Faire grandir les entreprises, libérer l’investissement et produire davantage de valeur au Maroc : Mehdi Tazi veut mobiliser le secteur privé autour d’une nouvelle ambition économique. Pour ce faire, le président de la CGEM préconise un changement de modèle, accompagné d’un appel aux pouvoirs publics : donner aux entreprises les moyens d’agir.
C’est la vision développée par le patron des patrons dans son discours à l’occasion du forum « Entrepreneurs en mouvement : Transformer les priorités en Actions », organisé, samedi 17 octobre, à la Fondation Mohammed VI des Sciences de la Santé à Casablanca, et réunissant entrepreneurs, représentants régionaux et patronats africains.
Le Maroc a construit ses infrastructures, développé ses filières industrielles et renforcé son attractivité. Il doit désormais transformer ces acquis en une création de valeur plus forte, plus largement répartie dans son économie. C’est le cap défendu par Mehdi Tazi, qui place la mobilisation du secteur privé au cœur de la prochaine étape du développement du Royaume.
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En effet, la compétitivité par les coûts a permis au pays de progresser, mais elle ne peut constituer, à elle seule, une stratégie durable. Pour poursuivre son ascension, l’économie marocaine doit davantage miser sur l’innovation, l’intégration locale et la montée en gamme.
Produire au Maroc, mais surtout y créer davantage de valeur
Avant de tracer les prochaines étapes, le président de la CGEM souligne les fondations sur lesquelles les entreprises peuvent s’appuyer : stabilité institutionnelle, équilibres macroéconomiques et investissements dans les ports, les routes, les aéroports et l’énergie. Autant de prérequis qui ont, selon lui, rendu possible la transformation économique des vingt-cinq dernières années.
L’enjeu consiste maintenant à diffuser cette dynamique au-delà des filières les plus avancées. L’automobile et l’aéronautique illustrent, dans son intervention, les progrès de l’intégration locale. Mais cette création de valeur doit irriguer l’ensemble des secteurs.
Pour Mehdi Tazi, il ne suffit donc plus d’attirer des activités grâce à des coûts compétitifs. Il faut développer les capacités productives nationales, renforcer les fournisseurs locaux et permettre aux entreprises marocaines de prendre une place plus importante dans les chaînes de valeur.
Investir, financer et faire grandir les entreprises
Pour concrétiser cette ambition, le président de la CGEM articule son propos autour de cinq leviers : l’investissement, la compétitivité, la croissance des très petites, petites et moyennes entreprises, la formation et l’exportation.
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Le premier appelle une mobilisation accrue du capital privé. Mehdi Tazi annonce ainsi que la Confédération reprendra le principe de la banque de projets industriels, avec une démarche tournée vers l’exécution : identifier les opportunités, trouver les entrepreneurs capables de les porter et les accompagner.
Cette mobilisation suppose aussi de progresser sur les facteurs de compétitivité : énergie, foncier, logistique, financement et capital humain. L’énergie verte apparaît, dans son discours, comme un atout à transformer en avantage économique pour les entreprises.
Pour les plus petites structures, le financement demeure un point décisif. Tout en saluant les avancées du Fonds Mohammed VI pour l’investissement et l’intérêt du secteur bancaire pour les PME, il appelle à aller plus loin, notamment en renforçant les solutions de financement en fonds propres.
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La formation doit accompagner cet effort. Former les jeunes, les salariés et les entrepreneurs, dans toutes les régions, constitue à ses yeux une condition essentielle de la progression économique.
« Dites-nous ce que vous attendez de nous et laissez-nous faire »
L’appel à investir s’accompagne d’une demande de changement dans la relation entre l’entreprise et l’administration. Mehdi Tazi défend le remplacement des autorisations par des cahiers des charges partout où cela est possible. La règle serait clairement définie, l’entreprise pourrait agir et le non-respect des engagements serait sanctionné. Il résume cette approche par une formule directe » Dites-nous ce que vous attendez de nous et laissez-nous faire ».
Il souligne également le coût collectif des refus administratifs en matière d’emplois, d’investissement et de croissance. Il demande que ces décisions puissent être expliquées et contestées, et que les procédures soient encadrées dans le temps.
Deux autres revendications complètent ce volet : le remboursement immédiat des trop-perçus fiscaux, afin de restituer aux entreprises les ressources nécessaires à leur investissement, et une cohérence des droits de douane. Taxer davantage les intrants que les produits finis correspondants pénalise, souligne-t-il, le développement de la production locale.
Transformer les bouleversements en débouchés
Malgré les tensions internationales, Mehdi Tazi défend une lecture volontariste des perspectives économiques. La réindustrialisation européenne peut, selon lui, ouvrir des débouchés au Maroc, compte tenu de sa proximité et de l’intégration de ses chaînes de valeur avec celles de l’Europe. Elle exige toutefois une veille réglementaire et un accompagnement des entreprises.
L’Afrique représente l’autre grande priorité. Le président de la CGEM appelle à accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine pour développer les échanges entre économies du continent.
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À ces marchés s’ajoutent des opportunités sectorielles : souveraineté hydrique et alimentaire, montée en gamme industrielle, ferroviaire, défense, numérique, intelligence artificielle et centres de données. La Coupe du monde constitue, dans cette perspective, un accélérateur du calendrier des investissements.
Des réussites à multiplier
En évoquant les parcours d’entreprises marocaines et africaines, Mehdi Tazi adresse enfin un message à la nouvelle génération : les réussites existantes doivent nourrir de nouvelles ambitions entrepreneuriales.
La CGEM entend accompagner cette mobilisation à travers un manifeste élaboré avec ses différentes composantes. Ce document de recommandations, organisé par secteur et par problématique, doit servir de base au travail avec le gouvernement.
Le défi posé par son discours est ainsi celui du passage à l’action : transformer les opportunités identifiées en projets, les projets en entreprises et la croissance en emplois.