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Défense et renseignement. Les drones, nouvelle arme des états : le Maroc se distingue

Etymologiquement, le terme « drone » est un mot anglais qui avait été utilisé dans les années trente, en Grande Bretagne, pour désigner une version automatisée d’un appareil, le De Havilland DH.892 Tiger Moth. Depuis cette date, cet aéronef a connu une énorme révolution technologique, lui prévalant de devenir un appareil multi-usage, avec d’incommensurables capacités, rares et uniques.


Engins volants aux caractéristiques très diverses, qualifiés d’aéronefs sans pilote embarqué, nécessitant un pilote au sol ou complètement autonome, les drones deviennent un besoin incontournable, que les pays doivent, indéniablement, inclure, parmi le matériel nécessaire, dans leurs budgets annuels. Pour des fins militaires, sécuritaires, personnelles ou encore professionnelles, les Etats ont vite pris conscience des risques de prolifération des drones armés, qualifiés, parfois, d’espions, de missiles du pauvre ou encore de mini-avions des criminels, particulièrement terroristes.

Au Maroc, il n’existe pas de réglementation spécifique à l’utilisation de ce type d’appareils dans l’espace aérien. Toutefois, l’importation de drones requiert, inéluctablement, l’obtention préalable d’une licence, conformément aux dispositions de l’arrêté n°386-15 du 6 février 2015. Ceci n’excluant pas non plus un contrôle régulier par les autorités compétentes, quant à leur exploitation, en vue de contrecarrer tout éventuel risque lié à la sécurité, à la défense ou encore au respect de la vie privée.

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Utilisés, en pleine crise de COVID-19, par les pays pour disperser les rassemblements ne respectant pas la distanciation ou pour mener des opérations de pulvérisation de produits sanitaires désinfectants, servis également pour des prises de photos par les médias, notamment, audio-visuels ou encore manipulés par les forces de sécurité et de défense, pour contrôler ses frontières terrestres, maritimes et aériennes, leur grande utilité n’a plus besoin d’être ni légitimée, ni démontrée.

Les FAR, équipées d’une armada de drones, dernière génération

Grâce à la vision agile et éclairée de S.M. le Roi Mohammed VI Chef suprême et Chef d’Etat-Major général des FAR, le Royaume se dote d’un nombre important de drones, en vue de protéger son territoire, en renforçant, de manière très significative, ses capacités de surveillance et d’attaque.

Effectivement, notre Auguste Souverain, n’a pas manqué, d’adresser, en date du 14 mai 2021, à l’occasion du 65è anniversaire de la création des FAR, un Ordre du jour aux Officiers, Sous-officiers et Militaires du rang, dans lequel il souligne que « Les mutations rapides que connaissent aujourd’hui les sciences et les technologies de sécurité et de défense, doivent inciter nos jeunes compétences militaires à les accompagner, et les mettre à profit dans des programmes nationaux de recherche exclusifs, permettant de concevoir des solutions innovantes dans les domaines de la transformation numérique et des technologies de l’information et de la communication, de commandement et de contrôle, et ce afin d’augmenter le degré de préparation de notre Armée et de soutenir ses capacités de combat sur le terrain. »

Aujourd’hui, les FAR sont armés d’un nombre conséquent de drones qui leur permet d’être à la pointe des technologies les plus innovantes et d’inscrire leurs stratégies de sécurité et de défense parmi les plus efficientes et intelligences sur le plan international. Aussi, la DGSN, sous la direction de son Directeur général, Abdellatif Hammouchi, n’a pas manqué de s’outiller de cette innovante technologie.

Renseignement, Drones et Radars

Les Agences de renseignement sont, communément, reconnus pour leurs interventions, dans une totale discrétion, évitant ainsi d’être pris dans le radar. C’est ainsi que certains modèles de drones, de très petite taille, multifonctions (écoute, prise de photos, etc.), avec une surface équivalente radar (SER) extrêmement faible, leur servent, comme moyens d’appui, dans la conduite de leurs opérations, ce qui leur facilite l’exercice de leurs fonctions et par ricochet, la préservation des intérêts suprêmes de la Nation. Ces engins ne sont, généralement, point identifiés par les radars car la détection des cibles, à très faible SER (Surface Équivalente Radar, ndlr) , reste très réduite ou pourrait parfois repérer, parallèlement, des choses d’aucun intérêt, telles que, notamment, les nuages de poussière ou d’insectes.

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Car in fine, plus le radar détecte de choses, plus il est extrêmement difficile de faire le bon tri et de prioriser les pistes d’enquête et d’analyse. Toutefois, est-il fort important de préciser que des techniques, autres que les radars, comme les systèmes optroniques ou encore la détection radiofréquence, arrivent à repérer les drones. D’où l’importance pour tout service de renseignement d’observer un degré de vigilance très élevé, de faire le bon choix du radar à utiliser dans un moment déterminé et une zone favorable, de pouvoir établir les fins réglages nécessaires, mais aussi de veiller à faire intervenir des ressources humaines hautement qualifiées, pour permettre une optimisation de l’utilisation des drones.

Une réglementation africaine relative à l’usage des drones s’impose avec acuité

En Afrique, la quasi-totalité des pays ne disposent pas de législations, en matière d’utilisation d’engins aériens, spécifiquement les drones. Ce vide juridique facilite à des individus et/ou des Etats tiers malintentionnés, de voler et de survoler certaines zones sensibles, voire même de mener des opérations d’espionnage ou des actions terroristes, compte tenu que les drones peuvent être équipés de caméras et/ou armés.

D’où l’intérêt de disposer d’une réglementation qui devrait permettre de cadrer l’usage des drones par les particuliers, notamment, pour leurs loisirs (les « dronistes ») ou par des professionnels dans l’exercice de leurs métiers et/ou fonctions dans certains secteurs (médias, agriculture de précision, santé, prospection minière, ouvrages d’art, etc.) ou encore par des sécuritaires et les militaires dans la protection des intérêts suprêmes de la Nation, tout en réprimant, sévèrement, toutes utilisations illégitimes et criminelles, pouvant être faites par des Etats, individus ou groupuscules terroristes. Ce qui devrait inciter l’Union africaine, dans ses prochaines décisions, à produire une réglementation spéciale en la matière.

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Cela permettrait d’une part, d’inciter tout Etat du continent à élaborer son propre arsenal juridique et d’autre part, de l’obliger de simplifier et d’uniformiser les règles pour tous les pays de cette enceinte africaine, à l’exemple de ce qui a été fait par l’Agence européenne de la sécurité aérienne en incitant, depuis le 1 er janvier 2021, tous les pays de l’Union européenne à respecter des dispositions réglementaires relatives à l’utilisation des drones de loisir.

Par Mehdi Hijaouy, expert en sécurité, défense, stratégie et intelligence économique,

 
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