Tribune et Débats

Partenariat maroco-israélien : un mariage stratégique

La reprise des relations entre le Royaume du Maroc et l’Etat hébreux commence déjà à apporter ses premiers fruits. Ce partenariat ne profiterait pas seulement à ces deux parties, mais également -et c’est très important de le prophétiser- aux régions avoisinantes : Méditerranée, Afrique ou encore Moyen-Orient. 


Héritage de liens séculaires ancrés entre le Maroc et Israël, les deux pays frères et amis, devraient, cette fois-ci, réfléchir à la mise en place d’une feuille de route -non pas immédiate et ponctuelle- mais plutôt étalée sur le long terme. Pays amis, compte tenu qu’ils se sont toujours entraidés… 

Pays frères, dans la mesure où la communauté juive avait marqué sa présence sur le territoire marocain depuis le IIe siècle av. J.-C. et où actuellement plus de 800.000 marocains vivent dans l’Etat hébreux (constituant ainsi l’une des plus grandes communautés vivant en Israël).  Dans son ouvrage paru en décembre 2003, intitulé « La Méditerranée des Juifs-Exodes et enracinements », l’auteur Simon Lévy écrit que les juifs sont « naturellement membres de la nation marocaine, gérant leur vie religieuse librement, votant, étant élus, officiers, juges, ministres, conseillers du Roi ou militants d’opposition, respectés par tous, qu’ils vont abandonner peu à peu ou par vagues leur terre natale emmenant avec eux des morceaux de civilisation marocaine aux quatre coins du monde ». 

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Ce qui explique, de manière très perceptible, la grande confiance que le Royaume accorde aux ressortissants marocains de confession juive, non pas certes dans une période de règne bien déterminée, mais depuis très longue date. Que ce soit André Azoulay, conseiller de S.M le Roi Mohammed VI, Serge Berdugo, nommé par Feu S.M. le Roi Hassan II ministre du Tourisme ou encore Léon Benzaquen, nommé par Feu S.M. le Roi Mohammed VI ministre des PTT, les augustes sultans marocains se sont toujours entourés de hautes personnalités nationales de confession juive.  Ainsi et en nombre, la présence de juifs marocains dans le pays ou à travers le monde est fortement significative. À noter, qu’en 1948, 268.000 juifs vivaient au Royaume, contre à peine 140.000 en Algérie et 110.000 en Tunisie.  Aujourd’hui, les juifs marocains constituent la plus grande communauté juive du monde arabe, sans omettre de souligner la forte implication de juifs marocains, dans les cinq continents, dans la création d’associations et de lieux de rencontre, visant à promouvoir une réelle culture judéo-marocaine. 

Il n’en demeure pas moins non plus les nombreuses chaires qui s’intéressent à étudier en profondeur toute cette richesse existante dans ce mariage réussi de cultures et de confessions. 

S.M. le Roi : précurseur du dialogue interreligieux

Dans son discours prononcé le 30 mars 2019, à l’occasion de la visite du pape François, S.M. le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, a bel et bien souligné que la réponse face au radicalisme n’est ni militaire ni éducationnelle, mais plutôt basée sur la paix entre les trois religions abrahamiques. 

Ci-après, un Extrait de ladite Allocution : « Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine ….. En tant que Commandeur des Croyants, Je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et Je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».  Un message très fort et largement significatif prononcé par la très Haute Autorité du pays, qui démontre à la communauté internationale, avec un langage simple, direct et transparent, que le Royaume du Maroc, avec son grand cœur, est constamment engagé dans la sensibilisation de tous les pays à poursuivre le dialogue entre les civilisations, à s’ouvrir aux communications culturelles et à promouvoir une paix interreligieuse.  L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent, dont devraient s’en imprégner tous les pays. 

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Pourtant, combien d’États, complètement désintéressés par le sort de leurs populations, ne cherchent nullement à accepter une telle réalité.  Au lieu de se pencher sur les réformes économiques prioritaires pour libérer son pays de sa dépendance aux hydrocarbures – industrie qui se retrouve elle-même en pleine crise, avec un cours du pétrole subissant une forte chute – ou encore de lancer des chantiers visant à améliorer les perspectives de la jeunesse algérienne, Tebboune vient encourager la promulgation d’une loi incriminant la normalisation entre l’Algérie et Israël !  Et ce septuagénaire ne s’arrête pas là pour critiquer, à haute voix, la reprise des relations maroco-israéliennes.  Ce qui démontre, une fois de plus, toute cette jalousie et toute cette peur qui le hantent, de se retrouver devant un Royaume du Maroc fort économiquement, militairement et stratégiquement. 

Pourtant son prédécesseur ou identique (aussi vieillard, avec une santé fragile : principaux critères dans le choix des présidents algériens) comme diraient certains, aurait, au moins eu le courage de reconnaître le rôle important joué par les juifs, en prononçant, quelques mois après son accession au pouvoir en juillet 1999, dans l’un de ses discours à Constantine, que « Les habitants juifs de la ville ont, pour leur part, joué un rôle positif dans la préservation de patrimoine commun : coutumes, vêtements, art culinaire et vie artistique, dit-il. C’est ainsi que Constantine donna naissance à de grands musiciens et chanteurs juifs dans le domaine de la musique classique algérienne ». 

Tout ça n’est que de la pure hypocrisie ! D’ailleurs, l’Algérie se retrouve aux côtés de l’Etat hébraïque dans plusieurs enceintes internationales, pour ne citer que la Banque des Règlements Internationaux où la présence n’est que facultative et non pas nécessaire.

La nomination du Dr David Guvrin n’est pas un hasard

L’Etat hébreux n’a pas hésité à dépêcher au Royaume du Maroc un Ambassadeur, digne de ce nom, qui propulserait les relations maroco-israéliennes.  Fils de diplomate et ayant fait ses preuves au Caire, en qualité d’Ambassadeur, ses sorties médiatiques en disent tout. Il est là pour dynamiser ce partenariat et faire non pas réussir ce mariage, mais lui permettre «d’enfanter» des projets stratégiques. Certes, la volonté commune du Royaume du Maroc et d’Israël, visant à développer leur coopération sur tous les plans, est indiscutable mais l’intérêt d’avoir un Ambassadeur, digne de ce nom, qui jouerait un rôle propulseur, est aussi important. 

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Aujourd’hui, il serait fort opportun de bien ficeler, juridiquement, toutes les conventions et accords de partenariat qui seraient conclus à l’avenir, pour éviter toute rupture et/ou toute séparation, à l’exemple de ce qui s’était produit il y a, de cela, plus de vingt ans. Dans une autre perspective, connaître l’histoire et la culture juives est important pour les jeunes marocains. Ce qui permettrait de renforcer les liens déjà existants entre les deux pays amis et frères. A ce titre, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas manqué d’inscrire dans le programme pédagogique primaire, un cours qui puisse intégrer cette thématique. 

Des initiatives, bien que paraissant peu significatives, en disent beaucoup ! Et c’est ainsi, que pourraient perdurer des liens basés sur le long terme et permettre d’apprécier toutes les richesses judéo-musulmane et maroco-israélienne.  Serait-il aussi, fort opportun, d’envisager l’ouverture d’un Musée africain, à installer à Rabat et qui serait dédié à l’histoire des juifs de l’Afrique, à l’exemple du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme qui est installé dans le prestigieux cadre de l’hôtel de Saint-Aignan, au cœur du Marais à Paris. 

Par Mehdi Hijaoui, expert en sécurité, défense et stratégie

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