Réduction des coûts, maîtrise de la facture énergétique, décarbonation et compétitivité à l’export : l’autoproduction solaire dépasse désormais le seul registre environnemental pour entrer dans l’équation économique des entreprises. Pour Mehdi Elhark, directeur exécutif de SOLAM, son potentiel est particulièrement important pour les entreprises consommant essentiellement en journée. Mais entre investissement initial, financement, procédures administratives et capacité du réseau, plusieurs obstacles doivent encore être levés pour permettre un véritable changement d’échelle. Détails.
Contrairement à une idée encore répandue, le solaire n’est pas un simple artifice destiné à embellir la politique RSE des entreprises. Il répond à un enjeu beaucoup plus fondamental : contribuer à construire un modèle énergétique durable et un monde viable pour les générations futures. Une conviction qui a d’ailleurs conduit Mehdi Elhark, directeur exécutif de SOLAM, à s’engager dans ce secteur.
Cette démarche contribue directement à l’Objectif de développement durable n°7 des Nations unies, consacré à l’accès à une énergie propre et abordable. La transition énergétique ne peut donc plus être considérée comme une cause secondaire : elle relève désormais d’une responsabilité collective. Mais cette responsabilité environnementale présente également un avantage très concret pour l’entreprise. « Lorsqu’il est correctement dimensionné, un projet solaire devient simultanément un outil de réduction des coûts, de sécurisation des dépenses énergétiques et d’amélioration de la compétitivité », souligne Mehdi Elhark.
Une équation qui dépend d’abord du profil de consommation
L’autoproduction consiste à installer une centrale solaire destinée à couvrir tout ou partie de ses propres besoins en électricité. Son intérêt économique dépend principalement du profil de consommation de l’entreprise et de la durée nécessaire pour amortir l’investissement.
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Elle est particulièrement pertinente pour les entreprises qui consomment une part importante de leur électricité pendant la journée, au moment où les panneaux produisent le plus. C’est notamment le cas de nombreux sites industriels, hôtels, plateformes logistiques, commerces et grandes surfaces.
« Plus l’électricité achetée sur le réseau est coûteuse et plus la consommation diurne est régulière, plus l’économie générée par l’installation solaire est importante», explique le directeur exécutif de SOLAM. La disponibilité d’une toiture ou d’un terrain adapté, la qualité du dimensionnement et la maîtrise du financement sont également déterminantes. Mais l’objectif n’est pas nécessairement de produire la totalité de l’électricité consommée par l’entreprise.
Dans de nombreux cas, une couverture partielle correctement calibrée peut déjà produire un effet significatif sur les charges. « Couvrir intelligemment une partie de la consommation permet déjà de réduire durablement la facture énergétique, tout en limitant l’exposition de l’entreprise aux futures variations du prix de l’électricité », précise Mehdi Elhark.
Entre 4.000 et 5.500 DH par kWc pour une installation industrielle
La question de l’investissement reste évidemment centrale. Son niveau dépend avant tout de la consommation électrique du site, de la puissance à installer, du coût auquel l’entreprise achète actuellement son électricité et de la part de ses besoins qu’elle souhaite couvrir.
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À titre indicatif, Mehdi Elhark estime que le coût d’une installation industrielle sans stockage se situe généralement entre 4.000 et 5.500 DH par kWc installé. Pour une installation résidentielle ou de plus petite taille, il faut plutôt compter entre 6.000 et 7.500 DH par kWc.
La durée d’amortissement peut également se révéler relativement courte dans certaines configurations. « Pour une installation professionnelle correctement dimensionnée et sans batteries, le retour sur investissement peut généralement être atteint en trois à quatre ans », indique-t-il. Le calcul change cependant lorsque des batteries sont intégrées au projet. Dans ce cas, le retour sur investissement peut atteindre six à huit ans.
Le stockage n’est pas toujours nécessaire
La question des batteries mérite à elle seule un arbitrage. Le stockage représente encore un investissement important, notamment parce que les batteries sont soumises à des droits d’importation élevés.
Pour Mehdi Elhark, il ne faut donc pas considérer le stockage comme un passage obligé. « Il ne doit pas être ajouté systématiquement : sa pertinence doit être évaluée en fonction des contraintes et des besoins réels de l’entreprise. » L’intérêt économique du photovoltaïque repose précisément sur la capacité à dimensionner l’installation en fonction de la réalité de chaque site, plutôt que d’appliquer une solution standardisée.
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Les coûts et les durées d’amortissement avancés restent d’ailleurs des ordres de grandeur. « Une étude de faisabilité fondée sur les factures, les courbes de consommation et les caractéristiques du site demeure indispensable avant toute décision d’investissement », insiste le directeur exécutif de SOLAM.
Le financement reste le premier obstacle
Malgré cette rentabilité potentielle, les PME et les industriels ne franchissent pas encore massivement le pas. Le premier obstacle reste financier. Beaucoup de PME comprennent désormais l’intérêt économique du solaire, mais ne disposent pas toujours de la trésorerie ou des mécanismes de financement adaptés pour supporter l’investissement initial.
Pour accélérer le marché, Mehdi Elhark identifie plusieurs pistes : « Des dispositifs de garantie, des prêts verts plus accessibles, des subventions ciblées ou des modèles de financement par un tiers permettraient d’accélérer considérablement le marché. » L’équation du financement devient ainsi presque aussi importante que celle du coût des panneaux. Pour une PME, la rentabilité théorique d’un projet ne suffit pas si son financement pèse trop lourdement sur la trésorerie.
Des procédures qui doivent encore gagner en fluidité
Le deuxième frein est administratif et réglementaire. La loi n°82-21 relative à l’autoproduction d’énergie électrique et son décret d’application ont permis de clarifier le cadre, entré en vigueur le 9 juin 2026. Ils introduisent toutefois de nouvelles procédures qui, selon Mehdi Elhark, doivent encore gagner en fluidité et en lisibilité pour les entreprises.
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Les délais liés aux démarches administratives, les études relatives à l’impact sur le réseau ainsi que les coûts associés peuvent ralentir les projets. La question de la capacité d’accueil du réseau peut également devenir un point de blocage, y compris lorsque l’entreprise souhaite principalement autoconsommer sa production plutôt que l’injecter. À cela, s’ajoute un troisième frein : le manque d’accompagnement. Car, installer une centrale photovoltaïque ne se résume pas à acheter des panneaux.
Il faut analyser la consommation du site, dimensionner correctement la centrale, sécuriser les démarches administratives, choisir des équipements fiables et garantir le suivi de la performance pendant plusieurs années. Autrement dit, l’investissement doit être pensé sur l’ensemble de son cycle de vie. « Le véritable enjeu est donc de rendre le parcours plus simple, plus lisible et plus finançable pour l’entreprise », résume Mehdi Elhark.
Un enjeu qui dépasse désormais la facture électrique
Mais la véritable rupture pourrait venir d’ailleurs. L’autoproduction solaire ne constitue plus seulement un moyen de réduire les charges. Elle peut progressivement devenir un avantage de compétitivité pour l’industrie marocaine, notamment face aux exigences croissantes de décarbonation des chaînes de valeur européennes. Les donneurs d’ordre internationaux, particulièrement européens, demandent de plus en plus à leurs fournisseurs de mesurer et de réduire l’empreinte carbone de leur production.
Pour les entreprises marocaines exportatrices, l’enjeu devient donc également commercial. « Utiliser une énergie renouvelable peut faciliter l’accès à certains marchés, renforcer sa position dans les appels d’offres et répondre aux critères environnementaux imposés par ses clients », explique Mehdi Elhark.
Demain, la manière de produire comptera autant que le produit
La décarbonation est ainsi appelée à peser davantage dans les relations commerciales. « À terme, les entreprises ne seront plus seulement évaluées sur le prix et la qualité de leurs produits. Elles le seront également sur la manière dont elles les fabriquent », estime Mehdi Elhark.
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La capacité à démontrer une production moins carbonée pourrait progressivement devenir un critère de sélection commerciale, mais également d’accès au financement et de confiance pour les partenaires. Cette évolution peut représenter une opportunité particulière pour le Maroc. Le Royaume dispose d’un avantage naturel considérable grâce à son ensoleillement, auquel s’ajoute sa proximité avec l’Europe. Mais disposer de soleil ne suffit pas : encore faut-il convertir cette ressource en gains de productivité et de compétitivité pour les entreprises. « L’enjeu consiste maintenant à transformer cet avantage naturel en avantage industriel », résume Mehdi Elhark.
L’autoproduction solaire peut y contribuer directement, à condition que les entreprises disposent de solutions fiables, rentables et adaptées à leur réalité économique. L’enjeu dépasse alors largement la politique RSE : il s’agit de produire une partie de son énergie à un coût maîtrisé, de réduire son exposition aux variations de prix, de diminuer l’empreinte carbone de sa production et, à terme, de renforcer sa position face à la concurrence internationale.