes moyennes et en donnant priorité à l’entreprise nationale, en particulier la TPME.

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Mais les trois partis n’ont pas encore scellé une véritable alliance. C’est un projet, voire un objectif partagé par les trois chefs. Si pour Nabil Benabdallah, cette alliance existe déjà, de fait, Nizar Baraka se veut plus prudent. Pour lui, une véritable alliance exige préalablement un programme commun, mobilisateur, engageant les trois partis politiques, avant et après les élections. Abdellatif Wahbi, se voulant plus pragmatique, préfère parler, pour l’instant, de « coordination pour une alliance ». Pour les trois « gladiateurs », les médias publics et privés devraient jouer leur rôle en tant qu’espace de développement de la culture citoyenne et de la participation politique. 

 
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