
Par Prof. Dr med. El Yazid Mouhsine, président de l’Alliance Suisse–Maroc
L’image de Fatima Ezzahra El Mansouri reçue par le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, restera associée à une date historique. Ce 29 septembre, elle est devenue la première femme nommée à la tête du gouvernement marocain, après que le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre. Le parti a remporté 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants.
Dans une tribune publiée avant le scrutin, j’évoquais cette possibilité comme une étape majeure pour notre pays. Elle appartient désormais à la réalité. Il convient d’en mesurer la portée avec fierté, mais aussi avec lucidité : une nomination ouvre une voie ; le travail à accomplir lui donnera tout son sens.
La scène de sa réception dit quelque chose du Maroc d’aujourd’hui. Mme El Mansouri porte une tenue traditionnelle, simple et digne. Ses cheveux sont découverts ; elle ne porte ni voile ni couvre-chef. Elle se tient devant le Souverain avec respect, sans effacer sa personnalité ni son assurance. Son apparence ne résume évidemment ni ses convictions ni ses compétences. Elle montre cependant qu’une femme peut représenter pleinement son pays, dans sa culture et ses traditions, tout en se présentant telle qu’elle choisit d’être.
Cette image mérite d’être regardée aussi bien en Europe que dans le monde arabe et musulman. L’accès d’une femme aux plus hautes responsabilités gouvernementales n’exige pas du Maroc qu’il renonce à son histoire, à sa culture ou à ses références religieuses. Il exprime la confiance qu’un pays peut placer dans les capacités d’une personne. Nos traditions et notre attachement à la Charia musulmane ne sauraient servir de prétexte pour réduire une femme à sa tenue ou pour douter, avant même qu’elle ait agi, de son aptitude à gouverner.
Ce respect des racines peut aller de pair avec une autorité politique entière. Mme El Mansouri devra défendre ses choix devant ses pairs, femmes et hommes, au Maroc comme à l’étranger. Elle aura à écouter, à négocier, à arbitrer et, lorsque les intérêts du pays l’exigent, à tenir une position ferme. L’assurance que suggère cette première image devra se traduire dans l’exercice quotidien de sa fonction.
La responsabilité est considérable. Le PAM est arrivé en tête, mais ses 97 sièges ne lui donnent pas, à eux seuls, une majorité. Mme El Mansouri est chargée de former un gouvernement et de rassembler les forces nécessaires pour agir. Les Marocains attendront ensuite des réponses concrètes sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation, la santé, le logement et les écarts entre territoires. Le taux de participation de 38,02 % rappelle combien il est nécessaire de retisser la confiance entre les citoyens et leurs représentants.
Je pense également à la personne derrière la fonction. Diriger un gouvernement demande du temps, de la disponibilité, de l’endurance et la capacité de supporter des critiques parfois injustes. Une vie publique ne fait pas disparaître les liens d’épouse, de mère, de proche ou d’amie que tant de femmes continuent d’entretenir tout en assumant de lourdes responsabilités. Ces liens ne doivent être ni des obstacles qu’on leur reproche, ni des qualités qu’on exige d’elles pour les juger aptes à gouverner. Ils rappellent simplement qu’une responsable politique demeure une personne, avec des êtres chers et le besoin d’un entourage sincère.
Mme El Mansouri ne devrait pas porter seule le poids symbolique de toutes les Marocaines. Sa nomination peut ouvrir des perspectives aux jeunes filles et encourager les partis à confier davantage de responsabilités aux femmes. Mais elle doit pouvoir être appréciée, comme tout chef de gouvernement, sur la qualité de son équipe, de ses décisions et de ses résultats. L’égalité progressera vraiment lorsque la compétence d’une femme à ce niveau ne sera plus considérée comme une exception.
Pour notre pays, l’enjeu est clair : le travail, la patrie et le Roi. La fidélité à ces principes se démontre par le service rendu aux citoyens, par la protection de l’intérêt national et par une action gouvernementale sérieuse. Une image historique peut inspirer ; une politique juste et efficace peut durablement changer des vies.
Je souhaite à Mme Fatima Ezzahra El Mansouri plein succès dans la mission qui lui est confiée. Qu’elle puisse travailler avec sérénité, s’entourer librement de personnes compétentes et trouver la force de répondre aux attentes du peuple marocain. Sa réussite serait celle d’une femme, d’un gouvernement et d’un Maroc assez confiant pour faire avancer ses institutions tout en restant fidèle à lui-même.
Sources factuelles : ministère de l’Intérieur du Maroc, résultats définitifs du scrutin du 23 septembre 2026 (maroc.ma) ; Reuters, nomination du 29 septembre 2026. Analyse et opinions de l’auteur.