Trois opérateurs navals sud‑coréens ont confirmé leur participation à l’appel d’offres pour l’exploitation du nouveau chantier naval de Casablanca. On vous explique…
Le chantier naval de Casablanca est au cœur d’un tournant stratégique. Lancé par l’Agence Nationale des Ports (ANP), cet appel d’offres international vise à confier à un opérateur expérimenté la concession d’exploitation du plus grand chantier naval d’Afrique, un projet estimé à près de 300 millions de dollars et étendu sur une vingtaine d’hectares au sein du port de Casablanca. L’ambition affichée est double : répondre à la saturation des chantiers européens et positionner le Maroc comme un hub régional pour la construction, la réparation et la maintenance navales.
Dans ce contexte, trois grands opérateurs sud-coréens figurent parmi les principaux candidats confirmés pour l’appel d’offres, illustrant au passage l’intérêt de Séoul pour le Maroc et son industrie maritime. Challenge fait un zoom sur le pédigrée de ces opérateurs ainsi que les enjeux de cet intérêt de Séoul pour le Maroc. Selon la presse sud-coréenne Hanwha Ocean a officiellement exprimé son intérêt pour l’appel d’offres du chantier naval de Casablanca, confirmant sa candidature aux côtés de Samsung Heavy Industries et HD Hyundai.
Hanwha Ocean, anciennement Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering (DSME) jusqu’en 2023, est un leader mondial sud-coréen de la construction navale et des installations offshore, filiale du groupe Hanwha. Basée à Geoje avec des installations couvrant 4,9 millions m² (dont le plus grand dock d’1 million de tonnes), l’entreprise excelle dans les navires commerciaux (méthaniers, FPSO, porte-conteneurs), militaires (sous-marins, frégates) et solutions vertes (ventes éoliennes, hydrogène). En 2024, le groupe a fait l’acquisition de Philly Shipyard (USA) en décembre 2024 avec Hanwha Systems pour pénétrer le marché naval américain. Dans sa candidature au chantier naval de Casablanca l’opérateur promet un transfert technologique et localisation industrielle au Maroc.
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Samsung Heavy Industries : l’autre poids lourd sud-coréen, est quant à à lui très présent sur le marché mondial des navires de grande taille et des plateformes offshore. Sa présence dans l’appel d’offres confère une dimension hautement compétitive à l’enjeu, en particulier face à des rivaux européens ou turcs. « Les opérateurs Coréen ont démontré leur performance dans le domaine de la tech. Dans le domaine spécifique du naval ils sont très avancés et une probable collaboration avec le Maroc serait la bienvenu », explique l’économiste Diriss Aissaoui.
HD Hyundai un mastodonte mondial en pole position
Le premier et probablement le plus en vue des candidats sud-coréens est HD Hyundai Heavy Industries. Reconnu comme l’un des plus grands constructeurs navals du monde, ce groupe est plus qu’un simple participant : il cherche à s’implanter durablement sur le continent africain via Casablanca. Selon une de nos sources, HD Hyundai envisage de répondre à l’appel d’offres de l’ANP, visant une concession de 30 ans pour exploiter ce qui deviendrait le plus grand chantier naval du continent. La configuration prévoit des installations modernes : cale sèche de près de 244 mètres, plateforme de levage de 9 000 tonnes et plusieurs quais d’accostage.
La stratégie de Hyundai est claire : ne pas seulement répondre à un appel d’offres ponctuel, mais établir une base industrielle au Maroc capable de servir les marchés africains et européens, tout en atténuant la pression sur ses usines sud-coréennes déjà à pleine capacité. Outre cet intérêt pour l’exploitation du chantier, la logique d’expansion s’inscrit dans une stratégie globale qui a déjà vu Hyundai s’engager dans des projets en Inde, aux États-Unis, au Vietnam ou encore aux Philippines. Il faut d’ailleurs noter que,
Selon Clarkson Research, une société britannique spécialisée dans l’analyse du marché de la construction navale les chantiers navals sud-coréens détiennent une part de marché mondiale significative, bien que challengée par la Chine, avec environ 24-30% des commandes globales en compensated gross tonnage. Dominés par trois géants (HD Hyundai Heavy Industries, Samsung Heavy Industries, Hanwha Ocean), ils représentent 70-80% du marché national coréen et se concentrent sur les navires à haute valeur ajoutée comme les méthaniers LNG (où ils captent ~50-60% mondial)
Le poids de la construction navale sud-coréenne
La Corée du Sud est une puissance mondiale de la construction navale, historiquement l’un des leaders du secteur. En 2022, les chantiers sud-coréens représentaient près de 38 % du volume total des commandes mondiales de navires, et dominent particulièrement les segments à haute valeur ajoutée tels que les méthaniers et les porte-conteneurs de grande capacité. En chiffre, Hanwha Ocean a enregistré plus de 9,8 milliards USD de commandes en 2025, dominées par des méga-pétroliers (VLCC) et méthaniers LNG, marquant un rebond après les difficultés de DSME et une hausse de 388% des profits opérationnels au T1 2025. Le carnet de commandes s’étend jusqu’en 2028, avec des contrats internes pour deux LNG carriers destinés à sa filiale Hanwha Shipping (livraison 2027), servant de plateforme test pour technologies vertes. Il faut tout de même signifier que les chantiers navals sud-coréens sont largement distancés par la Chine, qui a raflé environ 74 % de toutes les nouvelles commandes en 2024.
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En tant que numéro 2, l’offre coréenne est un acteur naturel d’autant plus que Séoul cherche à diversifier ses implantations et ses débouchés à l’international. Les chantiers sud-coréens, confrontés à une saturation de leurs carnets de commandes (par exemple, HD Hyundai affiche un carnet plein pour plus de 2,5 ans), ont trouvé dans l’Afrique une opportunité stratégique d’expansion hors des zones traditionnelles d’implantation comme l’Asie et l’Europe. « Le partenariat potentiel avec des acteurs comme HD Hyundai ou Samsung Heavy Industries pourrait ouvrir la voie à des transferts de technologies, et à l’intégration de chaînes de valeur industrielle dans des segments de pointe. La dynamique n’est pas sans rappeler ce que d’autres nations ont vécu lorsqu’elles ont voulu bâtir une industrie lourde à partir de collaborations extérieures : l’enjeu est de réussir à transformer l’intérêt étranger en un gain réel pour le tissu industriel national », explique l’économiste.