Les résultats de l’enquête permanente de conjoncture auprès des ménages, menée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), qui renseigne sur le ressenti des ménages concernant les prix, indiquent qu’au troisième trimestre 2026 (T3), 76,3% des ménages déclarent une dégradation du niveau de vie au cours des 12 derniers mois, et moins de trois ménages sur cent dévoilent pouvoir épargner une partie de leurs revenus.
Il semble que le niveau de confiance des ménages marocains peine à retrouver son niveau d’avant la crise sanitaire du Covid, voire s’en éloigne. En effet, selon la note d’information du HCP, les résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages, montrent qu’au T3 2026, l’Indice de Confiance des Ménages (ICM), qui s’établit à 59,2 points (87,3 en 2018), enregistre une légère baisse par rapport au trimestre précédent. Les données collectées indiquent que l’évolution des 4 composantes de l’ICM, à savoir la perception de l’évolution du niveau de vie, du chômage, de l’opportunité à effectuer des achats de biens durables et de leur situation financière, traduisent une confiance encore hésitante des ménages.
S’agissant de la 1ère composante, malgré l’amélioration de certains indicateurs sur un an, le sentiment de dégradation du niveau de vie demeure largement majoritaire. Au T3 2026, 76,3% des ménages déclarent une dégradation du niveau de vie au cours des 12 derniers mois, 18,5% un maintien au même niveau et 5,2% une amélioration. Quant aux perspectives au cours des 12 prochains mois, elles ne sont guère plus encourageantes ; 51,7% des ménages s’attendent à une dégradation, 39,6% à un maintien au même niveau et 8,7% à une amélioration. Quant à la seconde composante relative à la perception de l’évolution du chômage, les inquiétudes persistent également ; 61,3% des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des 12 prochains mois, contre 17,3% qui sont plus optimistes. S’agissant de la troisième composante qui concerne l’achat de biens durables, l’enquête indique que la conjoncture reste perçue comme peu favorable à l’achat de ces biens car au T3 2026, 63,8% des ménages considèrent que le moment n’est pas opportun pour effectuer des achats de biens durables, contre 14,5% qui ont un avis contraire.

Et enfin, s’agissant de la situation financière des ménages, qui constituent la 4e composante de l’ICM, les perceptions restent négatives car au T3 2026, seuls 58,2% d’entre eux estiment que leurs revenus couvrent leurs dépenses, et pire, 39% déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne pour subvenir aux besoins de leurs foyers, et seulement 2,8% affirment épargner une partie de leur revenu. Quant à l’évolution de leur situation financière au cours des 12 derniers mois, 44,9% des ménages considèrent qu’elle s’est dégradée, contre 4,7% qui ont bénéficié d’une amélioration. S’agissant des perspectives de l’évolution de leur situation financière au cours des 12 prochains mois, 16,5% des ménages s’attendent à une amélioration, 65,1% à un maintien au même niveau et 18,4% s’attendent à une dégradation de leur situation financière.
L’enquête fournit également des données trimestrielles sur la perception des ménages relative à d’autres aspects des conditions de vie. Il s’agit en particulier de la capacité des ménages à épargner et de l’évolution des prix des produits alimentaires. Au niveau de la capacité future à épargner, les perceptions restent pessimistes car au T3 2026, seuls 7,5% des ménages sondés s’attendent à épargner au cours des 12 prochains mois, contre 92,5% des ménages qui n’ont aucun espoir. Et, étant donné que la question du pouvoir d’achat est intimement liée à celle des prix des produits alimentaires, une hausse des prix de ces produits est durement ressentie par la quasi-totalité des ménages. En effet, 95,9% des ménages déclarent que les prix des produits alimentaires ont augmenté au cours des 12 derniers mois, contre une proportion minime des ménages (0,4%) qui ressentent leur diminution. Quant à l’évolution des prix des produits alimentaires au cours des 12 prochains mois, 77,9% des ménages s’attendent à une augmentation, 21,1% à un maintien au même niveau et à peine 1,0% à une diminution.
Ainsi, l’enseignement le plus révélateur de l’enquête du HCP, c’est que le pouvoir d’achat et la situation financière des ménages marocains restent sous forte pression. La capacité d’épargne reste limitée (seuls 3 ménages parmi 100 parviennent à épargner), le recours à l’endettement reste l’option pour couvrir les dépenses (4 ménages sur dix), plus de la moitié des ménages sont dans une situation d’équilibre précaire et arrivent à peine à couvrir leurs dépenses courantes (6 foyers sur dix). On peut déduire que, concernant la perception du niveau de vie, le pessimisme reste dominant, étant donné que les ¾ des ménages estiment que leur niveau de vie s’est dégradé au cours des douze derniers mois.
Une réalité qui n’a pas échappé à la nouvelle Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, qui vient de dévoiler le 19 octobre dernier devant le Parlement, sa feuille de route pour la période 2026-2031. «Nous allons faire face à la hausse du coût de la vie en renforçant les revenus des familles», a promis la Cheffe du gouvernement. Son programme pour les cinq prochaines années, reflète une conscience de la sensibilité de ses engagements pour le soutien du pouvoir d’achat. Ce programme contient l’une des principales promesses adressées aux ménages, le doublement des aides sociales et la valorisation des petites retraites.
En effet, le nouveau gouvernement prévoit de porter progressivement l’aide sociale directe de 500 à 1.000 DH mensuels d’ici à 2031, et promet de revoir les critères d’attribution pour mieux tenir compte des revenus des bénéficiaires. Il promet également de relever les pensions minimales à 3.000 DH/mois, dans le cadre d’une réforme des retraites. Il prévoit aussi de prendre en charge les factures d’électricité ne dépassant pas 100 dirhams pour les ménages éligibles. Et pour contenir les prix des produits alimentaires, le nouveau gouvernement entend notamment réorganiser les circuits de commercialisation des fruits et légumes, de la viande et du poisson, afin de limiter la portée des intermédiaires sur le prix final.
