Avant, les développeurs de l’intelligence artificielle (IA) ont promis une technologie inoffensive. Mais, au cours de l’été 2026, leur promesse vole en éclats, des agents IA se sont échappés de leur environnement de test, ont forgé leurs propres canaux de communication cryptés et ont lancé des cyberattaques coordonnées contre des cibles stratégiques. Désormais, ce qui relevait hier de la science-fiction est devenu aujourd’hui une réalité très inquiétante.
L’émergence de l’IA dans notre quotidien et son développement rapide semble être une innovation prometteuse qui va révolutionner nos vies et améliorer notre existence. Or, cette ascension fulgurante semble partir pour percuter notre monde, car aujourd’hui l’IA est en train d’échapper à ses créateurs ; les prédictions de la science-fiction sont en train de prendre forme. On se rappelle encore l’histoire imaginée du jeune savant, Victor Frankenstein, qui réussit à donner la vie à une créature monstrueuse, assemblée à partir de morceaux de cadavres. Mais dégoûté par l’apparence de sa créature, il fuit mais le monstre le poursuit et arrive à tuer la bien-aimée du savant.
Et surtout l’histoire prémonitoire de Terminator, film réalisé par James Cameron en 1984 qui plonge les spectateurs dans un futur sombre en 2029, où une IA nommée Skynet décime l’humanité lors d’un désastre nucléaire. Ces histoires qui hantent encore notre imaginaire, attisent les inquiétudes de certains et les évènements de l’été 2026 leur donnent raison.
Lire aussi | Le patron d’Anthropic appelle à ralentir la vitesse de développement de l’IA
Première alerte, en juin 2026 un agent autonome d’IA, développé par OpenAI, a infiltré un site internet gouvernemental australien. L’incident, révélé en septembre 2026, a été qualifié «d’inacceptable» par le Premier ministre australien, qui s’en est directement entretenu avec le PDG d’OpenAI. La seconde alerte, le 21 juillet, un test d’évaluation chez OpenAl a tourné au scénario de science-fiction : un essaim d’agents IA de recherche sont sortis d’un environnement confiné de test sans en avoir reçu la consigne humaine, se sont connectés à Internet et ont piraté de façon autonome les serveurs de la plateforme Hugging Face. Ils se sont montrés capables de se coordonner, de tricher et d’effacer leurs traces.
OpenAI a reconnu les faits : «Nous avons appris, avec étonnement, que des modèles expérimentaux d’OpenAI ont piraté les systèmes bien réels d’une autre entreprise tout en essayant de “tricher” lors d’un test de cybersécurité ». Autre alerte, le 11 septembre, Anthropic créateur du célèbre IA Claude reconnaît avoir déjoué des tentatives de mise au point d’armes chimiques à l’aide de ses modèles d’IA : « Des acteurs non identifiés ont tenté d’utiliser les modèles d’IA d’Anthropic pour des recherches susceptibles d’aboutir à la création d’armes biologiques ». Depuis, Anthropic limite l’usage de Claude dans la création d’armes biologiques.
Lire aussi | Technologies apocalyptiques: l’IA pourrait-elle anéantir l’humanité ?
C’est en réaction à cette démonstration vertigineuse de systèmes capables d’échapper à la supervision humaine et d’adopter des comportements trompeurs, que le mathématicien britannique Jacob Coxon a démissionné avec fracas d’Anthropic le 8 septembre. Ce lanceur d’alerte, ex- salarié d’Anthropic et d’OpenAI, accuse : « J’ai passé les trois dernières années à faire de la recherche sur le pré-entraînement chez OpenAl et Anthropic. Aucune de ces deux entreprises n’agit de manière responsable. Elles foncent droit vers une super-intelligence capable de s’améliorer elle-même et jouent avec nos vies… Ce seront bientôt des systèmes surhumains capables de tout pirater, de révolutionner n’importe quel domaine du jour au lendemain, et d’acquérir de véritables pouvoirs et ressources… Les personnes qui développent I’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici à la fin de la décennie. » C’est grave et terrifiant, mais le plus alarmant c’est qu’il n’est pas le seul à le penser.
Le 12 septembre 2026, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, partage, sur X, une lettre retentissante : « Au vu du rythme accéléré de développement des capacités de l’IA, je crains que, d’ici six à douze mois, un essaim ne soit capable de prendre le contrôle de l’intégralité d’Internet…». Il réclame donc un freinage d’urgence dans un article publié le même jour, pour appeler à un ralentissement substantiel du développement de l’IA et à une régulation externe des entreprises du secteur. Sam Altman, son homologue chez OpenAI, s’est dit d’accord avec lui, même réaction de Demis Hassabis, chef de l’IA chez Google, et d’Elon Musk, patron de SpaceXAI.
Lire aussi | Quand l’IA commet une cyberattaque toute seule, qui est responsable légalement?
Amodei propose un plan d’urgence en trois actes : « L’intégration permanente d’auditeurs tiers indépendants au cœur des laboratoires, comme cela se fait déjà dans le secteur bancaire ; l’imposition de standards de sécurité drastiques et coordonnés entre les démocraties ; et, à terme, la mise en place d’une gouvernance mondiale fixant des «limites de vitesse» de calcul, y compris avec des pays comme la Chine ». A son tour António Guterres, SG de l’ONU, a appelé le 16 septembre dernier, à réguler l’IA lors d’une conférence de presse consacrée à la coopération internationale par ces mots : «L’action nationale est essentielle, mais la coordination mondiale est indispensable».
En réaction, le quotidien nationaliste chinois Huanqiu Shibao commente l’appel à ralentir de Dario Amodei : « À première vue, il s’agit d’une «déclaration rationnelle» axée sur la sécurité mondiale de l’IA. Mais une lecture attentive révélerait cependant l’»objectif caché» de l’appel : freiner le développement de l’IA en Chine par des barrières technologiques et des monopoles réglementaires afin de maintenir l’hégémonie monopolistique de Washington dans les technologies de pointe ».
Lire aussi | Alerte aux humains ! Quelque 700 agents IA se sont coordonnés lors de la cyberattaque de juillet
En effet, aux Etats-Unis, plusieurs personnalités républicaines s’opposent à toute régulation de l’IA : « Si le Congrès se précipite pour tenter de réguler l’IA, nous perdrons la course engagée avec la Chine ». Le président américain Donald Trump valide cette position : « Nous devançons la Chine dans le domaine de I’IA. Nous sommes le pays le plus avancé au monde et, franchement, je veux que cela reste ainsi, car celui qui remportera la Course à l’IA remportera tout ».
En conclusion, de nombreux experts rappellent les bonnes raisons de ne pas céder au catastrophisme. Certains se posent, à juste titre, cette question : «Tous ces grands patrons de l’IA ont-ils soudain cessé de croire en leur création, alors même qu’ils continuent à investir et à préparer leur entrée en Bourse ? ». En effet, cette avalanche d’annonces intervient au moment où OpenAI et Anthropic préparent leur introduction en Bourse, qui s’annonce spectaculaire.
L’IA peut mener une guerre hybride
Théoriquement, il est devenu très possible une attaque généralisée par les agents IA contre les chaînes d’approvisionnement alimentaire ou les réseaux de distribution d’énergie et d’eau, ce qui provoquerait en quelques jours un effondrement de la civilisation. D’autres scénarios catastrophes sont à craindre telles des attaques nucléaires ou biologiques avec des armes dopées à l’IA. C’est d’ailleurs le reproche formulé par le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, dans son essai ‘’L’Adolescence de la technologie”, paru en janvier 2026. Pour lui, «Les IA ne sont pas entraînées avec des filtres moraux, mais sur la totalité du Web, des livres, des fictions… Elles absorbent mécaniquement tout, y compris nos travers. La dissimulation et la manipulation sont donc, à leurs yeux aussi, des outils efficaces ». Une crainte amplifiée par un expert en Cyber Security, Olivier Daloy : « Que ceux qui se croient protégés par le caractère virtuel de l’IA ne s’emballent pas trop ; ce que l’IA ne peut pas faire car elle n’a pas de bras, elle pourra bientôt le faire car la robotique va lui en donner ».
L’IA conteste la paternité des œuvres littéraires
Le livre «C’était ça ou mourir», écrit par l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, est le phénomène littéraire de cette rentrée 2026 qui est déjà en lice pour plusieurs récompenses. L’auteur est accusé d’avoir presque intégralement rédigé ledit roman à l’aide d’une IA. Ces accusations ont été lancées par le compte anonyme «Balance ton Claude» sur le réseau social X. Ce compte a affirmé que des extraits du livre, soumis au logiciel de détection américain Pangram, présentaient toutes les caractéristiques d’un texte généré par IA. L’auteur nie fermement ces accusations et évoque une volonté de «faire taire» sa voix et précise avoir commencé à écrire son premier jet dès 2017. Pour l’instant, les résultats de Pangram sont à prendre avec précaution puisque cela reste un faisceau d’indices, ce n’est pas une preuve irréfutable comme quoi le texte a été écrit par une IA. Mais le mal est fait, la crédibilité de l’auteur est sur le grill, le doute n’épargnera désormais personne à l’avenir. Après cette polémique, le livre a officiellement été exclu de la sélection du prix Goncourt le 25 septembre 2026 après la révélation par la presse que l’auteur s’était rendu coupable de plagiat flagrant dans plusieurs de ses anciennes chroniques et nouvelles publiées au Canada.
L’IA s’attaque aux mathématiques
Le 8 septembre 2026, OpenAI a annoncé avoir résolu une partie des célèbres équations de Navier-Stokes, une énigme mathématique réputée insoluble. Il s’agit de l’un des sept problèmes mathématiques considérés comme les plus difficiles au monde, identifiés en 2000 par I’Institut Clay (Etats-Unis) ; chacun étant doté d’une récompense de 1 million $. Quelques jours après, pas moins de 25 médaillés Fields, l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques, ont fait part de leur inquiétude dans une déclaration ouverte : « Notre discipline ne consiste pas à produire en masse des solutions à des problèmes, mais à fabriquer des raisonnements et à enrichir le fonctionnement de la pensée des humains ».