Alors que l’industrie aéronautique mondiale fait face à une pénurie croissante de compétences, le Maroc veut transformer sa jeunesse en avantage industriel. Former davantage, combler partiellement les départs à la retraite en Europe, plus particulièrement en France, et faire émerger un vivier exportable de techniciens et d’ingénieurs : la bataille des talents est désormais au cœur de la stratégie du secteur.
La prochaine pénurie de l’aéronautique ne sera peut-être pas celle des ressources financières, ou des commandes, mais celle des talents : des femmes et des hommes capables de les faire fonctionner. En Europe et dans les grands pays aéronautiques, les départs à la retraite d’une génération de techniciens et de cadres techniques coïncident avec un intérêt moins marqué des jeunes pour certains métiers industriels. Cette tension sur les compétences constitue une difficulté pour les grands groupes mondiaux. Pour le Maroc, elle peut devenir une opportunité stratégique.
«Et c’est précisément ce qui rend notre pays stratégique vis-à-vis de nos partenaires étrangers», souligne Hamid Benbrahim El Andaloussi. Le Président de Midparc résume l’ampleur du défi par un chiffre : «rien que pour la maintenance aéronautique, il y a un besoin d’une centaine de techniciens chaque jour !». La formation n’est donc plus seulement un accompagnement de la croissance industrielle. Elle en devient la condition essentielle.
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Faire du Maroc un vivier mondial de talents
Le Maroc dispose d’un vivier démographique qui lui permet d’envisager une stratégie à double dimension : répondre aux besoins croissants de ses propres industriels et former des compétences destinées aux marchés internationaux. «Nous avons une chance historique de former des talents pour nos besoins et pour l’export, dans différents métiers et services de l’aéronautique», estime Hamid Benbrahim El Andaloussi.
Cette perspective intéresse particulièrement les groupes étrangers confrontés à des difficultés de recrutement dans leurs pays d’origine. La capacité du Maroc à former des techniciens spécialisés peut ainsi devenir un facteur d’attractivité supplémentaire pour les investissements. L’enjeu n’est donc plus uniquement de faire venir les usines. Il consiste également à disposer, en permanence, des compétences nécessaires pour accompagner leur montée en cadence, et en compétence, au Maroc et à l’étranger.
Un écosystème de formation en construction
A proximité de Midparc, un écosystème de formation universitaire et technologique et de recherche s’implante progressivement. L’Université Polytechnique Mohammed VI (UM6P), l’Université Internationale de Rabat (UIR), l’Académie des métiers de l’aéronautique en plus de l’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA), participent à cette dynamique. L’objectif est de rapprocher encore davantage le monde académique et celui de l’industrie, afin de former des profils immédiatement opérationnels, mais aussi de développer des compétences capables d’accompagner la montée en gamme technologique du secteur. Cette approche doit permettre de couvrir toute la chaîne des besoins : techniciens, ingénieurs, spécialistes de la maintenance, experts des systèmes critiques, mais également profils capables de prendre en charge les fonctions de conception, d’innovation et de management industriel.
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Le Maroc a réussi à s’imposer dans un secteur de haute technologie comme l’aéronautique. Il a construit des infrastructures de premier ordre, comme Midparc, attiré les grands groupes et démontré sa capacité à respecter les standards internationaux. Il doit désormais disposer des compétences nécessaires pour accompagner une industrie appelée à devenir plus complexe, exigeant des ruptures technologiques, pour répondre aux exigences zéro carbone à l’horizon 2050
C’est là que se joue, le passage au «Maroc Aéro 2.0». Dans cette nouvelle configuration, les jeunes Marocains ne sont plus seulement appelés à occuper les postes de production : ils doivent progressivement investir les métiers de la conception, de la maintenance avancée, de l’ingénierie et de l’innovation.
L’enjeu dépasse donc l’aéronautique. En maîtrisant les compétences critiques, le Royaume consolide sa position dans les chaînes de valeur mondiales tout en constituant un réservoir de savoir-faire susceptible d’alimenter d’autres industries de pointe.