« La convergence entre les sciences du vivant et la physique va conduire à de nombreuses avancées », déclarait Barack Obama, ancien président des Us devant les membres de l’Académie des sciences en 2009. À l’UM6P, l’édition 2026 de la Science Week, fait de la notion de « convergences » le fil conducteur d’une réflexion sur l’évolution contemporaine du savoir. Entre croisement des disciplines, dialogue entre recherche et industrie et responsabilité accrue des universités face aux défis globaux, l’événement met en lumière une transformation profonde de la production scientifique, désormais appelée à dépasser les frontières traditionnelles pour répondre aux enjeux du Maroc.
En fait, l’ancien président américain a, en fait en quelques mots simples l’une des transformations majeures de la recherche contemporaine : la fin progressive des frontières étanches entre disciplines scientifiques. Cette notion sera remise au goût du jour par les chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Dans un rapport intitulé « The convergence of life sciences, physical sciences and engineering », ils ont plaidé pour une « révolution culturelle » conduisant à fusionner des équipes venues d’horizons différents. Objectif : résoudre des problèmes nécessitant l’association d’expertises complémentaires.
Sur les pas du MIT, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) va se saisir de ce changement de paradigme en lui consacrant sa sixième Science Week, qui s’est ouverte lundi 30 mars sur le campus de Benguérir. L’édition 2026 de cet événement annuel place la notion de « Convergence(s) » au centre de sa réflexion, invitant chercheurs, enseignants et étudiants à interroger la manière dont se fabrique désormais la connaissance. Derrière ce concept se dessine une transformation profonde de l’écosystème scientifique mondial.
Les grandes avancées contemporaines émergent de plus en plus aux interfaces entre plusieurs domaines : nanotechnologies, biologie, intelligence artificielle, sciences des matériaux ou sciences de l’environnement. Dans ce nouveau paysage, les universités ne sont plus seulement des lieux de transmission du savoir, mais des espaces d’intégration des disciplines, capables de produire des réponses aux défis complexes du XXIe siècle.
« Dans cette perspective, le thème de cette année apparaît comme une nécessité. Nous explorons un concept à la fois ancien et d’une urgence nouvelle : les CONVERGENCES. Pendant trop longtemps, l’édifice de la science moderne a été construit comme une grande bibliothèque, avec des ailes séparées pour la chimie, pour la biologie, pour la philosophie, pour l’art. Nous sommes devenus maîtres de nos propres couloirs, experts dans nos propres salles. Cela nous a donné de la profondeur, mais cela a aussi construit des murs. Le grand appel de notre époque, le grand défi de notre siècle — de l’urgence du changement climatique à l’énigme de la conscience — refuse de rester enfermé dans une seule pièce. Ces questions se tiennent dans les couloirs, exigeant une nouvelle forme d’enquête », nous confie, président de l’UM6P, Hicham El Habti.
La convergence, nouveau paradigme de la science contemporaine
La notion de convergence scientifique s’est imposée progressivement au début des années 2000. Selon le sociologue Raphael Liogier dans une keynote introdcutif , elle désigne un processus d’intégration avancée entre disciplines scientifiques, technologies et communautés de recherche afin de résoudre des problèmes complexes qui dépassent le cadre d’un domaine unique. « Contrairement à l’interdisciplinarité classique, la convergence implique une fusion plus profonde des connaissances, des méthodes et des outils. Les chercheurs ne se contentent plus de collaborer ponctuellement : ils construisent de véritables champs hybrides où se mélangent concepts, technologies et approches méthodologiques », explique le professeur.

Cette dynamique se manifeste particulièrement dans les domaines technologiques émergents. Les nanotechnologies, la biologie de synthèse, l’intelligence artificielle et les sciences cognitives interagissent désormais pour produire de nouvelles applications : interfaces cerveau-machine, biomatériaux avancés, médecine personnalisée ou agriculture de précision. L’OCDE souligne ainsi que la convergence constitue aujourd’hui une force structurante de l’innovation mondiale, capable de créer des filières technologiques entièrement nouvelles.
Pour Raphaël Liogier nous entrons dans l’ère de la convergence. « Aujourd’hui, l’intelligence artificielle imite nos réseaux neuronaux et les prothèses ne sont plus de simples outils extérieurs, mais des extensions branchées directement sur notre système nerveux. L’évolution mettait des millions d’années pour transformer une main ; aujourd’hui, cela se fait en quelques mois dans des usines », souligne-t-il
L’UM6P, laboratoire de la convergence scientifique
Aujourd’hui cette transformation dépasse le seul domaine technologique. Elle implique une évolution des institutions scientifiques elles-mêmes. Les universités et les centres de recherche doivent désormais concevoir des environnements favorisant ces interactions multiples, souvent décrits comme des « espaces de convergence » où se rencontrent chercheurs, ingénieurs, entreprises et décideurs publics C’est précisément cette logique que cherche à incarner la Science Week 2026 de l’UM6P. Dans son discours d’ouverture, le président de l’UM6P, Hicham El Habti, a rappelé que l’université ne peut plus être uniquement perçue comme un lieu de transmission du savoir.
Selon lui, l’institution universitaire doit être avant tout un espace de création intellectuelle, capable de produire de nouvelles connaissances mais aussi de nouvelles manières de penser les problèmes du monde contemporain. Cette vision implique de repenser la relation entre recherche, formation et innovation. Les laboratoires universitaires ne doivent plus fonctionner comme des espaces isolés mais comme des plateformes ouvertes, connectées aux entreprises, aux politiques publiques et aux grandes transformations de la société.

« Il s’agit d’une approche intégrée des disciplines qui ouvre la voie à une nouvelle organisation de la recherche », précise le rapport du MIT. Inauguré en janvier 2017, le premier campus de l’UM6P, dans la ville verte de Benguérir, est l’un des symboles clés du nouveau Maroc esquissé dans le modèle de développement. Orientée vers la recherche appliquée et l’innovation, l’UM6P, présidée par le polytechnicien Hicham El Habti, ambitionne de former des leaders capables de répondre aux grands défis que doit relever le royaume, mais aussi tout le continent.Aujourd’hui l UM6P est en train de construire un véritable label dans le domaine de la formation. « le Maroc ambitionne, via son pôle connaissance, de se positionner comme une plateforme africaine incontournable, ouverte sur les flux mondiaux de technologie, de recherche et d’entrepreneuriat », nous confie l’économiste de l’Istiqlal Adnane Benchekroune.
Un levier de talent
Dans une sortie sur Jeune Afrique, le président de l’université a mis la lumière sur la mission première de l’institution en l’occurrence etre un creuset de talent. « l’UM6P ne fait pas de la science pour la beauté de la science », son patron explique que « le business model de l’université est basé sur les revenus que vont générer les activités liées à la formation, l’innovation et l’entrepreneuriat », que ce soit via le dépôt de brevets, la perception de royalties, la conclusion de contrats de recherche ou encore la dispense de formations. Dans tous les domaines –l’intelligence artificielle, l’hydrogène vert, la sécurité alimentaire et la transition énergétique – il y a un premier objectif, à savoir « faire avancer la science », mais aussi un second, alimenter le marché de l’emploi avec des profils de haut niveau.
En attendant, doté d’un data center avec une capacité de calcul parmi les plus grandes d’Afrique, d’une école de codage (1337 à Benguerir) et d’un centre d’intelligence artificielle (AI Movement, le seul centre africain de recherche labellisé « centre de catégorie 2 » de l’Unesco) ; l’université se démarque sur le continent. Le marché mondial de l’enseignement supérieur et de la recherche est extrêmement compétitif et la guerre des talents est une composante fondamentale de l’expression de la puissance des nations. Le développement international de UM6P est une option stratégique majeur du Maroc dans ce contexte. Um6p y avance sans aucun complexe. Nous devons tous en être fiers.’’