MKU Limited, groupe indien spécialisé dans les technologies de défense avancées, a annoncé, mercredi 7 octobre, l’implantation au Maroc d’une usine dédiée aux solutions d’optronique et de blindage. Cette usine constituera la base de MKU pour ses exportations dans la région. Analyse.
Le groupe indien MKU Limited, spécialisé dans les technologies de défense avancées, a annoncé, l’implantation au Maroc d’une usine dédiée aux solutions d’optronique et de blindage. Cette usine constituera la base de MKU pour ses exportations dans la région. L’information, rapportée par le site du groupe tient en quelques lignes. Aucun montant, aucun calendrier, aucune localisation, aucun chiffre d’emploi.
Pour le Maroc, l’annonce mérite pourtant qu’on s’y arrête. Un groupe indien de défense avancée choisit le Maroc pour produire de l’optronique et du blindage, et pour en faire sa plateforme d’exportation régionale. C’est un signal que le Royaume peut attirer des activités industrielles à forte valeur ajoutée dans un domaine sensible. Mais c’est aussi une promesse qui reste à concrétiser.
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« Cinq années de collaboration avec le Maroc nous ont permis de constater la qualité de ses institutions et de sa population », a déclaré Karan Gupta, vice-président des ventes internationales de MKU Limited. Et d’ajouter : « cette usine concrétise cette relation par un engagement à long terme et constituera un pilier de notre stratégie de croissance internationale ».
Ce que dit précisément l’annonce
MKU Limited est présenté comme un groupe indien spécialisé dans les technologies de défense avancées. L’optronique et le blindage sont deux familles de solutions techniques. L’optronique regroupe les systèmes qui permettent de voir, de détecter ou de viser dans des conditions difficiles. Le blindage renvoie à la protection des personnes, des véhicules ou des infrastructures. Ce sont des produits à haute valeur technologique, qui exigent des compétences pointues et des chaînes d’approvisionnement fiables.
L’usine marocaine sera dédiée à ces deux familles. Elle ne produira pas pour le seul marché marocain : elle sera la base de MKU pour ses exportations dans la région. Le terme « région » n’est pas précisé. Il peut désigner un ensemble de pays voisins ou un espace plus large. Mais le principe est clair : à partir du Maroc, MKU entend servir des clients situés au-delà des frontières marocaines. Le Maroc devient donc, dans l’intention affichée, une plateforme de production tournée vers l’export. Cette usine constituera la base de MKU pour ses exportations vers le continent africain.
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Basé en Inde, avec une expansion industrielle au Brésil, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, ainsi qu’un centre d’excellence en Allemagne, MKU est un acteur mondial de premier plan dans l’industrie de défense qui équipe 230 forces armées répartis dans plus de 100 pays. Si outre le Maroc, la Tunisie, le Ghana, le Nigeria ou le Botswana sont cités parmi les marchés desservis par la firme indienne, la future usine marocaine – qui marquera sa première implantation industrielle régionale – lui servira de plaque tournante pour ses activités sur le continent et vers les marchés européens, qui sont – pour plusieurs d’entre eux – à moins de 4h de vol de Casablanca.
Un enjeu de valeur ajoutée locale
La question centrale, pour l’économie marocaine, est celle du contenu local. Une usine d’optronique et de blindage peut être intégrée : elle fabrique elle-même une partie de ses composants, assemble, teste et livre. Elle peut aussi être un simple atelier d’assemblage : les composants viennent de l’étranger, le Maroc se contente de les mettre ensemble. Dans le premier cas, l’effet d’entraînement est important : formation, emplois qualifiés, transfert de compétences, développement de fournisseurs locaux. Dans le second, l’impact est plus modeste : quelques postes, peu de valeur ajoutée, une dépendance aux importations.
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L’annonce ne permet pas de trancher. Elle parle d’« usine dédiée aux solutions d’optronique et de blindage ». Le mot « solutions » suggère une gamme de produits, peut-être des systèmes complets. Mais il ne dit rien du degré d’intégration. «C’est là que les autorités marocaines auront un rôle à jouer. Si elles veulent que cette implantation ait un véritable effet structurant, elles devront obtenir des engagements précis : taux de contenu local, formation de techniciens et d’ingénieurs, partenariats avec des institutions marocaines», explique une source.
Un signal pour l’attractivité du Maroc
Au-delà des chiffres, l’annonce a une portée symbolique. MKU Limited est un groupe indien. Son implantation au Maroc montre que le Royaume attire des investisseurs étrangers dans un secteur – la défense – où les considérations stratégiques pèsent lourd. C’est un signal envoyé aux autres entreprises du même domaine : le Maroc est un lieu possible pour produire des équipements de défense avancés. C’est aussi un signal pour les autorités : elles devront être à la hauteur des exigences de ce type d’investissement, notamment en matière de stabilité réglementaire, de sécurité et de logistique.
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Le Maroc accueille déjà dix projets dans le domaine de la défense, dont des usines de drones appartenant aux groupes israéliens BlueBird Aero Systems ainsi qu’au groupe turc Baykar, le fabricant des célèbres drones d’attaque et de surveillance Bayraktar TB2. Le groupe indien Tata Advanced Systems dispose également d’une usine spécialisée dans la fabrication de véhicules de combat terrestre de type WhAP 8×8 dans le royaume, avec des perspectives d’exportation vers les marchés africains.
Industrie militaire : le Maroc en marche
Rappelons que dans le cadre du projet de loi de finances 2024, il a été alloué 119,8 milliards de dirhams (11 milliards de dollars) au budget de la défense, ce qui représente une hausse de près de 4 milliards de dirhams (369 millions de dollars) par rapport à l’exercice précédent. Et aujourd’hui avec ce nouveau dispositif d’experts et chercheurs civils et militaire, le Maroc pose les bases de l’instrument qui pourrait soutenir son développement dans le domaine de la défense. Aujourd’hui avec l’émergence de la technologie dans le domaine de la défense, on sait combien de fois le levier de la recherche et de l’innovation sont aujourd’hui des éléments incontournables sur l’échiquier militaire.
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« Aujourd’hui la technologie est un levier incontournable dans les dispositifs de défense », nous confie Said Houari expert en sécurité et défense. Et au-delà de l’aspect militaire, « l’industrie de défense constitue une opportunité économique en raison de la nature dépensière qui caractérise le commerce d’armements », souligne une étude Policy Center for the New South. « Un pays comme le Maroc dispose des atouts pour s’assurer une place confortable dans ce secteur très dynamique. Cependant, les retombées socio-économiques ne sont pas l’unique mobile pour se doter d’une base industrielle et technologique nationale compétitive », précise cette étude.
Sur la nécessité stratégique de développer une industrie de l’armement, il existe un lien entre l’autosuffisance en matériel de défense et la jouissance d’une autonomie logistico-opérationnelle. « Cette autonomie est une condition sine qua non pour demeurer souverain et maître de son destin. D’où tout l’intérêt de se prévaloir d’une politique d’industrie de défense (PID) qui dépasse la simple disposition d’une base industrielle et technologique de défense (BITD) », les experts de Policy center for the New South.