Avec près de 110 000 entreprises créées en 2025, le Maroc confirme la vitalité de son tissu entrepreneurial. Les données de l’OMPIC illustrent un essor de l’initiative privée, une structuration accrue des sociétés et un intérêt croissant pour la propriété intellectuelle. Mais derrière ces performances, Driss El Allaoui (Financis) et Abdelilah Atid (Next Consulting), invités de l’émission Almoqawil sur MFM Radio, appellent à mesurer l’impact réel sur l’emploi et la création de richesse.
Les chiffres de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC) pour l’année 2025 confirment une dynamique entrepreneuriale soutenue. Au total, 109 644 entreprises ont été créées, soit une progression d’environ 15 % par rapport à 2024.
Pour de nombreux observateurs, cette performance traduit une transformation progressive des mentalités économiques au Maroc. L’entrepreneuriat apparaît de plus en plus comme une alternative crédible au salariat traditionnel, notamment auprès des jeunes diplômés et des porteurs de projets.
Selon Driss El Allaoui, PDG de Financis et expert économique et financier, ces données témoignent d’« une dynamique globalement positive pour l’économie nationale ». Il estime que cette évolution reflète « une volonté croissante de se tourner vers l’initiative privée, plutôt que d’attendre des opportunités d’emploi classiques ».
Lire aussi | Le chiffre d’affaires des sociétés cotées avoisine les 100 MMDH à fin 2025
Même constat pour Abdelilah Atid, DG de Next Consulting, consultant, expert media et professeur d’université, pour qui ces résultats constituent «un signal positif pour l’économie marocaine», révélant un changement progressif dans la culture entrepreneuriale du pays.
Une économie plus structurée
Au-delà du volume de créations, l’évolution de la forme juridique des entreprises constitue l’un des faits marquants de l’année 2025. Environ 78 000 entreprises ont été constituées sous forme de personnes morales, soit près de 71 % des nouvelles créations. Cette tendance tranche avec la structure traditionnelle du tissu économique marocain, historiquement dominé par les entreprises individuelles.
Pour Driss El Allaoui, cette évolution traduit un tournant important dans la structuration de l’économie nationale. «Nous assistons à un basculement vers un tissu économique plus structuré, plus transparent et potentiellement plus créateur d’emplois durables », souligne le PDG de Financis.
Une analyse partagée par Abdelilah Atid, qui y voit le signe d’une maturité croissante de l’écosystème entrepreneurial. «Nous évoluons vers une économie plus organisée, capable de générer de la valeur et de l’emploi de manière durable», estime le dirigeant de Next Consulting.
Un rééquilibrage territorial en marche
Autre enseignement majeur des statistiques de l’OMPIC : la dimension territoriale de la dynamique entrepreneuriale. Certaines régions connaissent une progression notable du nombre de créations d’entreprises.
Lire aussi | Sulimet Wiring inaugure une deuxième usine à Tanger
La région Tanger–Tétouan–Al Hoceïma figure parmi les territoires les plus dynamiques, tandis que l’Oriental enregistre également une progression significative. Pour les analystes, cette évolution pourrait refléter les premiers effets du nouveau pacte d’investissement, dont l’objectif est de renforcer l’attractivité économique des territoires en dehors des grands pôles traditionnels. Ce dispositif prévoit notamment des subventions pouvant atteindre 30 % du montant des investissements.
Dans ce contexte, Driss El Allaoui estime que ces signaux pourraient annoncer un changement structurel important. «Si cette tendance se confirme, nous pourrons parler d’une véritable justice territoriale, avec à terme un impact positif sur la cohésion sociale», affirme-t-il.
Marques et “Made in Morocco” : l’essor des actifs immatériels
L’année 2025 se distingue également par une forte progression des dépôts de marques. Plus de 32 000 demandes ont été enregistrées, dont près de 68 % d’origine marocaine.
Pour Abdelilah Atid, cet indicateur est particulièrement révélateur de la maturité croissante des entreprises marocaines. «Déposer une marque, c’est investir dans son image, dans sa crédibilité et dans son positionnement à long terme. C’est un acte stratégique», souligne-t-il.
Dans la même logique, Driss El Allaoui insiste sur la dimension économique de la propriété intellectuelle. «Une marque n’est pas simplement un nom commercial. C’est un actif immatériel capable de générer de la valeur, de renforcer la compétitivité et de consolider l’image du “Made in Morocco” à l’international», explique-t-il.
Lire aussi | Délais de paiement : la DGI rappelle aux entreprises l’échéance du 1er avril 2026
Cette évolution intervient dans un contexte marqué par la montée en puissance de plusieurs secteurs industriels non agricoles, notamment l’automobile et l’aéronautique. La présence renforcée de groupes internationaux tels que Safran, qui étend ses activités industrielles de haute précision au Maroc, illustre l’intégration progressive du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales.
Innovation et brevets : un levier encore à consolider
Sur le plan technologique, les demandes de brevets ont enregistré une progression modérée mais encourageante. Les entreprises marocaines représentent désormais environ 34 % des dépôts, un niveau jugé prometteur par plusieurs experts.
Pour Abdelilah Atid, l’innovation constitue un facteur déterminant pour renforcer la compétitivité de l’économie nationale. «On ne peut pas développer des secteurs stratégiques sans investissement massif dans la recherche et le développement. L’innovation est le véritable moteur de la compétitivité», affirme-t-il.
Même son de cloche du côté de Driss El Allaoui, qui rappelle que l’intégration du Maroc dans les industries à forte valeur ajoutée dépendra largement de sa capacité à développer un écosystème d’innovation solide.
Le véritable enjeu : mesurer l’impact économique
Malgré ces indicateurs encourageants, plusieurs spécialistes appellent à une analyse plus approfondie de la dynamique entrepreneuriale.
Pour Driss El Allaoui, la création d’entreprises ne doit pas être analysée uniquement à travers le prisme quantitatif. «La dynamique entrepreneuriale doit désormais prouver son impact réel sur l’emploi et la valeur ajoutée », insiste-t-il.
Lire aussi | M-paiement: les habitudes ont la peau dure au Maroc !!!
Il estime notamment nécessaire de comparer le nombre de créations d’entreprises avec celui des faillites enregistrées durant la même période, afin d’évaluer la contribution nette des nouvelles structures à l’économie.
Dans le même esprit, Abdelilah Atid plaide pour une approche plus qualitative de l’analyse entrepreneuriale. «Créer plus de 109 000 entreprises est une performance, mais la question essentielle reste leur impact réel sur l’emploi et la valeur ajoutée», explique-t-il.
Parmi les indicateurs à suivre de près figurent notamment le taux de survie des entreprises sur les cinq premières années, le nombre d’emplois effectivement créés et la capacité des nouvelles structures à compenser les pertes liées aux défaillances d’entreprises.
Vers une nouvelle phase de la transformation économique
Au final, les statistiques de 2025 confirment que le Maroc poursuit sa transformation vers une économie plus entrepreneuriale, plus structurée et plus attentive à la protection des actifs immatériels.
Mais pour les experts, la prochaine étape sera décisive : il s’agira de passer d’une logique de volume à une logique de performance durable.
Car, au-delà du nombre d’entreprises créées, c’est leur capacité à survivre, à innover et à générer de la richesse qui déterminera la solidité du tissu économique national et son rôle dans la croissance future du Royaume.