Ports de dimension internationale, autoroutes, lignes ferroviaires, plateformes multimodales et nouvelles zones d’activité : le Maroc poursuit la transformation de son appareil logistique pour accompagner l’industrialisation, accélérer les échanges et renforcer son attractivité. De Tanger Med à Nador West Med, en passant par les grands corridors routiers et ferroviaires, le Royaume cherche désormais à dépasser la logique des infrastructures isolées pour bâtir un système intégré, capable de rapprocher les bassins de production des marchés internationaux. Un chantier stratégique dont la réussite se mesurera autant à la performance des grands équipements qu’à leur capacité à irriguer l’ensemble du territoire.
C’est dans ce contexte de transformation des infrastructures et de recomposition des chaînes d’approvisionnement que Casablanca accueillera, du 20 au 22 octobre 2026, la troisième édition du Forum-Salon international de la mobilité, du transport et de la logistique LOGITERRE. Organisé autour du thème « L’économie du transport et de la logistique : un levier stratégique pour le développement de l’Afrique », ce rendez-vous entend placer au centre des débats les infrastructures, la connectivité des marchés et les conditions d’une intégration économique plus poussée du continent.
L’ambition dépasse le seul échange d’expertises entre professionnels. Alors que la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre des perspectives de développement des échanges intra-africains, la performance des réseaux de transport et la qualité des services logistiques restent déterminantes pour transformer cette promesse commerciale en réalité économique. Corridors insuffisamment connectés, coûts de transport élevés, formalités douanières, ruptures de charge et accès inégal aux infrastructures continuent de peser sur la circulation des marchandises. Autant de contraintes qui rappellent que l’intégration commerciale ne peut progresser sans une amélioration concomitante des systèmes logistiques.
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Organisée par l’Union africaine des organisations de transport et de logistique (UAOTL), en partenariat avec la Fédération nationale du transport multimodal (FNTM) et l’Association marocaine du transport routier international (AMTRI Maroc), la manifestation bénéficie du concours de plusieurs institutions nationales et continentales, dont le ministère du Transport et de la Logistique, le Conseil de la région Casablanca-Settat, le Centre africain de formation et de recherche administratives pour le développement (CAFRAD) et le Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine (ECOSOCC), sous la supervision du ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration.
Les organisateurs attendent des participants issus de plus de 44 pays africains, ainsi que des délégations et partenaires internationaux. Responsables gouvernementaux, représentants d’organisations continentales, autorités portuaires et ferroviaires, professionnels du transport, transitaires, investisseurs, institutions financières et chercheurs doivent prendre part aux échanges.
En parallèle, le salon doit accueillir des espaces d’exposition, des rencontres d’affaires entre entreprises et institutions (B2B et B2G) ainsi que des présentations de solutions technologiques. L’objectif est de favoriser les investissements, le transfert de compétences et la conclusion de partenariats, notamment dans le cadre de la coopération Sud-Sud et triangulaire.
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Pour le Maroc, LOGITERRE constitue une occasion de valoriser l’expérience acquise dans le développement des infrastructures portuaires, routières et ferroviaires, tout en renforçant les échanges avec les opérateurs du continent. Le positionnement du Royaume, à l’interface entre l’Europe et l’Afrique, lui confère une place particulière dans les réflexions sur les chaînes d’approvisionnement et la connexion des marchés. Encore faut-il que cette position géographique s’accompagne de services compétitifs, de corridors performants et de partenariats capables de faciliter concrètement la circulation des marchandises.
Ports, routes, rail : les infrastructures au cœur de la compétitivité
Il faut dire que dans la compétition que se livrent les économies pour attirer les investissements industriels et conquérir de nouveaux marchés, les infrastructures de transport et de logistique ne constituent plus un simple équipement d’accompagnement. Elles sont devenues un facteur déterminant de localisation des activités, de maîtrise des délais et de compétitivité des exportations. Pour un industriel, la proximité d’un port, la fiabilité d’une liaison ferroviaire ou la qualité d’un réseau routier peuvent peser autant que le coût de la main-d’œuvre ou les conditions de financement. À mesure que les chaînes d’approvisionnement se recomposent, la capacité à déplacer rapidement les marchandises devient un avantage économique à part entière.
Le Maroc l’a compris depuis plusieurs années. Situé au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et des grandes routes maritimes internationales, le Royaume a engagé une transformation profonde de ses infrastructures, en faisant de la connectivité un levier de développement industriel et commercial. La stratégie repose sur plusieurs composantes complémentaires : renforcer les capacités portuaires, améliorer les liaisons terrestres, développer le transport ferroviaire, aménager des espaces logistiques adaptés aux entreprises et consolider les connexions entre les grands pôles économiques.
Cette politique accompagne une mutation de l’économie nationale. L’automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie, le textile et les activités liées au commerce international dépendent de chaînes d’approvisionnement de plus en plus exigeantes. Les entreprises doivent recevoir leurs intrants dans des délais maîtrisés, organiser leurs expéditions avec précision et respecter les calendriers imposés par leurs clients. Dans ce contexte, une rupture de charge mal organisée, un engorgement portuaire ou une liaison terrestre insuffisamment performante peuvent rapidement se répercuter sur l’ensemble d’un processus industriel.
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L’enjeu dépasse donc la seule construction de nouveaux équipements. Il consiste à faire fonctionner les infrastructures en réseau, en articulant les ports, les autoroutes, le rail, les zones industrielles et les plateformes de stockage. Autrement dit, transformer la position géographique du Maroc en un avantage opérationnel concret pour les entreprises.
Tanger Med, vitrine d’une ambition internationale
Le complexe portuaire de Tanger Med illustre cette évolution. Implanté sur le détroit de Gibraltar, à proximité immédiate des grandes routes maritimes reliant l’Asie, l’Europe, l’Afrique et les Amériques, il a profondément modifié la place du Maroc dans les circuits internationaux du commerce. Sa performance repose sur une combinaison d’atouts : des terminaux à conteneurs de grande capacité, des liaisons maritimes nombreuses, une offre de services logistiques, des zones industrielles et une connexion aux principaux axes de circulation du nord du pays.
Le port ne se limite pas à la manutention des marchandises. Il s’inscrit dans un écosystème économique qui associe transporteurs, transitaires, industriels, prestataires logistiques et opérateurs internationaux. Cette concentration d’activités contribue à rapprocher les lieux de production des points d’embarquement et à réduire les distances opérationnelles entre les entreprises et leurs marchés. Pour les groupes exportateurs, elle permet d’organiser les flux au plus près des impératifs de production et de livraison.
La montée en puissance de Tanger Med est également indissociable du développement industriel de la région. L’implantation de grands constructeurs automobiles et de leurs équipementiers a renforcé les besoins en transport de composants, en stockage et en expédition de véhicules. Les zones industrielles et logistiques du nord du Royaume ont ainsi contribué à structurer un bassin productif tourné vers l’exportation. Le port et l’industrie se renforcent mutuellement : les entreprises bénéficient d’une connectivité internationale, tandis que l’augmentation des volumes industriels nourrit l’activité logistique.
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Cette dynamique a aussi des effets sur les services. L’essor des flux favorise l’installation de prestataires de transport, de distribution et de gestion des marchandises. Il crée des besoins en ingénierie, en maintenance, en systèmes d’information et en compétences spécialisées. La logistique devient alors un secteur économique à part entière, et non plus seulement une fonction support de l’industrie.
Nador West Med, nouveau relais de croissance
Dans l’Oriental, le projet Nador West Med prolonge cette ambition. Le futur complexe industrialo-portuaire doit renforcer les capacités maritimes du Royaume et contribuer à l’émergence d’un nouveau pôle économique dans une région dont le potentiel reste à valoriser. Il s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les infrastructures existantes, tout en ouvrant des perspectives de développement industriel et logistique sur la façade méditerranéenne orientale.
Mais l’expérience des grands projets portuaires montre que l’infrastructure ne produit pleinement ses effets que lorsqu’elle s’accompagne d’un environnement économique cohérent. La disponibilité du foncier industriel, la qualité des liaisons routières et ferroviaires, l’accès à l’énergie, les compétences locales et la présence de prestataires spécialisés seront déterminants pour transformer Nador West Med en véritable moteur de développement.
L’enjeu est donc de construire un écosystème autour du port, capable de générer des flux réguliers et de retenir une part significative de la valeur ajoutée sur le territoire. Sans cette articulation, le risque serait de disposer d’un équipement performant sans atteindre tout son potentiel industriel et logistique.
Les corridors terrestres, maillons essentiels de la chaîne
La compétitivité portuaire ne saurait se concevoir indépendamment des infrastructures terrestres. Une marchandise débarquée rapidement mais immobilisée sur les routes ou confrontée à des ruptures de connexion perd une partie de l’avantage procuré par le port. Le transport routier, le rail et les plateformes de transbordement forment ainsi les prolongements indispensables des grands complexes maritimes.
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Le réseau autoroutier joue un rôle majeur dans cette continuité. Il relie les principaux bassins économiques et facilite les échanges entre les zones industrielles, les plateformes de distribution et les ports. Pour les entreprises, la qualité de ces liaisons influe sur les délais de livraison, l’organisation des tournées et la régularité des approvisionnements. Pour les territoires, elle contribue à élargir les zones de chalandise, à faciliter l’accès aux marchés et à renforcer l’attractivité des espaces situés à proximité des grands axes.
L’enjeu ne consiste cependant pas seulement à prolonger les infrastructures existantes. Il faut également veiller à leur capacité, à leur entretien et à leur raccordement aux zones de production. Les accès aux ports, les contournements urbains et les dessertes des zones industrielles peuvent constituer des points de congestion lorsque les flux augmentent plus vite que les équipements. Une politique logistique efficace doit donc prendre en compte l’ensemble du trajet, depuis l’usine ou l’exploitation agricole jusqu’au lieu de livraison ou d’exportation.
Cette approche intégrée est particulièrement importante pour les petites et moyennes entreprises. Les grands groupes disposent souvent de moyens leur permettant d’organiser des chaînes logistiques complexes et de négocier des solutions de transport adaptées. Les entreprises de taille plus modeste sont davantage exposées aux contraintes de distance, aux coûts de collecte et à la disponibilité des services. Pour elles, une meilleure desserte routière peut élargir l’accès aux marchés, à condition que les plateformes de groupage et les services de transport soient également accessibles.
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Le développement des infrastructures terrestres doit ainsi répondre à une double exigence : soutenir les grands corridors du commerce international et améliorer la circulation des marchandises à l’échelle nationale. La compétitivité du Maroc se joue dans ces deux dimensions, qui ne peuvent être dissociées.
Le rail, accélérateur de la mobilité des marchandises
Face à la croissance des échanges et à la concentration des activités industrielles dans certains bassins économiques, le transport ferroviaire apparaît comme un levier de diversification des solutions logistiques. Sa capacité à acheminer des volumes importants sur des distances significatives en fait un complément stratégique de la route, notamment pour les marchandises qui se prêtent à une organisation régulière des flux.
Au Maroc, le réseau ferroviaire constitue un élément structurant de la politique de mobilité et de développement économique. L’Office national des chemins de fer (ONCF) a engagé une nouvelle phase d’investissement destinée à renforcer la capacité du réseau, à améliorer les connexions entre les grandes agglomérations et à développer les services à l’horizon 2030. Si les projets de grande vitesse occupent une place centrale dans cette transformation, la modernisation ferroviaire présente également des enjeux pour le transport de marchandises et la desserte des zones économiques.
Le développement de la ligne à grande vitesse vers Marrakech, dans le cadre du programme ferroviaire associé à l’échéance de 2030, doit notamment s’accompagner d’une réflexion sur l’organisation globale du réseau et la capacité à faire coexister les différents usages. Le transport de voyageurs, les trains de fret et les dessertes locales répondent à des besoins distincts, mais mobilisent une infrastructure commune dont l’exploitation doit être optimisée.
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Pour la logistique, le potentiel du rail réside dans sa capacité à assurer des liaisons régulières entre les sites industriels, les plateformes de regroupement et les installations portuaires. Les flux de conteneurs, de produits industriels et de matières premières peuvent bénéficier de solutions ferroviaires lorsque les volumes, les distances et la fréquence des expéditions justifient ce mode de transport.
« La complémentarité entre les modes constitue ici un enjeu majeur. La route conserve une place centrale pour les enlèvements et les livraisons de proximité, tandis que le rail peut prendre le relais sur des segments où la concentration des volumes rend son utilisation pertinente. Cette combinaison suppose des plateformes de transfert efficaces, une bonne coordination des opérateurs et une planification suffisamment précise pour éviter que les gains réalisés sur un mode ne soient annulés par les ruptures de charge.», selon un opérateur.
Plateformes logistiques : le nouveau maillage du territoire
Les grandes infrastructures constituent la colonne vertébrale du système logistique. Mais leur efficacité dépend également de la présence d’équipements intermédiaires capables de recevoir, de stocker, de regrouper et de redistribuer les marchandises. C’est le rôle des zones logistiques, des entrepôts modernes et des plateformes multimodales, qui se multiplient dans les quatre coins du Royaume et dont le développement représente un enjeu croissant pour l’économie marocaine.
L’évolution des modes de production et de distribution modifie profondément les besoins des entreprises. Les industriels cherchent à sécuriser leurs approvisionnements tout en limitant les stocks immobilisés. Les distributeurs doivent alimenter leurs points de vente selon des calendriers de plus en plus précis. Les acteurs du commerce électronique, eux, sont confrontés à des exigences de préparation des commandes et de livraison qui imposent une organisation différente des flux. Ces transformations nécessitent des espaces adaptés, dotés d’accès performants et situés à proximité des bassins de consommation ou de production.
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La localisation de ces espaces constitue toutefois un arbitrage délicat. Une plateforme trop éloignée des zones de consommation peut générer des coûts supplémentaires de distribution. À l’inverse, une implantation mal connectée aux infrastructures principales risque de créer de nouveaux points de congestion. La planification doit donc intégrer les besoins des entreprises, les perspectives de croissance des territoires, la disponibilité du foncier et la qualité des dessertes.
Le défi est également territorial. La concentration des grands équipements dans les zones économiques les plus dynamiques peut renforcer les écarts entre les régions. Pour éviter cet effet, le développement logistique doit accompagner l’émergence de nouveaux pôles industriels et agricoles, en particulier là où les besoins de stockage, de collecte et d’expédition restent insuffisamment couverts.