Du 20 au 22 octobre, Casablanca accueillera la 3ème édition de LOGITERRE, qui ambitionne de dépasser le cadre traditionnel du salon professionnel pour devenir une plateforme africaine de réflexion et de dialogue sur le transport et la logistique. Mustapha Chaoune, organisateur de l’événement et président de l’Union africaine des organisations des transports et de la logistique (UAOTL), en détaille les enjeux. Compétitivité, digitalisation, décarbonation, connectivité des territoires et intégration continentale seront au cœur des débats. Son ambition : fédérer institutions, entreprises et professionnels pour faire émerger des solutions concrètes et renforcer le rôle du Maroc dans les échanges intra-africains.
Challenge : LOGITERRE revient pour sa 3è édition, du 20 au 22 octobre à Casablanca. Quelle nouvelle dimension souhaitez-vous donner à cette édition 2026, et quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés pour faire de LOGITERRE une véritable plateforme africaine de réflexion et de dialogue sur l’avenir du transport et de la logistique ?
Mustapha Chaoune : La troisième édition de LOGITERRE marque effectivement une nouvelle étape. Notre ambition est de faire évoluer progressivement ce rendez-vous au-delà du concept traditionnel du salon professionnel, pour en faire une véritable plateforme africaine de réflexion, de dialogue et de recherche de solutions aux grandes problématiques du transport et de la logistique sur notre continent.
L’édition 2026 est placée sous le thème : « L’Économie du transport et de la logistique : levier stratégique pour le développement de l’Afrique ». Ce thème n’est pas un simple choix de communication. Il correspond à une réalité fondamentale : aujourd’hui, l’économie d’un pays dépend directement de la performance de ses systèmes de transport et de ses chaînes logistiques. Il n’y a pas de développement des échanges, d’industrialisation, de commerce intra-africain ou d’intégration économique sans des réseaux de transport et de logistique performants, interconnectés et adaptés aux réalités africaines.
C’est précisément sur cette question que nous voulons apporter une contribution. L’Afrique dispose d’un potentiel économique considérable, notamment avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine, mais encore faut-il être en mesure de faire circuler les marchandises, de connecter les territoires, de fluidifier les corridors et de réduire les obstacles qui freinent les échanges entre nos pays.
LOGITERRE 2026 aura donc une dimension institutionnelle et scientifique beaucoup plus affirmée. Nous aurons à nos côtés des acteurs et des institutions majeurs de l’espace africain et arabo-africain, notamment la Commission de l’Union africaine, la ZLECAf, la Ligue des États arabes et l’Union du Maghreb arabe, ainsi que des représentants de nombreux pays africains et des organisations professionnelles du secteur.
Cette convergence institutionnelle est importante, parce que les problématiques du transport et de la logistique ne peuvent pas être traitées uniquement à l’échelle d’une entreprise ou d’un pays. Elles nécessitent un dialogue entre les États, les institutions continentales et régionales, les professionnels et les experts, afin d’identifier ensemble les obstacles et de construire des réponses adaptées.
Nous avons donc accordé une attention particulière au contenu et à la qualité du programme scientifique. En tant que professionnels du secteur, nous voulons que les panels et les discussions partent des réalités du terrain : les difficultés des corridors, la facilitation du transport transfrontalier, la connectivité des territoires, la digitalisation, la transition énergétique, les infrastructures, la compétitivité logistique, la formation des professionnels et, plus largement, les conditions nécessaires à une meilleure intégration des réseaux africains de transport.
Il existe aujourd’hui de nombreux salons et événements consacrés au transport et à la logistique. Notre ambition n’est pas simplement d’en ajouter un autre. Nous voulons donner à LOGITERRE un contenu, une identité et une utilité propres.
Nous voulons que les professionnels puissent y exprimer leurs problématiques, que les institutions puissent entendre ces réalités et que les échanges débouchent sur des pistes de solutions concrètes.
C’est pour nous le véritable sens de cette troisième édition : réunir les compétences, les expériences et les institutions autour d’une même table pour réfléchir aux défis du transport et de la logistique en Afrique et contribuer à faire émerger des solutions africaines aux problématiques africaines.
Notre objectif n’est donc pas seulement de mesurer le succès de LOGITERRE au nombre de visiteurs ou d’exposants. Le véritable succès sera la qualité des débats, la pertinence des propositions formulées et notre capacité collective à faire avancer la réflexion sur l’avenir du transport et de la logistique en Afrique.
Challenge : Le transport et la logistique marocains connaissent de profondes mutations : digitalisation, optimisation des chaînes d’approvisionnement, décarbonation, développement des infrastructures et évolution des solutions de mobilité. Quels sont, selon vous, les principaux enjeux que LOGITERRE 2026 entend mettre sur la table ?
M. C. : Nous sommes à un moment où le secteur connaît une transformation profonde. La première question est celle de la compétitivité logistique. Dans une économie mondiale caractérisée par des tensions géopolitiques, des ruptures de chaînes d’approvisionnement et une forte concurrence entre territoires, la capacité à transporter rapidement, efficacement et à coût maîtrisé devient un enjeu stratégique.
Le deuxième enjeu est celui de la transformation numérique. La digitalisation doit permettre de fluidifier les échanges, de renforcer la traçabilité, de simplifier les procédures et de connecter davantage les différents acteurs de la chaîne logistique.
Il y a également la question de la transition énergétique et de la décarbonation du transport. L’Afrique ne peut pas reproduire certains modèles anciens. Nous devons construire des solutions adaptées à nos réalités économiques, territoriales et énergétiques, en intégrant les nouvelles énergies, l’efficacité énergétique, les infrastructures adaptées et les solutions de mobilité durable.
Enfin, nous devons parler d’infrastructures et de connectivité continentale. Une infrastructure performante n’a de véritable valeur économique que si elle est connectée à des réseaux efficaces et à des corridors permettant la circulation des marchandises entre les territoires. C’est précisément ce débat que LOGITERRE veut porter : comment transformer les réseaux de transport et de logistique en véritables instruments d’intégration et de développement économique de l’Afrique ?
Challenge : Au-delà du salon, LOGITERRE se veut un espace de réflexion et de mise en relation entre professionnels. Quels profils d’acteurs et quels marchés africains souhaitez-vous particulièrement attirer cette année, et quelles opportunités concrètes de coopération espérez-vous faire émerger ?
M. C. : Nous souhaitons que LOGITERRE soit véritablement représentatif de la diversité du continent africain. Nous accordons donc une importance particulière à la participation des pays d’Afrique du Nord, de l’Ouest, du Centre, de l’Est et de l’Afrique australe.
Nous voulons réunir autour de la même table les ministères, les administrations, les autorités portuaires et aéroportuaires, les opérateurs logistiques, les transporteurs, les entreprises technologiques, les acteurs du commerce extérieur, les plateformes numériques, les investisseurs et les organisations professionnelles.
Notre objectif n’est pas simplement de faire venir des délégations africaines à Casablanca. Nous voulons créer les conditions pour qu’elles puissent travailler ensemble.
Les opportunités sont nombreuses : développement des corridors africains, transport routier et multimodal, logistique portuaire, digitalisation du commerce extérieur, solutions de mobilité, chaînes d’approvisionnement, entreposage, transit, commerce électronique, formation et transfert de compétences.
La ZLECAf crée progressivement un marché continental considérable. Mais pour que cet espace commercial devienne une réalité économique quotidienne, il faut des infrastructures, des corridors efficaces, des procédures simplifiées et des opérateurs capables de travailler ensemble.
LOGITERRE veut contribuer à cette mise en réseau des compétences, des entreprises et des territoires africains.
Challenge : Le Maroc ambitionne de renforcer son rôle de plateforme logistique entre l’Europe et l’Afrique. Quelle place les entreprises marocaines du transport et de la logistique peuvent-elles prendre dans cette dynamique continentale, et quels leviers faut-il encore activer pour accélérer leur développement ?
M. C. : Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts considérables : sa position géographique, ses infrastructures, ses plateformes portuaires, son expérience dans les échanges internationaux et surtout son ouverture stratégique vers l’Afrique.
Mais nous devons franchir une nouvelle étape. Le Maroc ne doit pas seulement être une plateforme entre l’Europe et l’Afrique. Il doit également renforcer son rôle de plateforme au service des échanges intra-africains.
Les entreprises marocaines du transport et de la logistique ont une véritable carte à jouer. Elles disposent d’une expérience, d’un savoir-faire et d’une proximité avec de nombreux marchés africains. Elles peuvent accompagner le développement des chaînes logistiques africaines et contribuer à la création de corridors plus performants.
Pour cela, plusieurs leviers doivent être activés : l’accompagnement des entreprises dans leur internationalisation, l’accès au financement, la digitalisation, la formation, la simplification des procédures, l’amélioration de l’interopérabilité entre les systèmes et surtout le développement de partenariats avec les opérateurs africains.
Il faut également encourager davantage les alliances entre entreprises marocaines et africaines.
La vocation de LOGITERRE est justement de créer cet espace de rencontre. Nous voulons que Casablanca soit non seulement un lieu où l’on parle de l’Afrique, mais aussi un lieu où des Africains construisent ensemble des solutions pour l’Afrique.
Challenge : Vous présidez également l’Union africaine des organisations des transports et de la logistique (UAOTL). Quelle est aujourd’hui la vocation de cette organisation, quels sont ses principaux chantiers et comment compte-t-elle contribuer à une meilleure intégration des réseaux africains de transport et de logistique ?
M. C. : L’UAOTL est née d’une conviction simple : l’intégration africaine ne peut pas devenir une réalité économique sans une véritable intégration des systèmes de transport et de logistique.
L’Union africaine des organisations des transports et de la logistique est une organisation panafricaine qui rassemble des organisations professionnelles et des acteurs du transport et de la logistique à travers les différentes régions du continent. Sa vocation est de faire entendre la voix du secteur, de favoriser le dialogue entre les professionnels et les institutions et de contribuer à la construction de solutions africaines.
Nos chantiers portent notamment sur la connectivité des territoires, les corridors de transport, la facilitation des échanges, le transport routier et multimodal, la logistique, la transformation numérique, la transition énergétique et le renforcement des capacités des professionnels africains.
Nous voulons également renforcer les passerelles entre les organisations professionnelles et les institutions continentales, notamment autour des objectifs de l’Agenda 2063 et de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Notre conviction est que l’Afrique ne pourra pleinement tirer profit de son marché continental si elle continue à rencontrer des obstacles importants dans la circulation des personnes et des marchandises.
C’est pourquoi nous défendons une approche fondée sur la connectivité, la coopération et la complémentarité des réseaux africains.
À travers l’UAOTL, notre ambition est de contribuer à faire du transport et de la logistique non plus simplement des secteurs d’accompagnement de l’économie, mais de véritables leviers de souveraineté, d’intégration régionale et de développement continental.
Et c’est précisément le message que nous voulons porter à travers LOGITERRE 2026 : connecter les territoires, faciliter les échanges et accélérer le développement de l’Afrique.