Le premier semestre 2026 a été marqué par un choc majeur sur le marché des engrais phosphatés, provoqué notamment par la forte hausse du prix du soufre, dans un contexte de tensions géopolitiques et de pression accrue sur la demande agricole.
Ce choc a affecté l’ensemble du secteur, dont le Groupe OCP, avec un recul des échanges mondiaux, des reports d’achats et, chez plusieurs producteurs, des réductions de capacités et des arrêts d’unités, selon des données publiées l’opérateur marocain.
Dans cet environnement particulièrement contraignant, le géant mondial des phosphates a préservé sa rentabilité grâce à la compétitivité de son modèle, tout en continuant à assurer ses livraisons. Les résultats du semestre permettent ainsi de mesurer à la fois l’ampleur du choc sectoriel et la capacité du Groupe à l’absorber, y compris au plus fort de la hausse du soufre.
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Les tensions au Moyen-Orient ont porté le soufre, intrant essentiel à la production d’engrais phosphatés, à des niveaux exceptionnels. Les prix des engrais en ont intégré une partie seulement, face à des agriculteurs sous contrainte. Ils progressent de 20% seulement, pour un prix du soufre multiplié par trois.
Des baisses généralisées
Les échanges mondiaux d’engrais phosphatés reculent ainsi d’environ 22 %, sous l’effet de reports d’achats des agriculteurs et du repli des producteurs les plus dépendants du soufre importé. Ce repli s’est traduit, dans plusieurs régions du monde, par des baisses de taux d’utilisation, des arrêts temporaires d’unités industrielles et, par effet de chaîne, le ralentissement de certaines mines de phosphate.
Chez l’américain Mosaic, le taux d’utilisation des capacités phosphatées au Brésil est tombé à 47 % au deuxième trimestre, contre 84 % un an plus tôt, avec la mise à l’arrêt de la mine de Patrocínio, tandis que plusieurs installations ont été réduites ou arrêtées aux États-Unis. Le choc remonte jusqu’à la mine : au Brésil, la production de roche phosphatée de Mosaic est passée de 1,0 à 0,7 million de tonnes.
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Pour les producteurs les plus exposés au soufre importé, le choc ne s’est donc pas limité aux coûts : il a conduit à une réduction effective de l’offre. Dans ce contexte, OCP réalise un chiffre d’affaires de 48,4 milliards de dirhams et un EBITDA de 13,3 milliards de dirhams, soit une marge de 28 % sur le semestre et de 27 % au deuxième trimestre, au plus fort de la crise. La hausse des achats de soufre du Groupe dépasse à elle seule le recul de l’EBITDA.
Des concurrents diversifiés
Tous les acteurs du secteur sans exception sont touchés, à des degrés très différents. L’EBITDA des activités phosphatées recule de 34 % à 51 % chez Ma’aden (Arabie saoudite), PhosAgro (Russie), Mosaic (Etats-Unis) et Nutrien (Canada), contre 26 % seulement pour OCP en dollars, sur une base comparable.
Avec une marge d’EBITDA de 28%, OCP se situe, par rapport aux seules activités phosphatées de ses pairs, au-dessus de PhosAgro (22%), ICL (Israël, 19 %), Mosaic (9%) et Nutrien (8%), et juste derrière Ma’aden (33%), qui bénéficie d’un accès à l’ammoniac et au soufre saoudiens à des conditions privilégiées. Au deuxième trimestre, au plus fort de la hausse du soufre, OCP maintient une marge de 27 %, au niveau des producteurs qui disposent d’un accès domestique au soufre.
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À l’échelle consolidée, la composition des portefeuilles joue également. Chez Ma’aden, Nutrien, ICL ou Yara (Canada), l’aluminium, l’or, la potasse, l’azote ou le brome amortissent la baisse du phosphate. OCP, dont l’activité est centrée sur le phosphate, absorbe le choc grâce à la compétitivité de son modèle économique.
Les expéditions marocaines d’engrais phosphatés (DAP, MAP, TSP et NPS) reculent de 16 % seulement, contre 22 % pour le marché mondial, et leur part des échanges mondiaux passe d’environ 28 % à 30 %.
OCP a ainsi continué de servir ses clients alors qu’une partie de l’offre se retirait. Ces arrêts rappellent qu’une partie de l’offre mondiale reste vulnérable aux chocs sur les intrants, et combien la sécurité alimentaire dépend de producteurs capables de continuer à livrer au plus fort d’une crise.