Les gouvernements occidentaux ont les yeux rivés sur les taux d’intérêt de la dette publique, qui se sont hissés à des niveaux inédits depuis plusieurs années, sous l’effet de l’endettement croissant ou de l’inflation.
Quel est le niveau des taux d’intérêt?
Les taux d’intérêt de la dette publique, c’est-à-dire le prix que les Etats paient pour emprunter sur les marchés, ont connu un mouvement général de hausse ces dernières semaines. Avec un taux d’intérêt à environ 4,10% à échéance dix ans, la France ne s’était plus financée aussi cher sur les marchés depuis 2008, en pleine crise financière. Début janvier, il n’était qu’à 3,50%. Même l’Allemagne, considérée comme la référence de la zone euro, connaît une flambée de son taux à plus de 3,20%, une première depuis 2011. Le taux britannique a quant à lui frôlé 5,20%, niveau inédit depuis 2008.
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Les bons du Trésor américain ont eux dépassé les 4,70%, au plus haut depuis 2023, contre autour de 3,90% fin février. A échéance trente ans, considérée comme le baromètre de la confiance des marchés à long terme, le taux américain a atteint 5,30%, sans précédent depuis 2007.
Quelles raisons structurelles à cette flambée?
Ce mouvement s’explique notamment par l’envolée de la dette des Etats depuis près de 20 ans. « Depuis la grande crise financière de 2008-2009, la dette publique n’a cessé d’augmenter dans le monde » et « on a des problèmes de dette élevée dans beaucoup de pays », explique Frederik Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique à la banque Pictet.
C’est le cas « en France évidemment, mais aussi aux Etats-Unis ou au Japon », renchérit Charlotte de Montpellier, économiste de la banque ING. « Dans d’autres pays qui avaient l’habitude de se serrer plutôt la ceinture, comme l’Allemagne, les déficits ont aussi augmenté. »
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Conséquence: ces Etats émettent des titres de dette supplémentaires et « se battent un peu entre eux pour attirer les capitaux » des investisseurs, qui exigent de leur côté une prime de risque, indique-t-elle.
Les Etats sont aussi en concurrence sur les marchés avec les géants de la technologie qui investissent, recourant aussi à l’emprunt pour financer l’intelligence artificielle, « aspirant » des centaines de milliards de dollars.
Y a-t-il d’autres facteurs conjoncturels?
L’inflation, provoquée par la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole, complique aussi l’équation. Les créanciers réclament d’être davantage rémunérés pour la compenser. « Ces dernières semaines, on a vu une forte hausse des prix de l’énergie, qui a un peu accentué les craintes sur l’inflation », indique Charlotte de Montpellier.
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Pour elle, d’autres facteurs jouent sur les taux, dont « l’incertitude sur la politique monétaire aux Etats-Unis » depuis l’arrivée de Kevin Warsh, nouveau patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), alors que « ce qui se passe aux Etats-Unis va avoir un impact très fort sur les marchés obligataires ». Le flou qu’il a entretenu « a brouillé le message », donc « prêter à long terme devient plus risqué », estime-t-elle.
En France, les incertitudes politiques liées à l’élaboration du budget mais surtout à l’élection présidentielle de 2027 ont aussi un impact. « Il peut y avoir une prime de risque supplémentaire » en raison de l’instabilité politique ou du manque de contrôle budgétaire, « mais pas de crise de confiance » du type de celle qu’avait connue la Grèce dans les années 2010, estiment Mabrouk Chetouane et Romain Aumond, analystes de Natixis Investment Managers.
Comment ce phénomène affecte-t-il l’économie?
La hausse des taux a un effet direct sur les finances publiques: la charge de la dette – ce que dépensent les Etats pour payer leurs intérêts – augmente mécaniquement quand ils flambent.
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En France, le poste consacré au remboursement de la dette dans le budget est ainsi devenu le premier de l’Etat, devant celui de l’éducation (hors pensions), a rappelé à plusieurs reprises le gouvernement. Cela a pour effet de creuser le déficit et de contraindre les gouvernements à chercher des économies ailleurs, réduisant leurs marges de manoeuvre et pesant sur la croissance.
La hausse des taux d’intérêt affecte aussi l’économie en entraînant une augmentation des taux d’emprunt des ménages et des entreprises, avec un impact sur les crédits à la consommation ou immobiliers. « Pour l’économie, c’est une mauvaise nouvelle », résume Charlotte de Montpellier.
Challenge (Avec AFP)