L’Allemagne Fédérale actuelle peut être perçue comme un « baromètre politique » de l’Europe. A l’est de ce pays, l’AfD, parti d’extrême droite, ouvertement néonazi, s’installe dans le paysage politique et annonce l’évolution d’une tendance lourde bien ancrée dans le passé pour dessiner actuellement un avenir sombre pour toute l’Europe, voire pour le monde.
De l’autre côté de l’Atlantique, depuis presque deux ans, trône un Donald Trump, dont l’avènement a semé le chaos dans le monde. Climato-sceptique, malgré les nombreux incendies et autres catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique, anti-immigration, bien que lui-même descendant d’anciens immigrés venus d’Europe, connu pour son instabilité, le locataire actuel de la Maison Blanche traque les magistrats de la Cour Pénale Internationale et impose des tarifs douaniers à qui bon lui semble. Ses disciples se multiplient, surtout dans des Etats en Amérique Latine, tels que l’Argentine, le Chili, Salvador, la Colombie (…). A l’est de l’Europe, c’est un Poutine qui fait la pluie et le beau temps, tout en inspirant de nouveaux adeptes de l’autoritarisme. Au Proche Orient, B. Netanyahu et ses acolytes suprématistes ont déjà donné, à travers la guerre génocidaire à Gaza, l’exemple de ce qui semble attendre le monde, à grande échelle, au cours des prochaines années. Presque partout dans le monde, despotes et autocrates n’éprouvent plus aucun complexe et ne se cachent plus.
Ce qui se passe actuellement en Allemagne Fédérale n’est donc pas une réalité isolée. C’est un signal fort de cette « évolution régressive » qui est en fait loin d’être une surprise et encore moins une fatalité. Aux prochaines élections en Saxe-Anhalt, prévues le 6 septembre, l’AfD, avec plus de 40% d’intention de vote favorable, pourrait diriger un Land pour la première fois, depuis la fondation de la République fédérale Allemande. Ulrich Siegmund, tête de liste, est bien connu pour ses positions racistes et ses références idéologiques d’extrême droite. C’est en fait le résultat d’un profond travail de dédiabolisation, de banalisation et de normalisation d’un mouvement anti-démocratique et xénophobe. Ce n’est donc pas une surprise.
Lire aussi | Des Etats-Unis à la France, le coût de la dette inquiète les gouvernements occidentaux
Certes, l’ambiance politique actuelle en Allemagne réunifiée n’est pas tout à fait celle des années 1930 au cours desquelles le parti nazi dirigé par Hitler a connu une ascension. Mais elle est proche. Tous les Etats de l’Union Européenne, et l’Angleterre aussi, ont opté pour une priorité au réarmement, face au « danger russe ». Un danger certes réel mais qui est aussi un prétexte pour restreindre les libertés et les droits sociaux, tout en fermant les yeux sur les pratiques génocidaires d’Israël et tout en optant pour une « indifférence active » face aux violations des droits humains et aux guerres sur d’autres continents (Soudan, Tunisie….).
Le droit international est certainement la première victime de cette « évolution régressive », confirmée par des actes tels que l’enlèvement du président du Venezuela, Nicolas Maduro, l’étouffement de Cuba, sous embargo depuis plus de six décennies, le double bombardement de l’Iran avec assassinat prémédité du chef de l’Etat avec des membres de sa famille et d’autres responsables officiels, en plus des nombreuses menaces de s’emparer du Panama, du Groenland, voire de la planète Mars et autres territoires sur la planète Terre ou dans l’espace (…). La corruption est aussi devenue une pratique banalisée à travers les « cadeaux » offerts à D. Trump par les richissimes Etats pétroliers. C’est aussi le cas du viol et des abus sexuels révélés notamment à travers l’affaire Epstein (…).
Lire aussi | ChatGPT: OpenAI renforce les garde-fous pour les adolescents
Les acquis accumulés en matière de gouvernance mondiale par l’ONU ont été et demeurent la première cible de l’administration étatsunienne, avec une accélération sous l’ère trumpienne. Que reste-t-il de la Charte de l’ONU qui fut annonciatrice d’un nouveau monde à construire où règne la paix, grâce au développement, à la solidarité et à la justice internationale, et surtout grâce à la promotion du multilatéralisme ?
En fait, derrière ce tableau mondial sombre, se dresse un passé qui a survécu et qui a permis à la « bête immonde » de « reprendre du poil », de se réveiller, après un long et paisible sommeil. En effet, après la 2ème guerre mondiale, ce ne sont pas les facteurs ayant donné naissance au nazisme et au fascisme qui ont été combattus dans leurs racines. Les Tribunaux de Nuremberg et de Tokyo ont jugé et condamné des criminels de guerre, en tant qu’individus. Les systèmes ayant permis à ces individus d’émerger sont restés quasi-intacts. Ces systèmes négationnistes des libertés et des droits humains réapparaissent aujourd’hui, s’installent, se banalisent et se renforcent. Avec, aujourd’hui, des risques infiniment supérieurs et beaucoup plus graves en termes de menaces pour l’ensemble de l’humanité. Pas besoin d’une « boule de cristal » pour se préparer à de nouveaux malheurs. Gaza a déjà servi de « laboratoire ». L’impunité est déjà là. Elle annonce de nouvelles horreurs. A moins que (…).