Le 91e Mondial de l’Automobile de Paris, qui a ouvert ses portes le 12 octobre courant, dépasse cette année le simple cadre d’un salon automobile. Dans un marché européen en perte de vitesse et confronté à une concurrence chinoise de plus en plus agressive, l’événement prend des allures de démonstration de force industrielle. Plus de 60 marques sont réunies à Paris, dont près de 25 chinoises, tandis que 64 nouveaux modèles y sont présentés jusqu’au 18 octobre. Challenge a fait le déplacement.
Pour les constructeurs européens, l’enjeu est considérable. Plus de six ans après la crise du covid-19, le marché automobile européen n’a toujours pas retrouvé ses niveaux d’avant-pandémie. Dans le même temps, la transition vers l’électrique avance moins rapidement qu’espérée, tandis que les marques chinoises continuent de gagner du terrain. Mieux, elles représentent actuellement environ 10 % des ventes de véhicules en Europe et occupent plus d’un tiers des espaces d’exposition du salon automobile parisien. La visite d’Emmanuel Macron a donné le ton de cette édition 2026. Dès son arrivée, le président français a annoncé un accord imminent entre la France et l’Allemagne visant à mieux protéger l’industrie automobile européenne face à la concurrence asiatique.
L’objectif est notamment de renforcer les exigences de contenu européen dans les véhicules produits et vendus sur le continent, tout en offrant davantage de flexibilité réglementaire aux constructeurs. Le message est clair : la souveraineté industrielle redevient une priorité. Une inquiétude partagée par les pouvoirs publics français. «Notre modèle industriel est confronté à un choc provenant de l’extérieur», a ainsi souligné le ministre chargé de l’Industrie, estimant que toute la filière devait se mobiliser pour répondre à ce défi.
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La Chine concurrente, mais aussi référence
La pression exercée par les constructeurs chinois ne se limite plus à une question de volumes. Elle concerne désormais la compétitivité de l’ensemble de la chaîne de valeur. Comme l’a rappelé François Provost, directeur général de Renault, les groupes européens ne souffrent pas d’un retard technologique. Le véritable écart se situe au niveau des coûts de production. Selon lui, l’écosystème industriel chinois bénéficie d’un avantage compétitif estimé entre 30 et 40 % par rapport à l’Europe. L’enjeu consiste donc à réduire de moitié cet écart, notamment en travaillant plus étroitement avec les fournisseurs et en accélérant l’industrialisation des nouvelles technologies. Cette montée en puissance des constructeurs chinois se traduit également par des ambitions industrielles de plus en plus affirmées. La France figure ainsi parmi les pays susceptibles d’accueillir une future usine du géant chinois BYD, selon les déclarations de sa vice-présidente exécutive, Stella Li.
C’est en définitive une véritable recomposition de l’industrie automobile mondiale qui se dessine. D’un côté, les constructeurs chinois multiplient les offensives commerciales et renforcent leur présence en Europe. De l’autre, les groupes européens accélèrent leur transformation et tentent de préserver leur compétitivité dans un environnement réglementaire et technologique de plus en plus exigeant. Certes, l’automobile européenne entend montrer qu’elle n’a pas dit son dernier mot, mais il reste à transformer cette démonstration de savoir-faire en succès commercial durable, face à des concurrents chinois toujours plus nombreux, plus rapides et plus compétitifs.

Renault Group accélère sa transformation
Renault Group a profité du Mondial pour mettre en avant l’innovation, l’électrification et le renouvellement de ses marques, avec plusieurs nouveautés majeures réparties entre Renault, Dacia et Alpine. Chez la marque au losange, la principale attraction était le concept E-Space, qui réinvente l’esprit du monospace à l’ère de l’électrification et de la connectivité. Même si ce véhicule ne préfigure pas directement un futur modèle de série, il annonce les prochaines orientations stylistiques et technologiques du constructeur. Une partie de son design et de ses technologies devrait ainsi se retrouver sur les prochaines générations des Scénic et Rafale, attendues à l’horizon 2028. Renault a également mis en avant la très attendue Renault Turbo 3E, réinterprétation moderne et électrique de la légendaire Renault 5 Turbo. Avec son design spectaculaire, ses performances annoncées de haut niveau et son positionnement exclusif, elle incarne la volonté du constructeur de faire revivre ses modèles iconiques tout en les projetant dans l’ère de la mobilité électrique. Autre nouveauté importante, le constructeur a dévoilé les tarifs du nouveau Trafic E-Tech, son premier véhicule reposant sur une architecture SDV (Software Defined Vehicle) et doté d’une technologie 800 volts. Disponible à partir de 41 500 euros, il revendique jusqu’à 350 km d’autonomie avec sa batterie de 60 kWh, marquant une nouvelle étape dans l’électrification des utilitaires de la marque.

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Du côté de Dacia, l’offensive sur le marché des véhicules familiaux s’est poursuivie avec le Striker. Ce modèle inédit de 4,62 mètres de long se positionne à mi-chemin entre un break, un SUV et une berline. Disponible avec quatre motorisations, dont des versions micro-hybrides, hybrides et à transmission intégrale, il entend conjuguer polyvalence et accessibilité. La nouvelle Dacia Spring a effectué également son retour avec un style modernisé, davantage de technologie à bord et l’ambition de rester l’une des voitures électriques les plus accessibles du marché. Fidèle à son ADN, la citadine entend démocratiser la mobilité électrique tout en gagnant en caractère et en polyvalence. Enfin, Alpine a créé la surprise en présentant le concept SP1. Inspiré de la mythique A310, ce coupé 2+2 réinterprète les codes historiques de la marque dans une vision résolument moderne. À travers ce concept, Alpine esquisse ce que pourrait être une future grande routière sportive électrique.

Stellantis mise sur ses icônes
Stellantis a marqué le Mondial avec une présence remarquée à travers huit marques et plusieurs nouveautés, mêlant héritage, électrification et concepts d’avenir. Sur le stand de Citroën, la vedette était sans conteste la renaissance de la mythique 2CV. Réinterprétée dans une version 100 % électrique, cette icône populaire promet un prix d’accès inférieur à 15 000 euros. La marque exposait également une version utilitaire de la 2CV, renouant avec l’esprit pratique qui a contribué à son succès pendant des décennies.

Du côté de Fiat, le constructeur italien a dévoilé les nouveaux Grizzly et Grizzly Fastback, deux modèles qui seront produits au Maroc, à l’usine Stellantis de Kénitra. La marque présentait également le Multipla (dénommé pour l’occasion Multiplay), revisité pour répondre aux nouveaux usages de mobilité tout en faisant renaître une appellation emblématique de son histoire. Peugeot a capitalisé sur un mélange de sportivité, d’héritage et de prospective. La marque au lion a notamment attiré les regards avec le concept RCZ Vision, qui réinterprète l’esprit du célèbre coupé RCZ à travers un design futuriste et une motorisation tournée vers l’électrification. Un concept qui donne un aperçu des futures orientations stylistiques de Peugeot et de sa vision du grand tourisme de demain. La marque au lion a également rendu hommage à son glorieux passé sportif avec la 205 Turbo 16, véritable légende du rallye. Sa présence aux côtés de la nouvelle E-208 GTi illustre le lien que Peugeot entend préserver entre son héritage sportif et sa stratégie d’électrification.
Sur le stand Alfa Romeo, les visiteurs pouvaient découvrir le concept Cuorerosso, un engin spectaculaire qui dévoile les contours de l’avenir stylistique et technologique de la marque italienne. Enfin, DS Automobiles mettait en avant le concept DS Fever, illustrant la vision premium et avant-gardiste de la marque française, avec un accent particulier sur le design, l’innovation et l’électrification.
Les autres stars du Mondial
Audi a attiré l’attention avec l’A2 e-tron, une nouvelle compacte électrique pensée pour démocratiser l’accès à la mobilité zéro émission de la marque. La marque aux anneaux exposait également le nouveau Q7, annonçant la prochaine évolution de son grand SUV familial. Du côté de Volkswagen, l’offensive électrique s’est poursuivie avec plusieurs nouveautés majeures. La marque allemande a notamment mis en avant les ID. Polo, ID. Cross et ID.3 Neo, illustrant sa volonté d’étendre sa gamme électrique à tous les segments du marché.
Mercedes-Benz a profité de son retour au salon parisien pour dévoiler le nouveau GLA ainsi que le spectaculaire Mercedes-AMG GT 4 portes EV, un coupé sportif 100 % électrique qui incarne la nouvelle vision de la performance selon la marque à l’étoile. Chez Kia, l’accent a été mis sur l’électrification et le renouvellement de la gamme avec la présence des EV2, Seltos, XCeed et Niro, des modèles destinés à renforcer la position de la marque sur les marchés européen et mondial. Hyundai a présenté en première mondiale le Bayon 2027, un SUV urbain modernisé qui bénéficie d’un design revu et d’une montée en gamme technologique, confirmant les ambitions de la marque coréenne sur le segment des crossovers compacts.
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L’offensive chinoise se poursuit
Le Mondial de l’Automobile 2026 marque une nouvelle étape dans l’offensive des constructeurs chinois sur le marché européen. De nombreuses marques venues de Chine profitent du salon parisien pour présenter leurs dernières innovations, avec une offre largement tournée vers l’électrique, l’hybride rechargeable et les nouvelles technologies embarquées. Parmi les plus attendues, BYD met en avant l’Atto 8, un grand SUV électrique qui se distingue notamment par ses capacités de recharge ultra-rapide. La marque confirme ainsi son ambition de s’imposer comme un acteur majeur de la mobilité électrique en Europe. De son côté, Xpeng présente le G9L, un grand SUV haut de gamme destiné à concurrencer les références européennes du segment. Le constructeur mise sur le confort, la connectivité et les technologies d’aide à la conduite pour séduire une clientèle premium.
Chery, qui accélère son implantation sur le Vieux Continent, expose plusieurs modèles de sa gamme Tiggo, disponibles en versions hybrides et hybrides rechargeables. La marque entend se positionner sur le segment des SUV familiaux avec un rapport prix-équipement attractif. Le constructeur Zeekr est également présent avec son imposant 9X, un SUV premium qui illustre la montée en gamme de l’industrie automobile chinoise. La marque cherche à rivaliser avec les constructeurs européens sur le terrain du luxe et de la technologie. Enfin, Leapmotor (Groupe Stellantis) poursuit son développement international avec la présentation de la B03 et de ses dérivés. Ces modèles compacts et électrifiés témoignent de la volonté de la marque de proposer des véhicules modernes et accessibles au plus grand nombre.


















(*)Crédits photos : David Jérémie, Joris Clerc, Mathieu Peletier et Louis Westerloppe.