Les autorités brésiliennes ont infligé, mardi 25 août, une lourde amende à TikTok pour non respect de la législation sur la protection de données de mineurs, affirmant vouloir envoyer « un signal fort » aux plateformes numériques.
Cette décision de l’Agence nationale de protection des données (ANPD) illustre la posture de fermeté de ce pays ultra-connecté en matière de réseaux sociaux ces dernières années. ByteDance Brasil, filiale brésilienne de la plateforme créée en Chine, va devoir verser une amende de 153,7 millions de réais (plus de 25 millions d’euros).
Au cours d’une longue procédure débutée en novembre 2024, l’ANPD dit avoir identifié « des irrégularités dans le traitement de données d’enfants et d’adolescents ». En plus de l’amende, l’institution a ordonné la « suppression des données collectées de façon irrégulière ».
Lire aussi | Le Brésil suspend les lives sur Discord après le suicide d’une adolescente
« C’est un signal fort envoyé également aux autres plateformes, montrant notre sérieux dans ce type de dossier », a déclaré lors d’une conférence de presse en ligne Fabricio Lopes, responsable des contrôles de surveillance à l’ANPD.
« Nous espérons qu’après l’épisode d’aujourd’hui, les autres plateformes comprennent le message et commencent à anticiper » en se mettant en conformité avec la législation en vigueur au Brésil, a-t-il ajouté.
Aux Etats-Unis, TikTok a accepté la semaine dernière de payer jusqu’à 400 millions de dollars pour solder des accusations de collecte illégale de données d’enfants.
Le 12 août, l’ANPD avait ordonné la suspension de la diffusion en direct sur Discord de la mort d’une adolescente de 13 ans qui aurait été incitée au suicide sur cette plateforme.
Lire aussi | ChatGPT: OpenAI renforce les garde-fous pour les adolescents
Dans le cas précis de TikTok, l’ANPD dit avoir identifié le traitement de données d’utilisateurs mineurs « sans fondement légal », en violation des règles prévues par la Loi de protection des données pour ce « public plus vulnérable ».
« Ce traitement des données, en plus d’être contraire à la loi, a fini par être utilisé pour proposer de la publicité à des enfants et à des adolescents dans un environnement qui n’était pas approprié pour eux », a expliqué Fabricio Lopes.
Selon l’ANPD, TikTok s’est engagé à « mettre en place un plan de conformité pour améliorer la protection des enfants et des adolescents ». Ce plan consiste notamment en la « suppression des publicités » quand un usager accède au contenu sans se connecter après inscription préalable pour la création d’un profil sur la plateforme.
TikTok va devoir également « appliquer automatiquement des paramètres de confidentialité plus restrictifs aux comptes des personnes âgées de moins de 16 ans (…), renforcer les systèmes de supervision parentale et mettre en place des filtres de contenu plus stricts ».
Lire aussi | Mineurs et réseaux sociaux: le procès de Meta entre dans le vif du sujet
Vendredi, l’ANPD a annoncé qu’elle allait renforcer sa surveillance des principales plateformes présentes au Brésil, afin de vérifier qu’elles respectent bien la législation locale. Cela porte notamment sur une loi récente, entrée en vigueur en mars, qui oblige les plateformes à relier les comptes des moins de 16 ans à ceux de leurs parents, et à vérifier l’âge des utilisateurs.
« On peut donc s’attendre à une surveillance beaucoup plus ferme et étroite dans les prochains mois », a résumé mardi la directrice de l’ANPD, Lorena Giuberti Coutinho. D’autres plateformes ont subi la fermeté croissante des autorités brésiliennes ces dernières années.
En 2024, X avait été bloqué durant 40 jours sur décision de la Cour suprême brésilienne, jusqu’à ce que le réseau du multimilliardaire Elon Musk se conforme à des ordres judiciaires de supprimer de comptes accusés de désinformation.
Challenge (Avec AFP)