La lecture de la presse internationale permet de cerner la perception d’une réalité apparemment locale, mais en fait débordant les frontières nationales. C’est le cas du mouvement lycéen de protestation en France.
Pour comprendre ce qui se passe en France, le quotidien italien DOMANI n’hésite pas à remonter aux mouvements sociaux antérieurs qu’a connus récemment l’Hexagone, bien avant la révolte actuelle des lycéens, rejoints par les étudiants. Ce quotidien met en avant en particulier la «réforme impopulaire des retraites », imposée par le gouvernement dirigé par Elisabeth Borne qui a eu recours au « 49-3» pour passer outre. Sans oublier la révolte des «gilets jaunes » qui ont dû faire face à la violence policière et à des oreilles politiquement sourdes. S’ensuivit ensuite, la répression des luttes écologiques, notamment contre les méga-bassines, où les militants écologistes pacifiques ont été qualifiés par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, «éco-terroristes».
Peu de temps après, le Président Emmanuel Macron a convoqué des législatives anticipées, ouvrant ainsi la voie au parti d’extrême droite, le Rassemblement National, qui venait d’emporter les élections européennes. Aujourd’hui, président et gouvernement en France répondent au mouvement de protestation des lycéens par la surdité et la répression violente, si ce n’est par la diabolisation de leurs principaux adversaires politiques que représente notamment, La France Insoumise (LFI).
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De l’autre côté de la Manche, au Royaume Uni, The Guardian n’hésite pas à établir un lien avec la mobilisation sociale en Espagne sur la question du logement, après l’expulsion d’une octogénaire d’un appartement social loué. «Et en France, la brutalité de la police risque de pousser les jeunes un peu plus loin vers les extrêmes».
En Allemagne, pour le quotidien Die Tages Zeitung, la révolte lycéenne en France n’est pas une surprise. «L’Etat (en France) rejette toute forme de responsabilité dans l’actuelle crise du système éducatif. Il fait comme s’il ne savait pas que sa politique budgétaire était l’allumette qui avait mis le feu aux poudres. Il est évidemment plus facile de réprimer en masse la mobilisation des jeunes et d’accuser l’opposition de gauche de se rendre complice du chaos que de présenter un budget socialement équitable ».
En Autriche, Der Standard compare E. Macron à d’autres présidents: «En leur temps, des présidents comme Jacques Chirac ou François Miterrand se seraient adressés à la nation dans une allocution télévisée pour apaiser les esprits et présenter de vraies concessions. Il y a aujourd’hui, un grand vide de l’Etat (…) ». En Hongrie, pour Nepszava, les jeunes devraient pouvoir « montrer l’état de leurs établissements et forcer la France à s’attaquer à la pénurie d’enseignants, aux inégalités et à la dégradation de l’enseignement public».
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A Stockholm, le journal Dagens Nyheter fait dialoguer l’ancienne et la nouvelle génération. Un jeune sur une barricade, à Paris, pose la question à un passant octogénaire : « Vous pensez quoi, ça vous rend triste ?». Le vieil homme répond : «Ce qui me rend triste, c’est de voir que ce gouvernement a laissé perdurer cette situation. Miterrand avait revalorisé le salaire minimal dans les années 1980, mais, depuis, il ne s’est pas passé grand-chose. Aujourd’hui, ce qu’il faut, c’est réduire les inégalités ».
En outre Atlantique, aux Etats Unis d’Amérique, même son de cloche. En effet, The Nation n’hésite pas à souligner l’état de délabrement du système d’éducation en France : « les salles de classe sont bondées et l’enseignement de plus en plus confié à des professeurs remplaçants. Derrière la promesse républicaine de « Liberté, Egalité, Fraternité », gravée en façade de toutes les écoles publiques de France, on trouve des bâtiments délabrés, des installations vétustes, des bibliothèques mal approvisionnées, des ordinateurs en fin de vie, quand il y en a, et du personnel (infirmiers, conseillers) en sous-effectif chronique ».
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Même le quotidien conservateur allemand, Frankfurter Allgemeine Zeitung évoque les conditions catastrophiques dans la plupart des écoles publiques, comme principale cause du mécontentement aussi bien des élèves que de leurs parents et des enseignants. «On sait depuis des années, que les élèves des banlieues partent avec un handicap, et que le système scolaire en général est dans un état lamentable». Pendant ce temps, Macron et ses fidèles préfèrent voir ailleurs.
France : la révolte des lycéens est une voix portant au-delà de l’Hexagone
La révolte des lycéens rejoints par les étudiants, les enseignants, et même les parents d’élèves, est l’expression d’un malaise plus profond qui dépasse les frontières de l’Hexagone. C’est un mouvement à observer et une voix à écouter bien attentivement, en ces temps d’égarement de nombreux Etats dans le monde.
Est-ce un nouveau « mai 1968 » ? En fait, à chaque époque la jeunesse s’exprime, se révolte, conteste, cherche à faire entendre sa voix (…), certes de manière souvent différente, mais pour des raisons quasi-identiques, face à la dégradation des conditions sociales et aux restrictions des libertés. La période récente a été marquée notamment, par des décisions et des pratiques de confinement lors de la pandémie du Covid. Ces pratiques étatiques ont profondément marqué les populations en restreignant la liberté de mouvement/déplacement physique des individus, presque partout dans le monde. « La liberté a été coincée entre santé et autorité ». Puis, au lendemain de cette pandémie, la Russie a envahi l’Ukraine. L’Europe, habituée à observer les conflits armés sur d’autres continents (à l’exception des guerres dans l’ex-Yougoslavie), va connaitre une guerre qui dure depuis plus de quatre ans. Et pas loin, au Proche Orient, une guerre coloniale et génocidaire menée impunément par Israël, vient rappeler à l’humanité que le rêve onusien de la paix peut céder la place à de nouveaux cauchemars, à défaut de mise en place effective d’une nouvelle gouvernance mondiale, en vue de mettre fin à la logique de puissance et de rapports de force, et surtout pour faire respecter une justice internationale par tous les Etats, sans aucune exception.
A travers leur révolte, lycéens et étudiants, en France, revendiquent le droit à un système d’éducation et de formation, dans des conditions garantissant l’égalité, la liberté et le respect de la dignité humaine. C’est aussi le cas en Espagne où la question du logement a permis de révéler les conditions sociales misérables des personnes âgées. En fait, partout la jeunesse témoigne d’un refus de l’indifférence face à l’injustice, qu’elle soit sociale ou autre. Aujourd’hui, dans un contexte de crise de la mondialisation, la révolte des jeunes n’a plus de frontières. Elle exprime une nouvelle réalité où le local et le global deviennent indissociables. Crise climatique générant de plus en plus de catastrophes dites naturelles, chômage et croissance des inégalités sociales, au moment où les richesses se concentrent de plus en plus entre les mains d’une minorité, pauvreté, et surtout multiplication des conflits armés (…), imposent aux nouvelles forces émergentes partageant des valeurs démocratiques et universelles, d’innover dans les modes de résistance et de coordination des luttes, appelées à devenir nécessairement transfrontalières, sur la base de valeurs et principes solidaires, où le genre humain est appelé à devenir l’unique référentiel mondialement partagé. Cette évolution devrait permettre la construction de convergences pour faire échec à une remilitarisation du monde et aux tendances dites illibérales, en fait nouveau visage, à peine caché, du néonazisme et du néofascisme, et aux tendances ouvertement néocoloniales et décomplexées, comme celle d’un Trump revendiquant la reconquête du Panama, voire de toute l’Amérique Latine, du Groenland, et autres régions riches en matières premières stratégiques. C’est même le cas d’un E. Musk, nouveau « Christophe Colomb de l’espace ». Les cris de révolte des jeunes dans tous les continents sont la preuve concrète que l’aspiration à la justice et à la liberté demeure un souffle permanent qui nourrit le présent pour un avenir de justice et de paix.