Commerce

Histoire. La France a profité du cannabis marocain

La France n’a pas toujours réprimé l’usage et la commercialisation du cannabis. Entre 1912 et 1954, elle a même organisé son commerce au Maroc, alors sous protectorat français, par le biais de la Régie des tabacs et du kif à qui elle concédait le monopole. Avant d’en interdire l’usage, rappelle francetvinfo.fr.


Un peu plus d’un siècle plus tôt, à moins de 2000 kilomètres au sud de Paris, entre 1912 et 1954, l’hexagone a même organisé le commerce du cannabis au Maroc, alors sous protectorat français. Avec, en bras armé en territoire marocain, la Régie des tabacs et du kif. Ce monopole sur le cannabis, la France l’a obtenu lors de la conférence d’Algésiras de 1906 qui fixe le sort du Maroc, l’un des rares pays africains qui n’a pas été pris en charge par une puissance européenne. Et avec l’instauration du protectorat français, en 1912, la vente et l’achat du cannabis, ou kif, entrent dans le monopole exclusif de la Régie. La France confie à la Banque de Paris et des Pays-Bas, devenue Paribas avant de fusionner avec la BNP, le soin d’exploiter ce monopole, via la Société internationale de régie co-intéressée des tabacs au Maroc. La concession perdurera jusqu’à l’indépendance du Maroc, date à laquelle il sera mis un terme au commerce d’État du cannabis dans le pays.

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Extrait d’un compte rendu de visite pour l’achat du monopole du tabac et du kif au Maroc par un délégué de la Banque de Paris et des Pays-Bas. (Avec l’aimable autorisation de M. Yann Bisiou / Archives Paribas)

Destinés à la consommation locale, le kif et le tabac sont alors transformés à Tanger, où la Régie a son siège. Les terres allouées à la culture du tabac et du cannabis sont contrôlées par la Régie, qui établit des contrats avec les paysans locaux, garantissant prix, qualités, quantités et méthodes de transformation. « La régie du cannabis, qu’on appelle le kif au Maroc, relève d’un processus directement lié à la colonisation du pays », explique Yann Bisiou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université Paul-Valéry Montpellier 3. « La culture traditionnelle du kif devient, au moment de la colonisation, un enjeu politique et économique car elle est la deuxième recette des budgets coloniaux après les droits d’importation. Les différentes puissances européennes vont donc se battre autour du contrôle de l’Europe sur cette ressource. À la fois par intérêt économique, mais aussi par intérêt politique et stratégique : en contrôlant le monopole du cannabis, on contrôle de fait l’État », surenchérit le maître de conférences. 

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De 1912 à 1954, l’enjeu pour l’État français est aussi de faire la promotion du tabac français contre le cannabis. Les colons français n’imaginent pas, à cette époque, vendre autre chose que du tabac. Les agents des douanes surveillent alors les lieux de culture jusqu’à la récolte, écrit Yann Bisiou dans Histoire des politiques criminelles : le cas des régies françaises des stupéfiants. À en croire un rapport d’étude pour la Banque de Paris et des Pays-Bas, il semble que même les moineaux soient soumis à la vigilance des exploitants. L’auteur du rapport écrit ainsi que « vers le mois de mai, au moment où le kif fait son épi, il faut en chasser les moineaux qui en sont très friands. Après la récolte, les cultivateurs ont l’obligation de vendre l’intégralité de leur récolte à l’administration, à un prix fixé par elle unilatéralement ».

 
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