Jusqu’à 100.000 dollars pour travailler aux États-Unis après des études en informatique ou en ingénierie. Un projet du Department of Homeland Security (DHS, Département de la sécurité intérieure) pourrait alourdir la facture des étudiants marocains, même si aucune décision définitive n’a encore été prise.
Le parcours universitaire américain pourrait réserver une facture supplémentaire aux étudiants étrangers. Dans la réglementation envisagée, dévoilé le 7 octobre, le DHS propose d’imposer 70.000 dollars pour une première participation au programme Optional Practical Training (OPT), puis 30.000 dollars pour une participation ultérieure, notamment dans le cadre de la prolongation STEM de 24 mois.
Il faut d’ailleurs noter que le texte a été publié au Federal Register le 8 octobre 2026, sous la référence ICEB-2026-0100. Il s’agit encore d’un projet, soumis aux observations du public jusqu’au 9 novembre. À l’issue de cette consultation, l’administration américaine pourra revoir certaines dispositions ou abandonner la mesure. Les étudiants marocains qui envisagent de poursuivre leurs études outre-Atlantique devront donc suivre l’évolution du dossier. Au-delà de la décision finale, la manière dont les universités appliqueront ces frais et la possibilité de les transférer aux étudiants ou aux employeurs seront déterminantes.
Le projet concerne les titulaires du Visa F-1, délivré aux étrangers inscrits à temps plein dans un cursus académique aux États-Unis. Ce statut autorise, sous certaines conditions, une activité professionnelle liée aux études, notamment à travers le Curricular Practical Training (CPT) ou l’OPT.
Dans le dispositif proposé, les établissements habilités par le Student and Exchange Visitor Program (SEVP) devraient régler les frais avant que leurs responsables désignés, les Designated School Officials (DSO), ne recommandent un étudiant pour l’OPT dans le système SEVIS. L’étudiant pourrait ensuite déposer sa demande d’autorisation de travail auprès des Services américains de la citoyenneté et de l’immigration (USCIS). Le non-paiement par l’établissement empêcherait la délivrance de l’autorisation. Le projet laisse toutefois aux universités la possibilité de répercuter la dépense sur le bénéficiaire, sur l’ensemble de leurs étudiants ou sur l’employeur.
Le cadre actuel
L’OPT constitue l’une des principales voies d’accès à une première expérience professionnelle aux États-Unis pour les étudiants étrangers. Après leur diplôme, les titulaires d’un Visa F-1 peuvent exercer un emploi en rapport direct avec leur domaine de formation pendant une période généralement limitée à 12 mois. Les diplômés des filières STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) peuvent demander une prolongation de deux ans, portant la durée totale à 36 mois.
La procédure actuelle repose sur une recommandation de l’établissement, suivie du dépôt du formulaire I-765 auprès de l’USCIS. Les chiffres témoignent du poids de ce dispositif. Selon les données reprises par le DHS, 194.554 étudiants F-1 ont bénéficié d’une autorisation OPT en 2024, tandis que 95 384 ont obtenu une extension STEM OPT. De son côté, le rapport Open Doors 2025 dénombre 294.253 étudiants internationaux en OPT durant l’année universitaire 2024-2025, en progression de 21 % sur un an. Les filières STEM regroupent 57 % des étudiants internationaux.
Pour beaucoup de diplômés, cette période permet de passer de la formation à l’emploi, de percevoir un premier salaire et de construire une expérience professionnelle américaine. Elle entre donc directement dans le calcul du coût des études. Le DHS rappelle cependant que le Visa F-1 est destiné à la formation académique et non à l’emploi. L’OPT demeure une autorisation temporaire, soumise à des conditions précises, et non un droit automatique au travail après l’obtention du diplôme. Cette interprétation de l’administration constitue l’un des fondements de sa démarche.
Le Maroc n’est pas le plus exposé en volume
Les États-Unis accueillent environ 1.975 étudiants marocains, selon les données d’Open Doors 2025. Le Royaume se classe au huitième rang africain, derrière le Nigeria (21.847 étudiants), le Ghana (12.825), le Kenya (5.337), l’Égypte (4.518), l’Éthiopie (3.395), l’Afrique du Sud (2.952) et le Zimbabwe (2.712). Il devance la République démocratique du Congo (1.794) et l’Ouganda (1.495).
Le Maroc reste donc loin des principaux pays africains en nombre d’étudiants inscrits aux États-Unis. Mais le volume ne suffit pas à mesurer les conséquences potentielles du projet. Pour les étudiants marocains engagés dans des cursus en informatique, en ingénierie ou dans d’autres disciplines scientifiques, la possibilité de travailler après le diplôme peut peser lourd dans le choix de la destination.
C’est précisément sur cette perspective que le projet pourrait agir. Si les frais sont adoptés, l’accès à l’OPT deviendrait beaucoup plus coûteux, avec un risque de sélection par les moyens financiers. Les étudiants disposant d’un financement important ou recrutés par de grandes entreprises seraient mieux placés pour absorber la dépense.
Trois exemples concrets
Premier cas : un master hors STEM. Un étudiant marocain termine un master en gestion ou en droit et souhaite rester aux États-Unis pour travailler pendant un an. Aujourd’hui, il doit s’acquitter des frais administratifs habituels liés à sa demande d’autorisation de travail. Si le projet entre en vigueur sans modification, 70.000 dollars supplémentaires pourraient être mis à la charge de l’étudiant ou de son employeur. Pour une famille marocaine de la classe moyenne, cette somme pourrait dépasser le budget consacré à une année entière d’études.
Deuxième cas : un master en informatique ou en ingénierie. Après son diplôme, un étudiant marocain sollicite une première autorisation OPT de 12 mois, puis une extension STEM de 24 mois. Le coût potentiel atteint alors 100.000 dollars, répartis entre 70.000 dollars pour la première participation et 30.000 dollars pour la prolongation.
Cette facture pose aussi la question de la capacité des entreprises à recruter. Une start-up pourrait-elle engager une telle somme pour un jeune diplômé qui débute sa carrière ? Certaines grandes entreprises technologiques pourraient consentir cet effort pour attirer un profil rare. Pour une grande partie des employeurs, en revanche, le montant pourrait constituer un frein au recrutement.
Troisième cas : un doctorat. Un étudiant marocain achève une thèse en biologie ou en physique et souhaite poursuivre ses recherches dans un laboratoire américain. Le projet ne prévoit pas de frais spécifiques en fonction de l’employeur ou du type de poste. Le paiement interviendrait au moment où l’établissement recommande le doctorant pour l’OPT. L’université devrait donc régler la somme avant de pouvoir poursuivre la procédure, quitte à en reporter le coût sur l’étudiant.
Un doctorant qui compte sur son laboratoire pour financer son installation professionnelle pourrait ainsi découvrir que son établissement ne prend pas en charge la totalité de la dépense. Tout dépendrait alors de la politique de l’université et des modalités de financement retenues.
Ce qui pourrait changer pour les Marocains
Premier changement : le budget des études. Jusqu’à présent, les familles calculent principalement les frais de scolarité, le logement, l’assurance et les dépenses quotidiennes. Si le projet est adopté, elles devront aussi tenir compte du coût potentiel de l’autorisation de travail après le diplôme.
Deuxième changement : l’intérêt de l’OPT. La possibilité de travailler aux États-Unis constitue un argument dans le choix d’une université. Elle permet d’acquérir une expérience locale, de percevoir un salaire et de nouer des contacts professionnels avant d’envisager la suite du parcours. Une facture de 70 000 dollars pourrait remettre en question cet avantage pour certains étudiants.
Troisième changement : l’extension STEM. Les diplômés en sciences et technologies disposent actuellement d’une possibilité de prolonger leur expérience professionnelle de 24 mois. Avec 30.000 dollars de frais supplémentaires, cette option pourrait perdre de son attrait pour ceux qui devraient financer eux-mêmes la dépense.
Quatrième changement : le recrutement. Les entreprises américaines qui souhaitent embaucher des diplômés étrangers pourraient revoir leurs décisions si les frais leur sont transférés. Les structures disposant de budgets limités seraient particulièrement concernées.
Pour une famille qui consacre 60.000 dollars par an aux études de son enfant aux États-Unis, le projet introduirait une nouvelle variable dans le budget. Selon le parcours choisi, le coût supplémentaire potentiel pourrait atteindre 70.000 dollars pour une première participation à l’OPT et 100.000 dollars avec une extension STEM.
À quoi s’en tenir ?
À ce stade, un élément est établi : le DHS a publié son projet le 7 octobre 2026, avant sa parution au Federal Register le lendemain. Les commentaires du public peuvent être déposés jusqu’au 9 novembre 2026. Une procédure distincte liée au Paperwork Reduction Act prévoit une période supplémentaire de 60 jours, qui s’achève le 7 décembre. Les contributions doivent être rédigées en anglais, ou accompagnées d’une traduction anglaise, et transmises sur la plateforme regulations.gov, sous la référence ICEB-2026-0100. Si la mesure est adoptée dans sa version actuelle, les universités pourraient chercher à transférer une partie de la charge financière aux étudiants. Les établissements de petite taille seraient particulièrement exposés.
Le DHS estime que 56% des établissements concernés par la certification SEVP sont de petites entités et que 60,5% d’entre elles subiraient un impact supérieur à 1% de leurs revenus annuels. Le Canada, la France et l’Allemagne pourraient tirer parti de cette incertitude. Le Canada propose un permis de travail post-diplôme selon des critères d’admissibilité, tandis que la France et l’Allemagne disposent de dispositifs permettant, sous certaines conditions, aux diplômés étrangers de rechercher un emploi ou de préparer leur insertion professionnelle. Pour les étudiants marocains, la comparaison entre destinations pourrait donc prendre une autre dimension. Au-delà de la réputation des universités et du coût de la formation, la possibilité de travailler après le diplôme pèserait davantage dans le choix final. Le projet américain n’est pas encore une règle définitive. Mais avec une facture potentielle de 100 000 dollars, il place déjà le coût de l’accès à l’emploi au cœur du débat sur les études aux États-Unis.