À l’occasion de la 3ᵉ édition de l’AUSIMètre, la cybersécurité au Maroc franchit un nouveau cap, avec un indice global de maturité passé de 49 % à 56 %. Pour Rachid Baarbi, Vice-Président et Trésorier Général de l’AUSIM, cette progression traduit une implication accrue des directions générales et une meilleure orientation des investissements. Mais face à la montée des cybermenaces, à l’essor de l’IA malveillante et à la pénurie de compétences, les entreprises doivent désormais accélérer sur la gouvernance, la souveraineté numérique et la résilience.
Challenge : Quels sont les principaux enseignements de l’édition 2026 ?
Rachid Baarbi : Avec sa 3ᵉ édition, l’AUSIMètre 2026, réalisé par l’AUSIM en collaboration avec PwC, confirme que la cybersécurité au Maroc entre dans une nouvelle phase de maturité. L’indice global de maturité progresse de 49 % à 56 %, faisant évoluer les organisations du niveau « En développement » vers le niveau « Défini ». Cette progression s’explique notamment par une implication plus forte des Directions Générales, qui atteint 74 %, et par des investissements mieux orientés. En parallèle, la réglementation est de plus en plus perçue comme un levier de transformation. Les défis restent néanmoins importants, notamment en matière de souveraineté numérique, de compétences et de gouvernance.
Challenge : Les entreprises ont-elles réellement élevé leur préparation, ou reste-t-il des vulnérabilités majeures ?
Rachid Baarbi : Les entreprises marocaines ont clairement renforcé leur posture de cybersécurité, avec une approche davantage tournée vers l’anticipation des risques. Toutefois, les menaces restent très présentes : 68 % des organisations considèrent les fuites de données comme leur principal risque, tandis que 70 % ne disposent toujours pas d’une stratégie de réversibilité cloud. Ces résultats montrent que les investissements technologiques doivent désormais s’accompagner d’une gouvernance plus mature et d’une meilleure maîtrise des dépendances stratégiques.
Challenge : Comment les responsables SI adaptent-ils leurs stratégies face à l’IA malveillante ?
Rachid Baarbi : L’IA est désormais considérée comme un levier de performance par 87 % des entreprises marocaines. Pourtant, seules 30 % disposent aujourd’hui d’une politique de gouvernance dédiée, alors que les premières attaques utilisant l’IA se multiplient. Les responsables SI privilégient donc une approche pragmatique : encadrer les usages plutôt que les interdire, intégrer l’IA dans les dispositifs de gouvernance existants et former les collaborateurs. L’objectif est de bénéficier de son potentiel tout en limitant les nouveaux risques qu’elle génère.
Challenge : Quel est le niveau de maturité des PME et l’écart avec les grands groupes se réduit-il ou se creuse-t-il ?
Rachid Baarbi : Les PME représentent 66 % des organisations ayant participé à l’enquête et font face à des contraintes de ressources plus importantes. Pour autant, elles démontrent qu’une cybersécurité efficace ne dépend pas uniquement du budget : 29 % s’appuient déjà sur un SOC externalisé pour renforcer leur protection. Le principal facteur de réussite reste la qualité du pilotage, la formalisation des priorités et l’implication de la direction. Une PME bien gouvernée peut ainsi atteindre un niveau de résilience comparable, voire supérieur, à celui de grandes organisations.
Challenge : Les nouvelles réglementations influencent-elles les investissements ?
Rachid Baarbi : Oui, et leur impact dépasse désormais le simple cadre de la conformité. Avant même d’augmenter leurs investissements, 44 % des entreprises commencent par renforcer leur gouvernance, preuve que la réglementation agit comme un catalyseur de transformation. Dans le même temps, les investissements consacrés à la protection des données sont passés de 33 % à 68 % en un an. Les entreprises investissent donc de plus en plus en fonction des risques réels et des enjeux de confiance, plutôt que pour répondre uniquement aux obligations réglementaires.
Challenge : Quelles devraient être les trois priorités des DSI et dirigeants ?
Rachid Baarbi : Les enseignements de cette édition mettent en évidence trois priorités : renforcer la gouvernance cyber, développer les compétences et anticiper les ruptures technologiques liées à l’IA et au quantique. Cette démarche est d’autant plus nécessaire que 84 % des organisations déclarent être confrontées à une pénurie de talents, alors que 74 % des dirigeants sont désormais impliqués dans les décisions de cybersécurité. L’enjeu est de transformer cette mobilisation en une résilience durable, capable d’accompagner la transformation numérique du Maroc.
AUSIMètre 2026 : la cybersécurité marocaine gagne en maturité, mais les fragilités persistent // La 3ᵉ édition de l’AUSIMètre, réalisée par l’AUSIM en partenariat avec PwC, dresse un état des lieux de la cybersécurité au Maroc à partir d’une enquête menée auprès de 62 organisations entre janvier et mars 2026. Le principal enseignement est une progression de la maturité cyber, passée de 49 % à 56 %, marquant le passage du niveau « En développement » au niveau « Défini ». Cette évolution s’accompagne d’une implication accrue des directions générales, désormais engagées dans les décisions cyber pour 74 % des organisations, contre 55 % en 2025. Mais le rapport met également en lumière plusieurs points de vigilance. 84 % des entreprises déclarent être confrontées à une pénurie de talents cyber, tandis que 60 % affichent une dépendance moyenne à très élevée au cloud et que 70 % ne disposent pas encore d’une stratégie formalisée de réversibilité. Autre paradoxe : si 87 % des entreprises considèrent l’IA comme une alliée, seules 30 % ont formalisé des règles d’usage. Enfin, 64 % n’anticipent pas encore la menace quantique. L’AUSIMètre 2026 appelle ainsi les organisations marocaines à passer d’une logique de réaction à une véritable culture d’anticipation et de résilience.