Sous le thème « Le cheval au service de l’humain », la 17e édition du Salon du Cheval d’El Jadida, organisée jusqu’au 18 octobre au Parc des expositions Mohammed VI, conjugue tradition, compétition de haut niveau et ambitions économiques. Entre montée en gamme sportive, promotion des races nationales et modernisation de l’élevage, le rendez-vous entend consolider le rôle du cheval dans le patrimoine comme dans le développement du Royaume.
Lundi 12 octobre, la présence de S.A.R. le Prince Héritier Moulay El Hassan à la cérémonie d’ouverture a donné le ton de cette 17e édition. Organisé sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI par l’Association du Salon du Cheval, l’événement dépasse désormais le cadre d’une manifestation consacrée aux passionnés d’équitation. Il s’affirme comme une vitrine du patrimoine équestre marocain, un lieu de rencontre entre professionnels et institutions, et une plateforme où se croisent enjeux sportifs, culturels et économiques.
L’ouverture par SAR le Prince Héritier de ce Salon, qui se poursuit jusqu’au 18 octobre, traduit la Haute Sollicitude dont S.M. le Roi Mohammed VI, n’a eu de cesse d’entourer le secteur équestre et la ferme volonté du Souverain de structurer durablement cette filière, de l’élevage jusqu’aux compétitions internationales, et d’en promouvoir le rayonnement à l’international.
Depuis sa création en 2008, le Salon a progressivement élargi son périmètre. Les compétitions côtoient les espaces dédiés aux éleveurs, à l’artisanat, aux régions du Royaume, à l’art et à la culture, ainsi qu’aux partenaires institutionnels et privés. Le programme fait également une place à la recherche, à la transmission des savoirs et aux activités destinées aux enfants. Pour cette édition, les organisateurs annoncent plus de 700 cavaliers et plus de 1 100 chevaux. Plus de 100 exposants représentant une cinquantaine de pays sont également au rendez-vous, tandis que les organisateurs tablent sur plus de 150 000 visiteurs.
Le sport marocain vise plus haut
Le saut d’obstacles constitue l’un des marqueurs de la montée en gamme du Salon. En 2026, le Grand Prix de Sa Majesté le Roi Mohammed VI franchit un cap en accédant au niveau CSI 5*-W, dans le cadre des qualifications de la Coupe du monde. Une autre épreuve internationale évolue du CSI 1* au CSI 2*. Ces changements renforcent l’attractivité sportive de la manifestation et placent les cavaliers dans un environnement plus exigeant, davantage ouvert aux standards internationaux.
L’ambition sportive se prolonge dans les concours consacrés aux races équines. La Coupe des Champions des chevaux Barbes, celle des chevaux Arabe-Barbes et la Coupe des Éleveurs Marocains de chevaux Pur-Sang Arabes mettent en lumière la qualité des lignées et le travail des éleveurs. Le Concours international de modèles et allures des Pur-Sang Arabes, classé « Title Show », réunit des champions du Maroc, d’Europe et du Moyen-Orient. Il bénéficie du plus haut niveau de reconnaissance attribué par la Conférence européenne des organismes du cheval arabe (ECAHO).
Le Salon conforte ainsi sa place dans le calendrier équestre et contribue à exposer le savoir-faire marocain à un public international. Sa progression s’inscrit dans une dynamique où l’organisation, les infrastructures et la qualité de l’accueil comptent autant que le niveau des épreuves. Le rayonnement du rendez-vous se mesure aussi à l’attention médiatique qu’il suscite : selon le commissaire du Salon, Dr El Habib Marzak, quelque 600 journalistes nationaux et internationaux couvrent l’événement.
Ces compétitions ne relèvent pas uniquement de la distinction esthétique ou de la performance. Un titre peut renforcer la valeur d’un étalon ou d’une jument, accroître la reconnaissance d’une lignée et, par conséquent, améliorer les perspectives commerciales d’un éleveur. Le Salon devient ainsi un point de rencontre entre propriétaires, acheteurs potentiels, professionnels et institutions. Le volet sportif rejoint ici la dimension économique : la sélection, la préservation des races et l’amélioration des pratiques d’élevage sont autant de leviers pour faire progresser la filière.
La tbourida, mémoire vivante du Royaume
Autre temps fort, la tbourida occupe une place centrale dans l’identité du Salon. Chaque après-midi, les meilleures sorbas du Royaume se retrouvent pour un championnat à points, avec pour objectif de remporter le Grand Prix de S.M. le Roi Mohammed VI de Tbourida. La grande finale est prévue le dimanche 18 octobre. Dix-huit sorbas représentant les différentes régions du Royaume participent à cette édition, donnant à la compétition une dimension nationale.
Son inscription, en 2021, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco a renforcé la visibilité internationale de cette pratique. Le Salon contribue à la faire connaître au-delà des arènes, en la reliant aux métiers, aux artisans et aux territoires qui la font vivre. Le programme prévoit aussi des spectacles libres de tbourida le dimanche 18 octobre, afin de prolonger ce rendez-vous avec le public.
L’enjeu dépasse la seule représentation patrimoniale. La discipline suppose des chevaux adaptés, un encadrement, des infrastructures et un réseau d’acteurs capables d’assurer la continuité des pratiques. La convention stratégique signée entre la Société royale d’encouragement du cheval (Sorec) et l’Association nationale de tbourida (ANAET) vise notamment à soutenir cet univers et à mettre en valeur les savoir-faire artisanaux. Le centre d’entraînement Dar Baroud, à Benslimane, illustre cette volonté de doter les éleveurs et les troupes d’infrastructures dédiées.
Le pari économique de l’élevage
Derrière les spectacles et les compétitions, la filière équine fait face à un enjeu de structuration. Le contrat-programme 2024-2030 prévoit de soutenir son développement, avec une attention particulière portée aux races Barbe et Arabe-Barbe. Le cheptel équin national est estimé à environ 1,7 million de têtes, tous types confondus, incluant chevaux, ânes et mulets. Parmi ces animaux, quelque 60 000 chevaux Arabe-Barbes ont été officiellement identifiés par la Sorec. Ces données rappellent l’ampleur d’un univers qui ne se limite ni aux chevaux de sport ni aux montures visibles lors des grands rendez-vous.
La filière amorce aussi sa transformation numérique. Le Digital Horse Day et le Salon du Cheval ont contribué à donner de la visibilité à cette dynamique, qui vise à moderniser la traçabilité des animaux, le suivi sanitaire et la gestion des écuries grâce aux outils numériques. La digitalisation peut faciliter la circulation des informations entre éleveurs, vétérinaires et institutions, tout en renforçant le suivi des animaux. Elle s’inscrit dans une évolution plus large des méthodes de gestion, appelée à accompagner la professionnalisation du secteur.
La consolidation de l’élevage passe par la préservation des races, la valorisation des lignées et l’accompagnement des professionnels. Les concours organisés à El Jadida offrent une vitrine à la production nationale et encouragent les éleveurs à améliorer leurs pratiques. La reconnaissance des animaux et de leurs performances peut contribuer à accroître leur valeur, tandis que la mise en relation des acteurs ouvre des perspectives de partenariat et de débouchés. L’objectif est de mieux articuler les savoir-faire traditionnels avec les exigences contemporaines de sélection, de santé et de suivi.
Le contrat-programme ne se limite pas à l’élevage. Il prend également en compte la tbourida, dont la pérennité repose sur l’articulation entre transmission culturelle, formation des cavaliers, entretien des montures et soutien aux communautés concernées. La filière équine réunit ainsi des activités variées, de l’élevage aux soins vétérinaires, de la compétition aux métiers artisanaux, avec des retombées qui concernent les territoires et l’économie rurale. Pour transformer ce potentiel en valeur durable, l’enjeu est de consolider les passerelles entre les acteurs et de renforcer la visibilité des savoir-faire marocains.
La science au service du cheval
Le Salon réserve une place importante aux échanges scientifiques et professionnels. La journée du vendredi 16 octobre doit notamment aborder la médiation équine au Maroc et l’hydrothérapie équine, ainsi que leur contribution à l’accompagnement humain et à l’amélioration des soins vétérinaires et de la rééducation des chevaux. Ces sujets illustrent l’élargissement des usages du cheval et l’intérêt croissant porté à son bien-être.
La médecine vétérinaire figure également au programme, en partenariat avec l’Association marocaine des vétérinaires équins. Les discussions porteront sur les avancées récentes, notamment les tests génétiques, les nouvelles techniques chirurgicales de castration et le diagnostic ou le traitement de pathologies complexes. La santé animale constitue un élément essentiel de la performance sportive, de la qualité de l’élevage et de la préservation du patrimoine génétique. Elle suppose une mise à niveau continue des compétences et une circulation accrue des connaissances entre spécialistes.
Le programme culturel revient, lui, sur la présence du cheval dans la Mehalla chérifienne, l’intérêt que lui ont porté les sultans marocains à travers les siècles et la place de l’animal dans les documents historiques. Il prévoit également de valoriser la terminologie liée au monde équin, afin de préserver un patrimoine intellectuel qui accompagne les pratiques. En réunissant chercheurs, experts et professionnels, le Salon veut faire dialoguer la mémoire historique et les connaissances contemporaines.
Transmettre aux nouvelles générations
La transmission constitue un autre fil conducteur de cette édition. Le village des enfants, « Faris en voyage à travers le Maroc », propose un parcours immersif consacré au patrimoine équestre national. Ateliers, démonstrations et espaces de découverte doivent permettre aux plus jeunes de mieux connaître les disciplines sportives, les métiers, les traditions et les valeurs associés au cheval. L’ambition est de faire du Salon un lieu d’apprentissage autant qu’un espace de spectacle.
Cette démarche se prolonge dans les concours artistiques. Le Concours d’art jeunes talents invite des élèves du secondaire âgés de 12 à 16 ans à dessiner et à peindre autour du cheval. Ouvert aux jeunes d’El Jadida et de cinq autres provinces, il leur donne l’occasion d’exprimer leur regard sur un compagnon profondément ancré dans la culture marocaine. Le Concours de poésie explore cette même relation par les mots, tandis que le Prix Cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyane distingue la photographie et la vidéographie. Ces initiatives élargissent les formes de participation et font du cheval un sujet de création autant qu’un objet de transmission.
Les espaces consacrés aux régions, aux produits du terroir et à l’artisanat rappellent que la culture du cheval s’inscrit dans des territoires, des métiers et des économies locales. Les Nuits Équestres réunissent, pour leur part, cinq troupes de renommée nationale et internationale autour de spectacles mêlant tradition, création et maîtrise technique. Au-delà de la compétition, ces rendez-vous mettent en avant la diversité des expressions équestres et la capacité du Salon à réunir plusieurs publics.
Une plateforme de rencontres et d’opportunités
Pour les organisateurs, l’un des objectifs est de faire évoluer le Salon d’un format d’exposition vers une plateforme de mise en relation et de création d’opportunités économiques. La présence de plus de 100 exposants issus d’une cinquantaine de pays ouvre un espace d’échanges entre professionnels, éleveurs, institutions et partenaires. Les rencontres peuvent favoriser la circulation des expertises, la valorisation des produits et l’émergence de collaborations autour de la filière.
En dix-sept éditions, le Salon du Cheval d’El Jadida a donc élargi son ambition. La montée en catégorie des épreuves internationales, la place donnée aux races nationales, le soutien à la tbourida, l’attention portée à la recherche et la transmission aux jeunes générations composent les facettes d’un même projet. Celui-ci consiste à faire du cheval un trait d’union entre héritage et modernité, entre territoires et scène internationale, entre passion et activité économique.
La manifestation s’achèvera le 18 octobre, mais son enjeu se joue au-delà de ces six jours. La capacité à prolonger les contacts noués, à renforcer la qualité de l’élevage, à diffuser les innovations et à soutenir les métiers déterminera la portée de cette dynamique. À El Jadida, le cheval est célébré comme un patrimoine vivant ; il est aussi présenté comme un levier de développement, à condition que les ambitions affichées se traduisent en progrès durables pour l’ensemble de la filière.